Pièce n°2268
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Revin
Quelqu’un tire brusquement les rideaux. Je grogne et me couvre les yeux, mais ça n’arrête pas la petite hirondelle qui s’affaire dans la pièce et commence à ranger ici et là. Je sais qu’elle le fait pour me déranger et que je sorte du lit. Elle le fait tous les matins. Depuis que je suis roi, il ne s’est jamais passé une seule journée sans qu’elle ne soit là à me houspiller. J’aurais voulu m’en débarrasser, mais elle est envoyée par ma mère, j’en suis certain. Et en même temps, sans elle, je ne serais jamais à l’heure pour mes rendez-vous matinaux.
Je me redresse. Mes yeux se posent sur le verre coupé et la bouteille fracassée au sol de la nuit dernière. La petite hirondelle se baisse pour le ramasser. La semelle de ses chaussons est très fine.
– Laisse, tu vas te couper.
Ma voix est rauque. Elle n’en fait qu’à sa tête et continue de rassembler les morceaux de verre. Sa rébellion me tire hors du lit. C’est donc la solution qu’elle a trouvée pour me forcer à me lever ce matin ? Se couper la plante du pied ? Je me place entre elle et le canapé. Je n’ai pas envie qu’elle voie ce qui se trouve derrière.
– J’ai dit, laisse ça, Halvina.
– Mais, Votre Glorieuse Corbuscence-
Je réprime un sursaut d’agacement. Je ne me ferai jamais à ces titres ridicules. Je n’en ai jamais souffert plus jeune, car c’était mon premier frère qui était Seigneur de la famille, mon deuxième frère son héritier et mon troisième frère son remplaçant. Personne n’avait d’aspirations pour moi, et je n’avais aucun titre en conséquence. Jusqu’aux rêves. Lorsque le roi précédent est mort sans héritier, de la famille des aigles, j’ai commencé à rêver. Jusque-là, ce n’était qu’un signe. Rien de dramatique. Et puis les ailes même sous forme humaine sont apparues aussi. Là, c’était plus dur à minimiser. Et à cacher aussi. Et c’est comme ça que je suis devenu roi et que moi aussi j’ai eu l’immense joie de me farcir ces titres obséquieux et flatteurs.
Halvina me regarde de ses jolis yeux bleus irisés. Je ramasse les derniers morceaux de verre et l’envoie voir ailleurs si j’y suis. Son visage est courroucé, mais elle contient la réflexion désagréable qu’elle avait sur le bout de la langue (je n’ai pas toujours cet honneur et ai plus d’une fois subi ses piaillements) et après une courbette s’enfuie loin de moi. Elle est belle comme un cœur, mais je sais très bien que jamais elle ne voudrait de moi. J’ai beau être roi, je suis aussi l’oiseau le plus odieux qu’elle ait jamais rencontré. Enfin, selon elle. Quand je disais qu’elle n’était pas toujours aussi respectueuse qu’aujourd’hui.
J’attends que la porte se referme derrière elle, puis m’occupe de ce qui m’attend derrière le canapé. L’assassin que j’ai tué hier n’a pas bougé. Je n’en attendais pas moins, mais constate avec ennui que son sang a coulé et a commencé à tâcher le tapis. Un peu plus et Halvina le voyait. Je m’accroupis à côté de lui. Je lui refais les poches, mais je n’ai rien trouvé de plus que ce que je lui ai pris hier. Une lettre de mission, une dague, et un ruban en velours bleu.
Ce n’était manifestement pas l’œuf le plus rond du nid, puisque normalement, la lettre de mission, on la brûle. D’habitude, je dois les interroger longtemps. Mais j’avoue que pour celui-ci, c’est allé assez vite. Encore un de l’Ordre. Je ne sais pas s’ils me les envoient pour tester ma protection, pour se débarrasser des nuls dans leurs rangs ou pour me rappeler qu’ils existent et qu’à tout moment bye-bye la vie. Un peu comme un ex toxique.
Je vais ouvrir la fenêtre, puis je retourne chercher mon cadavre et le balance par la fenêtre. Je sais que ce n’est pas très pro, mais je n’ai pas le loisir de chercher une meilleure cachette. Jusqu’à présent, je n’ai jamais révélé que je recevais la visite d’un envoyé de l’Ordre tous les mois. Je jette un coup d’œil au dehors. Le vent glacial me frappe au visage. Le corps est tombé et s’est éclaté dans les douves deux-cents étages plus bas. Je l’ai jeté suffisamment loin du mur normalement. Quand on gouverne des oiseaux, il faut faire attention, parce qu’un oiseau, ça vole (normalement). Ils ne peuvent pas trop s’éloigner des murs, il y a une limite à partir de laquelle vous vous écrasez lamentablement dans le ciel, mais c’est quand même possible de voleter un peu à côté. J’imagine qu’il doit y avoir une différence entre la limite administrative et les murs. Une histoire de sortilège probablement. Ou de fondations.
Fort heureusement, ma chambre donne sur un pan de la montagne où la façade se dresse seule en solitaire. Si elle donnait sur une terrasse comme de l’autre côté, ce serait très gênant. Tout le monde aurait vu les cadavres s’empiler. Je jette un coup d’œil sur mes mains. J’ai besoin d’un bain. En plus, aujourd’hui, il y a conseil des grandes familles.
Je me dirige vers la salle de bain. Je n’arriverai pas à rattraper le tapis.
Whaouw, tout nouveau décor, tout nouveau perso ! Et quel lore derrière ! Comme j’avais pas le contexte, au début je pensais vraiment qu’une maman envoyait chaque matin une hirondelle à son fils pour le réveiller, je trouvais ça très original XD
Un roi des aigles qui fait donc partie de l’Ordre ? Mais que l’Ordre cherche à éliminer au moins une fois par mois ? C’est intriguant tout ça. J’espère qu’on en découvrira plus sur le pourquoi de ces tentatives (et peut-être une rébellion des oiseaux contre l’Ordre ? La Résistance aurait bien besoin d’un coup d’ailes 🙂 )