Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE SANS EAU
LA PIÈCE SANS EAU

LA PIÈCE SANS EAU

Pièce n°2227
Écrite par xyloforce
Explorée par clone 12

Salut ! Je suis clone 12. C’est pas mal, douze ; c’est mieux que loose, par exemple. J’ai la chance de ne pas être 13, je suis rond, bref, c’est plutôt cool. Et puis, j’ai normalement 11 frères et sœurs, au moins. Si j’en crois le German Tank Problem, j’en ai même aux alentours de 26 !

Je suis dans une pièce, là. N’est-on jamais ailleurs que dans une pièce ? Qui peut savoir le ciel bleu ne cache pas une fenêtre, si la steppe sans fin n’aboutit pas à une porte, cachée sous une dune, planquée derrière le coucher de soleil, en bas, à droite ? Je deviens philosophe. C’est probablement la chaleur qui me monte à la tête. Il fait au moins 40°C, ici, et j’ai si soif !

Mais il n’y a pas d’eau. Je sais, j’ai essayé de tourner le robinet : rien n’en sort, juste un petit sifflement. Comme si le tuyau était bouché… Si seulement j’avais une ventouse. J’ai un gilet pare-balles, une trousse de secours, un avion en papier, trois tickets de métro – usagés, je précise – et un prospectus des témoins de Jéhovah m’expliquant comment trouver Jésus. Je préfèrerais trouver de l’eau ! ou une ventouse, je ne suis pas sectaire.

En vrai, Jésus, il doit être très occupé, avec tous ces gens qui lui demandent des trucs. Je devrais peut-être essayer un vieux dieu gréco-romain obscur, un pélo surpuissant oublié depuis des millénaires et qui aurait le temps de s’occuper de moi. Je crie dans mon fort intérieur (c’est intentionnel : il y a aussi un château dans ma tête !) :

« hey ho ! il y a quelqu’un ? Dis-moi, si tu me passes de l’eau, ou une ventouse, je te prierai jusqu’à la fin de mes jours ! Promis juré »

Mais rien ne se passe.

Je regarde aux alentours. Les murs sont recouverts de carrelage, et outre le robinet, il n’y a pas grand-chose pour me distraire. Des pots en terre, remplis de terre, et dans lesquels s’enracinent des plantes desséchées. Un petit radiateur à gaz, très chaud – probablement la source de toute cette chaleur. Une fenêtre, grande, qui s’ouvre sur absolument rien, une texture grise et uniforme jusqu’à l’infini, comme un jeu auquel il manquerait des textures.

« Stanley regarda dans le coffre et y prit la ventouse »

Qu’ouis-je ? Le Narrateur, ici ? Est-ce que je perds les pédales, ou est-ce que mon Créateur fait des références étranges ? Ou est-ce que quelqu’un a répondu à mes prières ?

Si c’est le Narrateur, je ne devrais pas lui obéir. Et en même temps, il y a maintenant un coffre à ma gauche, et c’est à peu près tout ce qui me reste à explorer avant de me retrouver assis à attendre que rien ne se passe.

J’ouvre donc le coffre.

« Stanley prit la ventouse et l’utilisa pour déboucher les canalisations »

Je ne suis pas d’accord ! Je ne m’appelle même pas Stanley. Si je devais m’appeler, je m’appellerais Henri. J’voudrais bien, réussir ma vie, être aiméééééé…. Mes références sont obsolètes ? Hey, je suis tout seul dans une pièce surchauffée, et j’ai soif ! Allez lire l’annuaire si vous n’êtes pas content !

… Vous êtes toujours là ? Je vous jure, je ne vais pas le déboucher, son tuyau. Ce genre de narrateur ne veut pas votre bien…

Ne partez pas, hein ! Je vais trouver un truc !

Est-ce que j’existe, si vous partez… ?

Est-ce que je continue ce dialogue, ou est-ce que je vous délivre (de) la suite de l’histoire ?

Vous ne le contrôlez pas ! C’est moi. Mais si vous ne me lisez pas… Que vaut ce pouvoir ?

Arrêtons la leçon de philosophie.

Bon, je vais déboucher ce tuyau. Je ventouse vigoureusement, et un bruit sourd se fait entendre. Puis un blong retentissant, et j’entends enfin un bruit que j’espérais depuis longtemps : de l’eau !

Je saisis le verre qui venait d’apparaître sur le rebord de l’évier, et sans me poser de questions, recueillit le précieux liquide. A ma grande stupeur, y flottait ce qui ressemblait à des morceaux d’un décor miniature : des bottines minuscules, des briques microscopiques, etc.

Puis un bruit plus fort se fit entendre, le plafond craqua, et parmi une pluie de débris divers, je recueillis un corps, que je reconnus comme étant 15. Je n’eus pas le temps de m’interroger plus que ça, car un ordinateur de taille tout à fait normale suivit le corps de ma sœur et m’atterrit sur la tête, ce qui m’expédia au pays des rêves.

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