Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE SALON AVEC UNE TÉLÉVISION EN NOIR ET BLANC
LE SALON AVEC UNE TÉLÉVISION EN NOIR ET BLANC

LE SALON AVEC UNE TÉLÉVISION EN NOIR ET BLANC

Pièce n°1961
Écrite par Sol'stice
Explorée par Loan

 La mélodie est plus forte ici. Le cœur battant et les mains si moites que j’ai peur que la boîte à musique me glisse des doigts, je pose celle-ci sur le guéridon tout proche de l’entrée, le temps d’embrasser du regard la pièce où je me trouve. Il s’agit, je crois, d’un salon. Au fond, trois grandes fenêtres sont couvertes de voiles, la lumière tamisée qui les traverse est chaude sur le parquet aux lattes craquantes. Les tableaux aux murs, paysages vibrants de nature, posent eux aussi leur regard sur les lieux. Cependant, mon attention est centrée sur l’énorme télé cathodique qui trône au centre de la pièce. À même le sol, son écran scintille en nuances de gris. Derrière son absence de couleurs, un couple danse sur la musique qui s’échappe du gramophone posé à côté. Une valse aux notes lentes et envoûtantes qui m’ont guidées jusqu’ici. Point de danseuse. La déception qui m’étreint me donne le vertige. Soudain, la mélodie est assourdissante. Trop de bruyante de promesses déchues. J’assois à même le sol, tends le bras pour ôter celui sur le disque et ramène mes genoux contre ma poitrine dans le silence revenu. Silence ? Non. Le grelot de mon lutin m’appelle avec insistance. Je relève la tête à contre-cœur, regarde ce qu’il me pointe frénétiquement du doigt. Sur l’écran de la télévision, les danseurs se sont arrêtés en plein mouvement. Figés dans leur élan, ils attendent, immobiles, que la musique reprenne. Fasciné, sans les quitter du regard, je repose le diamant sur le disque et le ballet reprend. Comme s’il ne s’était jamais arrêté, il leur fait traverser leur décor, mains sur les épaules, posées sur les hanches, pas légers et tenues virevoltantes.
— Bah ça alors…
Juste pour être sûr, je coupe à nouveau la musique. Et la danse se fige. Un rire nerveux m’échappe. Je me lève, gagne la sortie – c’est trop pour moi, ce n’est pas ce que je suis venu chercher – mais m’immobilise à mon tour au moment où je reprends la boîte à musique. Là, juste au coin de mon champ de vision, il y a eu du mouvement. À pas de loup, refusant de le croire, je m’approche à nouveau de la télévision, m’agenouille devant. Le couple ne danse plus. Aurais-je rêvé ? Non, là, à l’instant, un frémissement de pixels. La poitrine de l’homme se soulève, le bras de la danseuse a tremblé. Avec l’angle de la caméra, leurs visages me sont invisibles, cependant, j’ai l’impression de les entendre murmurer. Je m’attendais à ce que l’écran soit froid, sous le doigt que je tends vers lui, mais sa surface ondule, comme celle d’un étang dont j’aurais troublé la tranquillité. Et la télévision m’avale.

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