Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA SALLE D’ATTENTE DU COMITÉ… ATTENDEZ, QUOI ?
LA SALLE D’ATTENTE DU COMITÉ… ATTENDEZ, QUOI ?

LA SALLE D’ATTENTE DU COMITÉ… ATTENDEZ, QUOI ?

Pièce n°2120
Écrite par un gars
Explorée par Zilos

Pièce du Casteltober 2025 - Jour 28 : péremptoire

Je reprends mes esprits sur une banquette, dans un brouillard comme après une nuit de sommeil trop longue. L’humain moustachu, Tetitian, est assis à côté de moi, et s’exclame à mon réveil.

« Ben voilà ! On est pas trop en retard ? »

« Il a dix minutes pour s’en remettre. Ça va aller », temporise la vieille humaine debout un peu plus loin.

Appuyée contre le chambranle d’une porte, l’ouvrière du nom de Gerjan me jauge, l’air blasé.

« En même temps vu sa taille, faut pas doser pareil. »

Je les observe à tour de rôle en essayant de mettre bout à bout les derniers éléments. Les paramètres à chercher dans ce Château, l’irruption de ces trois personnages sur mon chemin, et le moment où tout est parti en vrille dans une autre langue. Tetitian se tourne vers la vieille dame, soucieux.

« Kalaksingidah, pardon mais, est-ce qu’il est en état au moins ? »

« Je le pense oui. Mon petit, dans quelques minutes tu vas passer cette porte et terminer ta mission. La chose faite, tu seras tiré d’affaire et on pourra tout t’expliquer. »

Je secoue la tête comme pour chasser des insectes invisibles me brouillant la pensée.

« Pardon mais euh, de quelle affaire on parle exactement ? »

Spontanément, Gerjan et Tetitian ont un mouvement de recul. Kalisdan… euh, la vieille femme, en revanche, avance d’un pas conciliant.

« Zilos, c’est ça ? »

Je hoche faiblement la tête, sentant dans l’attitude des deux autres qu’une drôle de situation se prépare.

« Vous avez trouvé quelque chose de très important, avec Tetitian. Mais le très primitif castellain qui compose cet objet le rend illisible pour peut-être la totalité des êtres vivants sur Terre. Hors… »

La vieille humaine se tourne vers Gerjan, et tend doucement la main. L’ouvrière s’approche, sort de sa salopette un sachet brun, contenant lui-même une pochette, abritant elle-même un boitier, qu’elle ouvre. La vieille humain me prend à parti en souriant.

« Nous avons repris tes méthodes organisationnelles. Tu peux l’ouvrir. »

Elle me tend un bout de papier au grain familier, d’un ton ocre qui n’a rien à voir avec la blancheur technique du papier humain. Je le déplie, deux fois, pour découvrir des caractères ô combien surprenants, formant une phrase complexe.

« Mais… »

Je relis le document, comme pour retirer mentalement mes acquis de langues terriennes et retrouver mes apprentissages innés.

« C’est en azurite ! Où… Où est-ce que vous avez trouvé ça ? »

Un frémissement de satisfaction semble courir entre les trois humains, avant que la plus âgée ne réponde.

« Dans ce Château, aussi. Mais il y a bien plus longtemps. »

« Je ne comprends pas… Je suis le premier à venir sur votre planète, c’est objet est l’exemple parfait de ce qui est contraire aux procédures d’imprégnation dans les milieux d’étude. »

« Donc tu arrives à le lire ? » s’enquiert Tetitian avec enthousiasme.

« C’est ma langue, bien sûr que oui. »

Ma réponse calme contraste avec leur joie non dissimulée.

« Petit, » reprend la vieille humaine, « le texte en castellain et celui en azurite sont les mêmes. Tu es, a fortiori, la première personne qui peut savoir ce qui est écrit là depuis très, très longtemps. C’est pour ça qu’on a besoin de toi, et donc de te libérer au plus vite de tes engagements. »

« Mais comme t’étais plus très emballé par l’idée de tes centaines de paramètres, c’est l’occasion de te rendre la pareille. »

Le commentaire de Tetitian glisse jusqu’à mon cerveau à mesure que je réalise ce dont il est question. Je prends note de la présence d’une porte surplombée d’un luminaire jaune éteint, et d’une autre indiquant « staff only ».

« Tu vas pouvoir rendre compte au Comité dans… Quatre minutes ! » affirme Tetitian enjoué après avoir observé l’heure à son poignet.

« Attendez, attendez. Vous avez un Comité local, où vous avez réussi… »

« On a réussi, » intervient Gerjan. « Leurs projections d’âmes t’attendent derrière la porte. »

« Il n’y a pas de Comité de ce genre sur Terre, » ajoute Tetitian, « donc on a employé les grands moyens. »

« Mais comment vous avez su ? Pour les projections, pour le Comité d’ailleurs ? Et puis, il me manque encore plus de 200 paramètres, ça va forcément échouer ! »

« C’est le plus drôle ! »

Je regarde Tetitian sans comprendre. Gerjan décroise ses bras pour clarifier, comme si c’était si simple.

« Ils pensent que tu as tout. On a jeté un œil à ta liste, et on a fait tes courses. Tu peux sortir sans payer, faut juste expliquer tes achats maintenant. Mais comme tu connais la liste par cœur… »

« Pardon, mais, vous êtes en train de dire que vous m’avez fait tricher ? Non mais vous vous rendez compte de la situation ? »

Une fois de plus, faire sens de tous les éléments dans ma tête est d’une difficulté sans nom. Une telle manigance ne peut pas passer inaperçue ! Et quand bien même… »

« Tout ce que tu as à faire, » reprend la vieille humaine, « c’est d’entrer ici quand cela s’allume, et de faire ton rapport au Comité comme tu le ferais habituellement. Avec ton expérience et ta mémoire, je ne m’inquiète pas sur ta réussite. »

Je regarde l’humaine avec sans aucun doute un air paniqué, en questionnant ce qui est envisageable, tant leur raisonnement leur semble à tous trois censé.

« Mais… Je suis désolé mais, ensuite… Je pourrai rentrer sur Azur ? Je vois mal comment… Comment tout pourrait bien se passer. »

Dans le regard de l’humaine grisonnante, je vois bien que ma planète lointaine s’éloigne doucement.

« Tu ne rentreras pas tout de suite. Mais je peux te promettre que tu y retourneras. »

Comme une ponctuation, elle approche, paume ouverte, deux doigts devant mon buste. Y lisant un salut cordial ou une quelconque preuve d’honnêteté, j’y pose timidement ma propre main. Au contact, je me sens traversé d’un bref courant d’air.

Déjà, les deux autres s’approchent de la porte de service. La vieille humaine se lève finalement.

« Nous sommes obligé de te brusquer, mais c’est péremptoire, mon petit. À ce stade, tu n’as plus vraiment le choix. »

« C’est ? »

« Tu n’as plus le choix », répète Gerjan, sans complaisance, dans l’encadrement de la seconde porte.

Hm. Déjà, Gerjan et Tetitian disparaissent de la pièce, avec un salut timide de ce dernier. Seul avec Kalak… Kalsin… Seul avec la vieille humaine, je sens mon corps se tordre devant l’imminence de mon audition.

« Je pense que tu vas très bien t’en sortir. Je pense que tu vas trouver. »

Elle appuie son encouragement d’un sourire apaisé.

Trouver… Quoi ? Pour la première fois avant une restitution de Comité, j’angoisse. Hors la lumière jaune s’allume au-dessus de la porte principale. Avant même que l’humaine ne me fasse un geste, je suis debout, besace sur l’épaule, physiquement au rapport. Pour la onzième fois de ma carrière, je vais faire ma restitution d’étude au Comité. Jamais, jamais ça ne m’a paru si épouvantable. Je me tourne vers mon interlocutrice en essayant de contrôler mes tremblements.

« Euh, vous n’auriez pas à disposition quelques mouches ? »

Je n’ai pour réponse qu’un lever de sourcil intrigué de l’humaine.

« Laissez tomber. »

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