Pièce n°2294
Écrite par Harry Queaut
Explorée par Phaene
OBSERVATION II. – DIX-HUITIÈME JOUR DANS L’ENTRE-TROU
Premier arrêt depuis que j’ai quitté la maison de Tirene et Vipo avec Juve, brèves notes de ce que je voudrais documenter :
- Juve est revenu avant-hier, moment où j’ai eu le plaisir de le rencontrer. Il est discret mais très poli ;
- J’ai eu le temps de faire l’inventaire de mon sac à dos. Quelques instruments ont soufferts dans ma chute, dont j’ai dû me séparer, et je crois que la technique de démultiplication de l’espace dans le sac à dos à dû en prendre un coup aussi – j’ai donc dû me séparer d’encore plus d’affaires, pour m’assurer qu’elles ne risquent pas d’y disparaître ;
- J’ai gardé la pochette que j’ai amené avec moi du rêve où j’ai revu Lulel. Je n’ai pas osé l’ouvrir ;
- Le moment où Tirene a ajusté pour la énième fois les lanières du sac à dos de Juve, comme pour repousser notre départ pour un moment de plus ;
- Avoir, les yeux humides, tendu les bras vers Vipo, accroupie, pour qu’il me prenne dans ses petits bras ;
- Il a été décidé que j’accompagnerais Juve, et que lui m’accompagnerait. Il tirera un peu plus à l’Ouest de ses excursions habituelles pour m’amener jusqu’au point de sortie le plus proche, pour me ramener à la surface ;
- Le voyage durera un jour ou deux, selon notre vitesse de progression ;
- La maison de Tirene, Vipo et Juve est, apparemment, entourée du même type de “bulle” que le Hameau, comme si ça en faisait une pièce à part entière. Ceci explique probablement la constance physique des environs de leur maison. Ça, où l’Entre-Trou entier compte comme une pièce à lui tout seul.
Juve et moi avons avancé principalement en silence, même s’il répond aux questions que je lui écris. J’évite quand même de lui en poser trop, puisqu’il faudrait sinon constamment s’arrêter pour qu’il les lise et je ne veux pas nous empêcher de trouver un rythme régulier.
J’ai tout de même noté, durant les quelques heures qui ont passé depuis notre départ, que les oiseaux semblent avoir plus ou moins les mêmes langues que celles que je connais, même s’ils ont des sortes d’accents. Je n’arrive pas à comprendre ce qu’est l’Entre-Trou en tant que tel. Pourquoi n’en ai-je jamais entendu parler ? Comment est-il possible, alors que Tirene a mentionné que je n’étais pas la première à y tomber, que je n’en ai jamais lu même une évocation, en passant ?
Enfin. Juve nous a guidés jusqu’à une bâtisse – je ne sais pas comment il s’oriente dans ses bois, il doit vraiment bien les connaître – qu’une plaque de métal au dessus de la porte nommait simplement “La Taverne de l’Entre-Trou”. Nous y avons croisé les premières personnes, en dehors de Vipo, Juve et Tirene, que j’ai pu rencontrer depuis ma chute dans l’Entre-Trou.
Lorsque nous sommes rentrés dans la pièce, nous étions quatre : Juve, moi, un humain ronflant sur un des tables en bois rondes, dans un coin de la pièce, et le propriétaire de l’établissement. Juve et lui avaient l’air de se connaître, l’un comprenant l’autre alors qu’ils ne semblent pas pouvoir parler la langue de l’autre (Juve lui parle la même langue qu’il parle avec moi et le propriétaire lui répondre par des séries de grognements qui ressemblent parfois franchement à des rots).
Le propriétaire, selon un certain nombre de théoricien·nes, rentrerait largement dans la catégorie de “Monstre”. Il semble en effet être un tas de chair pâle, presque translucide (il est cependant trop massif et sa chair diffracte trop la lumière pour qu’on puisse discerner des organes), chacun de ses mouvements faisant un bruit semblable à un enfant sautant à pieds joints dans une flaque de boue. Il doit être capable de réorganiser quoi que ce soit qui constitue son système parce que si la cavité par laquelle il communique est d’un côté du sommet de son corps, son unique (et très imposant, de la taille de la paume de ma main, au moins) oeil est de l’autre côté, et il fait pivoter cette partie supérieure de son corps au fil de ses conversation, regardant ses interlocuteur·ices lorsqu’iels parlent.
Juve m’a dit qu’il m’avait réservé une chambre pour la nuit, il ne veut pas risquer dormir dehors. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a dit que j’avais bien de la chance de ne jamais avoir été réveillée par des pixies ou pire, pas réveillée avant qu’une Nimpert ai volé toutes mes affaires. Il a ajouté : “Meh…‘Fin bon, erreurs de jeunesse, il a bien fallu les faire pour ne plus les faire. Mais on n’m’y prendra plus, ah ! Après si tu veux faire ta propre expérience…” Il a souri et même franchement ri quand je lui ai écrit que non, ça irait, je ferais confiance à son expertise.
Cela fait maintenant quelques heures que nous sommes entré-es. Depuis qu’il a répondu à mes questions et discuté avec le propriétaire, Juve est plongé dans son étude. Ce soir, peut-être, je lui demanderais de me prêter un de ses livres, je suis curieuse, depuis que Vipo les a mentionnés, des sortilèges (de la magie ?) que Juve utilise, j’aimerai comprendre comment il les étudie, comment il les utilise… Peut-être demain.
J’ajoute, quelques heures plus tard, la description d’un homme qui est arrivé une heure ou deux après que j’ai fini d’écrire le début de cette observation, qui m’a particulièrement intriguée.
Il est apparemment humain, il doit avoir une soixantaine d’années, cheveux plus gris que noirs, barbe rasée il y a deux, trois jours peut-être. Je l’ai remarqué dès qu’il est rentré, parce qu’il a poussé la porte si fort qu’elle a claqué contre le mur et toutes les têtes se sont tournées vers lui (même celle de Juve). Il porte une salopette bleue foncée, couverte de peinture blanche (surtout au bas de ses jambes, plus on remonte, plus les tâches sont petites et séparées) et des vieilles chaussures, très vieilles, mais propres. Il a le regard sévère et insistant, comme s’il absorbait chaque détail de ce qui était dans son champ de vision. Il a passé plusieurs dizaines de minutes, à partir du moment où il s’est laissé tombé sur un tabouret, à regarder tout autour de lui. Quand son regard a été sur moi, pendant quelques instants, c’était étrange de se voir si pleinement détaillée. Il m’a presque fait peur. La seule chose qui m’a un tant soit peu rassuré, c’est que son regard ne s’est pas vraiment arrêté sur le mien, il a juste… glissé… comme sur le reste de la pièce. Malgré tout, il m’inquiète un peu. J’ai l’impression que l’atmosphère est plus tendue, depuis qu’il est entré.
Bruh, c’est émouvant de lire combien les séparations ont été douloureuses. Et le fait que ce soit listé, comme par peur de faire ressurgir les larmes en l’évoquant plus en détails, renforce ce sentiment.
Pour le reste, j’ai beaucoup aimé les descriptions que tu donnes du lieu et des personnes, que ce soit le propriétaire ou l’homme de fin.
comme un gros (pas) malin j’ai oublié de définir les tag avant de publier (je me suis rendu compte de mon erreur à la seconde où j’appuyai sur le bouton qui scella mon destin <///3)… si quelqu'un passe par là qui a le pouvoir de rectifier ça, c'est une pièce explorée par Phaene et je l'aurais juste taguée "Phaene", "Taverne" probablement….
faites pas attention, je passais juste par là… *s’en va en sifflotant*
j’ai l’impression d’être juste un citoyen de New York dont le chat vient d’être déposé sur le pas de la porte par Spiderman mais il vient de s’échapper avant que j’ai le temps d’ouvrir…. Merci Spiderman de nous sauver au quotidien….