Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE CORRIDOR AVEC UN VIDE-ORDURE
LE CORRIDOR AVEC UN VIDE-ORDURE

LE CORRIDOR AVEC UN VIDE-ORDURE

Pièce n°1958
Écrite par Sol'stice
Explorée par Loan

 Un vieux parquet qui craque sous mes pas, trois lustres en enfilade avec des ampoules en forme de bougies, des panneaux de bois décorés de moulures en bas des murs, une tapisserie aux motifs végétaux jusqu’au plafond peint en blanc. L’apparence du couloir est, ma foi, fortement semblable à ce que j’aurais pu imaginer d’un tel lieu. Rien de surprenant, rien d’extravagant. Si ce n’est la poignée à un mètre du sol, au milieu du couloir. Une barre de métal à la dorure qui s’écaille, accrochée des deux côtés dans le mur. Pas tout à fait dans le mur, sur une trappe dont la rainure se détache à peine, discrète, invisible s’il n’y avait pas cette poignée.
 — Tu crois que c’est quoi ?
 Grelot impuissant du lutin. Aucune idée. Calant comme je peux mon chargement, entre la boîte à musique et le sac d’ordure qui m’encombre de plus en plus – quelle idée de l’avoir ramassé, vraiment – je saisis la poignée, tire. Elle résiste un temps, grippée par le temps et l’absence d’usage, avant de basculer en grinçant. Du trou qu’elle révèle alors se dégage une odeur si terrible qu’un haut-le-cœur me soulève l’estomac, tout juste retenu. La main qui tenait la poignée s’empresse de la lâcher pour pincer mon nez.
 — C’est bien ma beine, ça… un bide-ordure !
 J’ai déjà entendu parler de ce système, présent longtemps dans les immeubles avant d’être progressivement inutilisé. Celui-là semble toutefois suffisamment en service pour que les relents des déchets empestent. Une curiosité crasse me pousse à me pencher vers l’ouverture pour essayer de voir quelque chose dans son obscurité.
 — Tu grois gu’on bourrait l’utiliser bour descendre blus bite ? Je suis sûr gue des abenturiers l’ont déjà fait…
 Le lutin secoue la tête, exaspéré par mon idée saugrenue, et le son de son grelot se perd dans le murmure lointain, fruit des bruits de vie de l’immeuble, qui s’échappe de l’ouverture. Je m’ébroue, recule et lâche mon nez à regret le temps de tendre le sac d’ordures au-dessus du tout.
 — Sans regrets.
 Le sac cogne contre les parois du tuyau de descente, longtemps, jusqu’à ce que le bruit s’étouffe par la distance. La trappe grince à la fermeture autant que pour s’ouvrir et l’odeur immonde tarde à se dissiper. Penaud d’avoir empesté les lieux mais déchargé d’un poids – physique et métaphorique – je nous fais quitter les lieux vers le bout du corridor d’où s’échappe la musique.

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