Pièce n°1876
Écrite par Miss Lovegood
Explorée par Esprit
– Monsieur ? Vous ne m’avez dit où vous souhaitez être déposé !
Une voix me tire brusquement de mon sommeil.
– Ah ! Pardon, je m’étais endormi. Je ne connais pas cette pièce. Vous êtes déjà venu ici ?
– Ici ? Je n’habite pas dans ces quartiers, mais j’y passe souvent en roulant, effectivement. Vous aviez prévu un hôtel pour la nuit ? Proche du casino ?
– Non, non, pas du tout, je souhaitais juste traverser le casino pour aller dans la pièce suivante. Le mieux serait que vous me déposiez près de la prochaine porte, pour que je puisse poursuivre mon chemin.
– Excusez-moi Monsieur mais je ne suis pas certain de bien vous suivre, lorsque vous parlez de porte. Nous ne sommes pas enfermés… Enfin, c’est la ville ici, nous sommes à Madan-en-Forez, c’est plutôt évident…
– Oui je comprends, mais cette ville est une pièce du Château. Je voudrais juste la quitter. Mon but n’est pas de m’éterniser dans un seul lieu.
– Un château ? Les boissons du casino n’ont pas dû vous faire du bien. Je vais vous déposer dans un hôtel que je connais où vous pourrez vous reposer et retrouver vos esprits.
– Non ! Je ne délire pas du tout. Je suis enfermé dans ce Château depuis des années. Je voyage de pièces de pièces.
– Enfin, vous admettrez que vous êtes en plein cœur de Madan-en-Forez, une ville de plus de quatre millions d’habitants ! Je travaille ici tous les jours, et j’habite dans le village voisin de Roche-en-Forez. Nous ne sommes aucunement enfermés. Il m’apparaît plus prudent que vous vous reposiez quelques jours avant de reprendre la route.
– Non, je répète, je dois poursuivre mon chemin.
– Mais dans quel but ?
– Sortir d’ici au plus vite.
– Mais vous n’êtes pas enfermé, comme je vous l’ai déjà dit… pourquoi ne pas vouloir vivre ici, tout simplement, comme tout le monde ?
– Je… je comprends ce que vous dites, mais ma vie à moi est loin d’ici… je dois sortir au plus vite.
– Je ne connais personne qui souhaite s’échapper de cette ville. Nous menons une vie heureuse, et ce depuis de longues années. La ville est agréable, vous pouvez aller au cinéma, au restaurant. Vous pouvez vous balader sur les bords du fleuve le weekend, ou faire du sport – nous avons un club de voile et de canoë. Il y a également la forêt de Tompadour à proximité et la Colline des deux amants non loin. Il y a quantité d’activités à faire et de gens à rencontrer, ici. Sans compter que vous êtes à une heure de route de la mer et à deux heures des massifs montagneux les plus proches. Je ne comprends pas ce qui vous manque, ni où vous souhaitez vous échapper. Vous devriez au moins faire une courte pause pour vous reposer.
– Je… Je ne souhaite pas m’arrêter pour l’instant. Je pourrais oublier ma quête en m’installant ici trop longtemps.
– A vous écouter, on dirait que tous les habitants de Madan-en-Forez ont oublié qu’ils étaient enfermés. Et même les habitants du pays entier, voire du monde… Il faut vraiment vous reposer, je crois que vous avez bien trop bu au casino.
– En théorie, oui, chaque personne ici est enfermée dans le Château.
– Si vous le dites, mais être enfermé, hum, dans le monde, je ne vois pas qui s’en plaindrait. Vous ne pouvez pas être autre part.
– Nous ne sommes pas « dans le monde » mais dans une pièce. C’est tout.
– Inutile de vous agacer. J’essaie juste de vous expliquer que, de mon point de vue, vous paraissez enfermé dans votre tête, rien de plus. Si vous partez en voiture en Ispanie ou en Allemanad, les pays les plus proches, ou si vous rendez au bord de la mer, je peux vous assurer que vous n’aurez plus la sensation d’être enfermé.
– D’accord, d’accord. Tout de même, j’aimerais bien que vous me déposiez, disons, à l’entrée d’un hôtel, pour que j’essaie de sortir de cette pièce.
– Vous tenez absolument à passer le seuil d’une porte, c’est ça ?
– Oui. Même si en réalité, cette ville constitue normalement une seule pièce. Ou alors, il faudrait considérer que seules les rues forment une pièce, et chaque habitation fermée une nouvelle.
– Votre vision du monde en pièces est beaucoup trop complexe. Ecoutez, je vous dépose à l’auberge des Chevaux étoilés, vous pourrez réserver une chambre pour la nuit. En espérant que cela vous conduise autre part comme vous le souhaitez. Et si vous vous rendez compte que vous êtes simplement entré aux Chevaux étoilés sans vous être brusquement volatilisé de Madan-en-Forez, vous me rappelez demain et on pourra se recroiser.
– C’est parfait. Je vous remercie pour le trajet. Bonne, euh, suite de votre vie dans cette pièce.
– Je ne suis pas enfermé dans une pièce. En revanche, vous, faites attention, vous risqueriez d’être enfermé dans le monde !