Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE ACOUSTIQUE
LA PIÈCE ACOUSTIQUE

LA PIÈCE ACOUSTIQUE

Pièce n°2119
Écrite par Didou
Explorée par Détective Poivre

Pièce du Casteltober 2025 - Jour 28 : péremptoire

— Bien. Tout est prêt.

Je m’allonge sur le futon en fermant les yeux. Pour la première fois depuis une éternité, je vais pouvoir reposer mes articulations et je pousse un soupir de contentement.

— C’est juste whaou, partenaire. On entend rien. Rien du tout !

Cracotte ne s’est pas remis de sa surprise. La pièce, à l’opposé de celle du sol, le fascine. Ici, pas de place au bruit et si le hard-rock continue de hurler en bas, seul le souffle de nos respirations nous parviennent dans cette salle entièrement insonorisée.

— Mon brave, cela serait encore plus efficace si vous vous taisiez. Nous avons une longue soirée à venir. Au repos ! j’ordonne sur un ton péremptoire.

Cracotte explore encore un peu les alentours mais finit par m’obéir et je hoche la tête de satisfaction.

Ne reste désormais plus qu’un seul détail à régler.

J’accroche l’extrémité d’une corde reliée au pendule d’une cloche, elle-même reliée à la poignée de la porte d’entrée, à mon poignet puis, enfin, m’endort.

***

Une sonnerie me tire de mon réveil. Je grogne, proteste, maugrée. Avec l’impression de ne m’être reposé que quelques minutes, j’ouvre les yeux. Mon cœur manque alors un battement et tous mes sens hurlent l’alerte tandis que je vois une ombre se mouvoir dans l’obscurité.

Je m’efforce de ne rien laisser paraitre, d’apaiser ma respiration tandis que ma main cherche à tâtons le manche de ma canne. 

Il ne sera pas dit que le Détective Poivre n’a pas chèrement vendu sa peau.

Une seconde s’écoule. Une deuxième.

À mes côtés, j’entends les ronflements de Cracotte et si je suis tenté de le réveiller, je me ravise au dernier moment. Peut-être qu’ainsi, l’intrus lui laissera la vie sauve.

Ce dernier se rapproche. Il glisse sur le sol, ombre parmi les ombres.

Mais mes yeux ont eu le temps de s’habituer à l’obscurité et, enfin, je peux apercevoir mon ennemi.

Celle-ci prend la forme d’une femme à la peau sombre possédant une queue qui fouette l’air derrière elle et dont les cheveux sont ornés d’un chapeau triangulaire. Quelle horrible faute de goût.

Elle s’approche encore, si proche que je peux distinguer son souffle. Un objet brillant luit dans ses mains. Je n’attends pas qu’elle s’en serve.

Avec toute l’agilité dont je suis capable, je bondis sur mes pieds et frappe à la tête. Un réflexe permet à l’autre d’éviter. Je renouvelle alors mon assaut et une lutte sauvage s’engage.

Ma canne se pare d’entailles.

Puis mon corps. Mon sang coule tandis que mon adversaire m’atteint à la joue. Un goût métallique imprègne mes lèvres. Un frisson de peur me traverse. Je sais comment cette lutte va finir, je sais qui va l’emporter. Et l’issue est loin de me plaire. Pour déjouer le sort, je redouble d’efforts. En vain.

Bientôt, mon ennemie a envoyé valser ma canne et me tient en joue, sa lame posée contre ma gorge.

Je relève le menton, prêt à rendre mon souffle en gentleman. Mais rien ne vient.

— Ma chère, je brave. Soyez brève. Vous l’avez emporté et je reconnais ma défaite. Tout ce que je demande, c’est une mort digne. Tranchez, ma chère. Et tranchez propre !

— Non ! Partenaire !

Cracotte choisit ce moment pour se réveiller. Les oreilles dressées dans une posture qui se veut imposante, il se rue dans notre direction, une carotte lui servant d’arme.

— Partenaire, je proteste. Pas ça !

Comme au ralenti, je vois la lame s’éloigner de mon cou, pointer vers Cracotte. Puis retomber lâchement. Le lapin en profite pour combler la distance qui nous sépare et s’interposer entre l’intruse et moi.

— Détective Cracotte à la rescousse, partenaire !

— Idiot ! Tu…

— Ceci était notre dernier avertissement, Détectives, nous coupe notre adversaire d’une voix plus grave, plus profonde que tout ce que j’ai déjà entendu.

Ni Cracotte ni moi n’osons réagir. L’autre nous observe tour à tour, hésitante avant de finalement rengainer sa lame, faire volteface et s’enfuir.

<< < Détective Poivre > >>

Partager...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *