Pièce n°1960
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ifa
Fait partie de la saga << < Secte d'Emeraude > >>
Abnar et moi entrons dans une pièce un peu moins sombre mais où la lumière se fait tout de même rare. J’ai l’impression que nous sommes dans un musée. Des tableaux sont exposés sur les murs, beaucoup de paysages, de scènes de pique-niques, et quelques portraits.
Les murs constituent probablement la plus grande curiosité du lieu. Ils sont en nacre blanche. Des reflets rosés permettent de voir que la surface n’est pas lisse, mais inégale. Le musée a une atmosphère tranquille, presque inquiétante. Nous sommes seuls, il n’y a pas de bruit, mais je ne suis pas à l’aise.
Abnar (ou Théo, je ne sais plus comment l’appeler) inspire profondément. Son apparence est paisible, mais je peux sentir qu’il bouillonne intérieurement. Ces derniers jours l’ont complètement transformé. Moi aussi, j’ai changé. Je suis inquiète. Les moments heureux dans les champs de lavande sont terminés. J’ai peur de ce que je suis en train de devenir. J’ai peur de redevenir ce que j’étais avant. Et en même temps, j’ai l’impression d’avoir pour la première fois l’opportunité de devenir meilleure.
Il me manque juste un morceau de mon âme.
Mais où aller ? Il n’y a pas de porte. Même celle d’où nous venions commence à se faire recouvrir de nacre. Je fais quelques pas dans le musée, regarde autour de moi. Un maigre sourire franchit mes lèvres lorsque je me rends compte de l’évident. Abnar a l’air d’avoir eu la même idée que moi.
– Les tableaux, il souffle.
Nous commençons à examiner les peintures. Je cherche des indices, quelque chose qui indique que c’est la bonne. Certaines sont immenses, écrasantes. Trop réalistes. C’est comme si les arbres respiraient. Mais aucune ne provoque chez moi la même sensation que ce que j’ai ressenti dans le tunnel. Mon âme ne me guide pas.
J’inspire. J’essaye de l’appeler. Je ne suis pas très sûre de ce que je fais, et je ne sais pas si ça fonctionne. Mais j’ai l’impression que mes yeux ont changé de couleur. Je vois les choses plus nettement autour de moi. Je m’avance vers le fond du musée. Je sens qu’à chacun de mes pas, la nacre est plus brillante, il y a un léger bruit, comme une vibration dans l’air.
Puis je la vois.
La toile. C’est un portrait de plein pied d’une jeune fille vêtue d’une robe de soie rouge, légère. Un tissu plus sombre ceint sa taille, puis une jupe plus claire et brillante s’évase. De larges manches impraticables, de la même couleur que la jupe, et des bracelets de perles rosées aux poignets. Elle ne sourit pas, son regard bleu est baissé.
Cette fille, c’est moi. Si ce n’était pour les yeux bleus. Abnar me rejoint. Il est à peine surpris.
– Et maintenant ? je demande.
Je touche la peinture du bout du doigt. Il ne se passe rien, mais j’espérais presque que cela nous transporte dans une autre pièce, là où la petite fée nous attend.
– Tu pouvais traverser les murs avant. Tu ne te souviens pas ? dit Abnar.
J’essaie de me souvenir, mais tout est trouble. Peut-être que je pouvais vraiment traverser les murs avant. Mais je ne sais pas si j’en suis capable. Je ne sais même pas comment faire.
– Je ne me souviens de rien, je murmure.
La peinture sous mes doigts est presque chaude. Je n’aime pas cette sensation. Depuis le début je n’aime pas ce musée. Tout a l’air mort ici, et pourtant on dirait que la jeune fille dans la peinture respire. On dirait qu’elle est vivante.
Elle lève soudainement les yeux. Des yeux jaunes.
Je retire précipitamment ma main. Mais c’est trop tard. Je sens déjà la peinture nous entrainer.
Mon âme.