Pièce n°2094
Écrite par Sol'stice
Explorée par Oscar C. T. Obre
Pièce du Casteltober 2025 - Jour 21 : nécromancien-ne
L’intitulé sur la pancarte au-dessus de la porte jette une profonde perplexité sur le visage de celui dont j’ai la charge, mais déjà je le fais entrer. L’intérieur du cabinet est semblable à mes souvenirs, avec pour seul réel point d’intérêt les trois fauteuils qui se font face. L’un d’eux est déjà occupé par celle que nous sommes venue voir et qui se lève avec un grand sourire en nous apercevant.
— Oscaaaar ! Comme ça me fait plaisir de te voir !
— Oui oui, pareillement, ce n’est pas pour cela que nous sommes ici.
— Je sais, je sais, ce n’est jamais pour ça que tu viens me voir… Soit. Mais tu sais que vu l’heure, je facture sur mes horaires de nuit.
Je lui jette un regard agacé, pointe un doigt vers la plaque sur ma poitrine qui témoigne de mon statut et de la mission dans laquelle je suis investi. Elle roule des yeux avec un profond soupir, acceptant qu’elle ne me soutirera pas plus d’argent que ce que le contrat des institutions prévoit. Elle retrouve un large sourire éclatant, savamment travaillé, en se tournant vers celui dont j’ai la garde.
— Bienvenue, bienvenue ! Asseyez-vous, mettez-vous à l’aise pour que l’on parle de votre avenir. Avez-vous déjà un projet ? Vous a-t-on présenté les opportunités auxquelles vous avez accès ?
Il est déboussolé lorsqu’il s’assoit, noyé sous tous les mots superflus de la conseillère. Je connais l’option à laquelle il pense immédiatement, sans même vouloir connaître les autres, et je ne dis rien. Je ne l’empêcherai pas d’en parler parce qu’il est justement ici pour apprendre que ce n’est pas possible de la bouche de quelqu’un dont c’est le métier. Celle-ci ne s’est pas arrêtée de parler, brochure en main prête à être dégainée, tandis que celui dont j’ai la charge s’enfonce dans son fauteuil trop moelleux.
— Vous avez de la chance, vous savez ? De part votre parcours et les circonstances de votre arrivée dans le Château, toutes les opportunités ou presque s’offrent à vous. Vous imaginez si vous aviez bêtement passé l’une des nombreuses portes par curiosité, et que vous étiez encore plus bêtement mort deux pièces plus tard ? Fantôme ou zombie, c’est à peu près tout ce que vous auriez eu le droit de réclamer. Attention, je ne dis pas que ce sont de mauvaises options, hein ! Mais c’est absurdement réduit par rapport à ce qui est possible en réalité, entre les contrats pour hanter qui se restreignent sur une dizaine de pièces au maximum en négociant bien, et ceux pour l’entretien qui n’offrent des congés que les années bisextiles, tu m’étonnes qu’ils ont monté un syndicat… Bon, ça suffit, je ne suis pas là pour vous décourager, au contraire ! Ensemble nous allons tout faire pour trouver comment vous allez vous épanouir ici !
— Eh bien… bredouille celui dont j’ai la charge dans la première vraie occasion de parler qui s’offre à lui. J’ai pensé… j’aimerais bien… Ça a l’air bien, votre Château, toutes ses pièces, et tout… Mais je voudrais rentrer chez moi. Je sais que c’est possible ! J’ai vu cette brochure, dans… dans le bureau des signes ! Ça parle de nécromancie ! Il y a même le contact d’une nécromancienne, et si vous m’indiquez comment… comment la contacter, je me débrouille pour prendre rendez-vous et…
L’effet est immédiat chez la conseillère. Son sourire disparaît et ses yeux se plissent en deux fentes tandis qu’elle se penche en avant, poussant inconsciemment celui dont j’ai la charge à se fondre le plus possible dans le dossier de son fauteuil. Quand elle reprend la parole, sa voix est devenue aussi sérieuse que sa profession.
— Je vous déconseille fortement d’avoir recours à la nécromancie.
En face, il cligne des yeux, surpris, avant de balbutier :
— Mais… mais pourquoi ?
— Tout d’abord, c’est impossible de sortir du Château. Mais soit. Considérons. Considérons que vous parveniez à établir un contrat fiable, sans clause cachée, avec un nécromancien ou une nécromancienne, forcément bannis de leur ordre pour accepter de transgresser un tel interdit. Considérons que vous parveniez à retourner dans votre corps, là où vous l’avez laissé. Je ne vous le souhaite pour rien au monde. Pas même à mon pire ennemi je ne souhaiterais de devenir le petit tas de cendre qu’il resterait de lui après la crémation. Pas plus que je ne lui souhaiterais de se retrouver enfermé entre quatre planches au contrôle d’un corps de chair pourrie, décomposée, mangée par les vers.
Elle s’est levée en parlant, soudainement menaçante. Celui dont j’ai la garde pâlit de seconde en seconde. Alors qu’il est sur le point de tourner de l’œil, ell ajoute sur un ton plus léger bien que toujours sérieux :
— Et puis, il y a un risque non nul que vous contractiez la zomboïte, et si c’est pas traité rapidement et pris en charge comme nous avons le faire au sein du Château, ça part en pandémie et en fin du monde. Et ça fait bientôt 246 ans que c’est interdit, de déclencher une fin du monde. Alors si j’étais vous, je m’abstiendrais. Des questions ?
Il se contente de secouer nerveusement la tête. Elle se rassoit, lui tend la brochure.
— Il me semble que vous avez besoin d’un peu de temps pour réfléchir tranquillement. Je vous laisse ce document, et on se revoit bientôt pour parler des idées qui vous sont venues, d’accord ? Oscar se chargera de vous prendre votre rendez-vous. Ça vous va ?
Hochement de tête cette fois-ci, toujours nerveux. Nous nous levons, et celui dont j’ai la charge tremble tellement sur ses jambes que je crains qu’il tombe. Heureusement, il tient droit même s’il doit se tenir au mur à côté de la porte. Elle me salue d’un large sourire.
— C’est toujours un plaisir de travailler avec toi. Prends bien soin de lui, même si je sais que je peux te faire confiance. À bientôt !
— C’est ça, à bientôt.
Et je pousse doucement, mais fermement, celui dont j’ai la charge hors de la pièce.
Pauvre celui-dont-Oscar-a-la-charge !! Il me fait de la peine !