Pièce n°2468
Écrite par Didou
Explorée par Détective Poivre
Piano puis violon.
Les accords s’envolent en un tourbillon de maîtrise et je frémis de plaisir tandis que le rythme se fait de plus en plus rapide.
— Quelle élégance. Voilà de la musique, mon brave. De la vraie !
Je lisse mes moustaches et, à travers le miroir, vois Cracotte faire de même. Mon partenaire est monté sur le lavabo de la salle de bains et s’efforce d’imiter chacun de mes gestes depuis plusieurs minutes maintenant. Tant mieux. Si nous sommes vraiment en danger à cause de la fuite de données de l’Ordre, autant se mettre sur son 31. On n’a pas deux fois l’occasion de réussir sa mort.
— Nœud papillon, j’ordonne.
Je noue aussitôt le petit accessoire, habitué par des années de pratique. Cracotte, lui, a plus de mal. Ses pattes potelées échouent à saisir correctement le nœud papillon et il me lance un regard désespéré après plusieurs vaines tentatives.
— Partenaire ?
— Mon brave, un gentleman est avant tout un homme capable, je soupire en acceptant toutefois de l’aider.
— Mais je suis capable de plein de choses ! Par exemple, je trouve mes bonbons tout seul, même quand ils sont super bien cachés sous terre. Et puis de toute façon, j’ai pas besoin de savoir tout faire. Et tu sais pourquoi ?
Je crains sa réponse, aussi je me contente de garder le silence et de serrer son nœud papillon. Hélas, ce n’est pas assez pour le dissuader de continuer. Il croise mon regard à travers le miroir et me décoche son plus beau sourire :
— Parce que tous les deux, on est partenaires pour la vie. Tous les trois, il se corrige tandis que la fleur sur son béret s’agite.
— Je suis au même niveau qu’une fleur ?
Je balaie ma question d’un geste de la main, termine d’ajuster mon costume puis adresse un sourire satisfait à mon reflet.
— L’élégance d’un gentleman dans sa forme la plus pure. C’est absolument parfait.
— Parfaitement parfait, confirme Cracotte en s’admirant lui aussi.
Si la fleur pouvait parler, sans doute en ferait-elle de même. Fort heureusement, cela m’est épargné.
— Et maintenant, Partenaire ? demande Cracotte. On fait quoi ?
— Maintenant ?
Je grimace face à ce qui nous attend et tape ma canne sur le sol.
— Maintenant, mon brave, nous prenons la route et nous laissons poursuivre. Je connais un sentier qui conviendra parfaitement à ce que j’ai en tête. Hélas, il va nous falloir marcher. Marcher très longtemps.
— Bah, j’aime bien ça, moi, on trouvera peut-être des bonbons sur la route. C’est par-là ? ajoute-t-il en désignant la porte de la salle de bains.
Sans attendre ma réponse, il s’y précipite et je n’ai d’autre choix que de le suivre.