Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE DU TUNNEL AUX ROSES SOUS LA TERRE
LA PIÈCE DU TUNNEL AUX ROSES SOUS LA TERRE

LA PIÈCE DU TUNNEL AUX ROSES SOUS LA TERRE

Pièce n°1956
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ifa
Fait partie de la saga << < Le Cygne Gris > >>

Je dévale quelques marches et me retrouve dans un tunnel sous la terre. Il y a une odeur de roses fraiches dans l’air. On peut voir des racines d’arbres. Enfin, je peux voir des racines d’arbres dans l’obscurité. La pénombre ne m’a jamais empêchée de voir clair. Je ne sais pas s’il en est de même pour Abnar. Mais il semble être très conscient de ce qui l’entoure. Cela fait sept ans que je le connais, et je ne l’ai jamais vu trébucher ou heurter quelque chose.

Nous commençons à marcher dans le tunnel. Pour l’instant, il n’y a qu’un seul chemin possible, mais même si le tunnel se séparait en deux, je saurais où aller. Je sens quelque chose m’attirer, quelque chose battre au même rythme que mon cœur.

L’autre bout de mon âme, a dit Abnar.

– Comment en es-tu venu à connaître cette prophétie ?

– Il est de bon ton lorsque l’on dirige une organisation d’une certaine envergure comme les Lames de Péridot de se tenir informé de ce qu’il se passe dans le château. L’Ordre applique la même stratégie. Les prophéties sont essentielles dans un jeu de pouvoirs. La plupart sont fausses, certaines sont partiellement justes, mais parfois, elles changent les règles du jeu.

– J’ai encore du mal à croire qu’une prophétie me concerne. Et qu’elle soit importante. Je ne me souviens de rien…

Abnar me jette un regard. Ses yeux brillent comme des miroirs dans l’obscurité.

– Quelqu’un s’est donné beaucoup de mal pour que tu ne te souviennes de rien.

– Oui, mais tu dis que l’Ordre m’a surveillée et manipulée depuis ma naissance, que presque rien n’est vrai, que même la plupart des pièces que j’ai visitées n’étaient que des rêves…

– Elles ne sont pas moins vraies, répond doucement Abnar. Tu y as vraiment été, en rêve. Il est juste facile de rejoindre un rêveur dans une pièce et d’en modifier certains détails.

– Je suis inquiète, je souffle. J’étais tellement heureuse ces dernières années. Je ne veux pas faire face à tout ça de nouveau, je ne veux pas redevenir une pièce d’échiquier, mais si cette prophétie est si importante-

– Ta prophétie est assez mineure, me coupe Abnar. Certes, l’Ordre a investi beaucoup de moyens pour faire de toi l’arme idéale, mais tu n’es pas la première et tu ne seras certainement pas la dernière. L’Ordre a l’habitude d’hypnotiser ses pions, de les priver de certains de leurs souvenirs, de briser leurs rêves et de leur souffler des cauchemars. Ils le font rarement depuis l’enfance, mais si une prophétie indique qu’il y aura retour sur investissement, alors cela arrive. Parfois ils y travaillent même sur plusieurs générations avant la naissance de l’individu concerné. Tu pourrais être une arme importante pour eux. Tu pourrais perturber l’équilibre dans la guerre contre les Aventuriers. Mais s’ils ne peuvent pas t’avoir, ils ont beaucoup d’autres moyens de parvenir à leurs fins. Ils travaillent sur plusieurs dizaines de prophéties de front, dont certaines sont bien plus essentielles que la tienne. Ils te traqueront et ils tenteront de te convaincre de les rejoindre, mais si tu deviens une menace, ils chercheront à se débarrasser de toi. Et si tu promets de ne jamais te mêler de leurs sales histoires avec les Aventuriers et de t’enfuir très loin, peut-être même qu’ils te laisseront en paix. Personne n’a envie de gaspiller trop de ressources pour retrouver et éliminer une arme défectueuse et dont la loyauté n’est pas prouvée.

Je sais qu’Abnar a dit ça pour me rassurer et qu’il est peu probable que l’Ordre me laisse tranquille, mais je me sens un peu mieux. Il y a peut-être un monde où l’Ordre ne voudra plus s’embarrasser de moi et me laissera partir très loin pour vivre heureuse. Loin de Lui. Je pourrais partir vivre avec la petite fée.

Mais je ne fais pas confiance à Abnar. Je ne vois pas pourquoi il chercherait à m’aider sans attendre de moi que je me range du côté des Aventuriers dans cette guerre contre l’Ordre. Il n’y a pas que l’Ordre qui veut un retour sur investissement. Les Lames de Péridot ne se sont certainement pas élevées au rang d’organisation à éradiquer par l’Ordre juste grâce à la générosité de leurs dirigeants.

– Comment est-ce que tu t’appelais avant ? je demande.

– Il y a des questions qui ne se posent pas, me répond sèchement Abnar. Je ne te demande pas comment tu t’appelais avant, Ifa.

– Ce n’est pas pareil, je souffle. Tu sais comment je m’appelais.

Ce n’était qu’une supposition, mais Abnar hoche la tête. Nous marchons en silence quelques minutes, puis il recommence à parler.

– Avant le château, j’étais faible et malheureux. En arrivant ici, j’ai découvert des pouvoirs extraordinaires. J’ai changé d’identité. Je n’avais même pas les yeux argentés avant, tu sais. Je voulais juste être différent. Je voulais construire quelque chose.

– Et tu as rencontré la fée ?

– C’est plus compliqué que ça.

Nous arrivons devant une porte en bois, recouverte de roses. Je m’égratigne un peu en tirant sur la poignée. Ça sent les fleurs et le citron vert.

– Tu ne m’as pas dit comment tu t’appelais avant.

Abnar pose son regard argenté sur moi. Pendant quelques secondes, ses yeux deviennent bleus. Probablement leur vraie couleur. Pour une fois, il semble sincère.

– Je m’appelais Théo.

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