Pièce n°2341
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Revin
Cabel ne dit rien lorsque nous nous retrouvons seuls dans le couloir. Enfin, seuls, c’est un bien grand mot. Six gardes sont là pour ma protection, ainsi qu’une ribambelle de pages, valets, et suivantes. Mon frère aussi est accompagné d’une dizaine de personnes. J’aurais voulu lui arracher les plumes dès maintenant, mais je n’ai pas envie de subir les conséquences des bruits de couloirs après.
N’empêche, je lui en veux de son manque de soutien complet. Je dirais même de son total désaveu. Depuis qu’il est marié, on dirait qu’il a rejoint les rangs de notre mère, et je me suis trouvé un nouvel ennemi. Pour ma mère, évidemment, le sujet du mariage évoquait déjà de nombreuses disputes, même avant que je ne prenne le trône. Je n’avais pas vingt ans qu’elle me prenait déjà la tête à ce sujet. Mais au moins, je n’étais pas l’unique fils pour lequel elle avait de grands projets. Mes trois frères aînés subissaient aussi.
Mais maintenant, depuis que Cabel, le Seigneur Corbeau, est marié, il n’y a que pour le jeune roi célibataire. Même Cylius échappe un peu aux attentions de maman. Et jamais il ne me prêtera main forte, il est trop heureux d’être oublié dans cette histoire.
Ça fait cinq minutes qu’on marche, et Cabel n’a toujours pas ouvert la bouche. Je sais que le protocole dit que je dois lui parler en premier pour qu’il en ait le droit, mais il ne s’est jamais trop soucié du protocole en privé. En fait, je pense qu’il n’a même pas une miette de respect pour moi. Il se soucie des apparences et m’apporte volontiers son soutien quand il s’agit de politique, mais pour lui je reste l’éternel petit frère agaçant.
Il y a un peu de vrai là-dedans. Je suis son petit frère et un de mes plus grands plaisirs dans la vie est de l’embêter.
Le couloir vers le boudoir de Maman est large (ce qui est agréable) mais peu éclairé (ce qui est moins agréable). La faute aux vitraux qui détaillent l’Histoire avec un grand H (je n’invente rien, les H sur les vitraux sont même en lettres d’or) du royaume des avis. Ce serait très glorieux toute cette histoire, si l’artiste, un peu analphabète sur les bords n’avait pas choisi de tout écrire comme il l’entendait. Sur un des vitraux – le premier en plus – on peut ainsi lire « Histoire du Royaume des AVISSES ». Ma mère grimace à chaque fois qu’elle passe devant.
L’un des pages de Cabel ouvre la porte du boudoir, et j’entre en premier. Certes, Cabel a le privilège d’ainesse, mais j’ai le privilège de « je suis roi ».