Pièce n°1993
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ifa
Fait partie de la saga << < Le Cygne Gris > >>
Je me redresse. L’odeur est différente, plus fraîche et humide. Un parfum d’herbe coupée. Abnar est penché au-dessus de moi. Je ne suis plus en train de me noyer, je ne suis plus dans cette pièce où les étoiles de mer mortes gisaient autour de moi. Le rêve s’est achevé. Il garde un air impénétrable mais je devine qu’il s’est inquiété.
– Un rêve, commente-t-il.
Il l’avait sans doute deviné. Peut-on vraiment cacher quelque chose aux magiciens ? Je me relève. Mes vêtements sont différents. Ce sont ceux de la peinture. Je soupire. Ils sont si beaux mais si impraticables. Je devrais me changer à la première opportunité venue, mais je profite pour l’instant secrètement de la douceur du tissu et de la couleur vive de la robe. Je n’ai jamais été coquette avant, mais maintenant que j’ai l’espoir de faire taire la douleur dans mon cœur, je me surprends à vouloir vivre.
– Combien de temps ai-je été endormie ?
– Seulement quelques minutes, répond Abnar. Mais tu as eu le temps d’inquiéter l’occupant de la pièce.
Je jette un coup d’œil autour de moi. Nous sommes dans un champ. Quelques moutons paissent tranquillement au pied de grandes pierres dressées ici et là. Un homme couvert d’un manteau en laine brune parle à l’un des moutons. Lorsqu’il nous voit, il nous adresse un signe de la main et s’avance vers nous.
– Où sommes-nous ? demandé-je à Abnar avant qu’il ne nous rejoigne.
– Un magasin, répond-il à mi-voix.
L’homme arrive à notre niveau. Il est plus petit que moi, mais je devine qu’il est musclé sous son manteau. J’imagine qu’il doit porter des rochers régulièrement.
– Vous allez mieux, Madame ? Vous nous avez inquiétés tout à l’heure !
– Je vais mieux, merci, je souffle.
– Alors, vous avez fait votre choix ? demande l’homme.
– Pardon ?
Je jette un coup d’œil à Abnar, mais il ne semble pas juger nécessaire de m’expliquer la situation.
– Vous prendrez bien un bloc rocheux ! C’est très pratique. J’en ai pour tous les goûts.
– Pourquoi aurions-nous besoin d’un bloc rocheux ? demandé-je.
J’essaie de faire taire la confusion dans ma voix, mais heureusement, l’homme n’a pas l’air de s’en préoccuper.
– Pour décorer le jardin, par exemple… Ou si vous faites des travaux et que vous devez bloquer la route. C’est indispensable ! Tout le monde devrait avoir un bloc rocheux chez soi !
J’ai envie de lui demander s’il fait beaucoup de ventes, mais j’ai peur qu’il ne prenne ça pour de l’intérêt.
– Nous voudrions faire un tour pour regarder avant de solliciter votre expertise, dit Abnar.
– Aucun problème ! Faites-moi signe quand vous aurez fait votre choix !
J’attends que l’homme s’éloigne avant de chuchoter à Abnar :
– Tu comptes vraiment lui acheter un de ses rochers ?
– Est-ce que l’un d’eux t’attire particulièrement ?
Je m’apprête à lui dire que je n’ai personnellement aucun intérêt pour les gros cailloux, avant de comprendre ce qu’il me demande réellement. Mon âme. Mon guide. Nous commençons à déambuler entre les rochers. J’ai encore du mal à savoir ce que je cherche ou comment faire appel à l’autre bout de mon âme. Mais parfois, je sens quelque chose, comme un message dans l’air, un appel dans l’ombre.
– Tu étais seule dans ton rêve ? demande Abnar.
– Au début, oui. Puis quelqu’un d’autre est apparu.
Cette fois-ci il ne peut cacher son inquiétude.
– Tu aurais dû me le dire tout de suite, nous avons déjà perdu trop de temps !
– Ce n’était qu’un rêve, je proteste.
– Tu es une rêveuse. Certains de tes rêves sont vrais, ils te permettent de vraiment visiter une pièce. Cela veut aussi dire que certaines personnes peuvent entrer dans tes rêves et les influencer. Nous savions déjà que l’Ordre était sur nos traces, mais il est plus près de nous retrouver que nous ne le pensions !
A l’instant où il termine de parler, des cris éclatent derrière nous, là où nous avons laissé le vendeur. Une dizaine de soldats interrogent violemment l’homme. L’Ordre ! Le vendeur proteste, il essaye même de leur vendre l’un de ses fichus blocs rocheux, le fou. Une dague le fait taire définitivement. Pour l’instant, ils ne nous ont pas encore vus, mais ils se déploient déjà pour nous retrouver, et je ne suis pas très discrète avec ma robe rouge vif.
Dans l’urgence, mon âme semble se réveiller. C’est presque comme si un chemin se dessinait sous mes yeux. Je suis mon intuition et entraine Abnar à ma suite. A droite, puis à gauche après ce rocher-là. Bientôt, nous nous retrouvons à un endroit où il n’y a plus de rocher. Etonnamment, Abnar me fait confiance. En même temps, vu les circonstances, il n’a pas d’autre choix.
Nous continuons à courir. Une pluie de flèches s’abattant sur nous m’indique qu’ils nous ont retrouvés. Nous n’avons presque plus d’avance sur eux. Puis je la vois. Une fleur rose, avec une perle à la place du pistil. Je l’arrache, et la fleur nous transporte ailleurs, nous permettant d’échapper à l’Ordre de justesse.
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Oh bah non. Je suis triste pour le vendeur, il me faisait rire avec ses blocs rocheux TT_TT