Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LES NOUVEAUX BUREAUX DES AFFECTATIONS
LES NOUVEAUX BUREAUX DES AFFECTATIONS

LES NOUVEAUX BUREAUX DES AFFECTATIONS

Pièce n°2129
Écrite par Sol'stice
Explorée par Oscar C. T. Obre

Pièce du Casteltober 2025 - Jour 30 : prune

 L’ordre de passage des personnes et êtres nous précédant s’est déroulé exactement comme je l’avais calculé. Aussi n’ai-je aucune surprise lorsque celui dont j’ai la charge est appelé. Je suis en revanche étonné de ne pas entendre le brouhaha habituel des bureaux. Le déménagement aura eu le mérite d’améliorer l’acoustique de la pièce, gardant les conversations derrière les paravents séparant chaque sous-section de la pièce et évitant de devoir hausser le ton pour se faire entendre, ce qui est contraire à toute logique de confidentialité.
 Dès l’entrée, un hôte d’accueil se tient derrière un pupitre, le registre des futurs affectés ouvert devant lui. Nous nous présentons devant lui et je lui indique :
 — Nous venons pour l’affectation première d’une âme en peine.
 Il parcourt l’imposant livre jusqu’à la section concernée.
 — Votre nom ?
 Celui dont j’ai la charge me demande confirmation de donner l’information. J’acquiesce. Les circonstances présentes font parties de celles lors desquelles il doit être dit.
 — Alexandre Moreau, répond-il alors.
 Sur la page devant l’hôte, une ligne s’illumine et l’hôte nous fait signe d’avancer.
 — Tout au fond, sur votre gauche.
 Nous obtempérons et suivons l’indication jusqu’au bout de la pièce. Les portes des sous-sections sont toutes fermées pour des raisons de confidentialité, sauf la dernière car il n’y a actuellement personne en train de s’entretenir à l’intérieur. Avec une fluidité des plus agréables, l’officiante se présente à nous à l’instant où nous nous arrêtons devant la porte.
 — Entrez donc, je vous en prie.
 Celui dont j’ai la garde s’exécute, avant de s’arrêter en s’apercevant que je n’ai pas bougé.
 — Vous ne venez pas ?
 — Ce n’est pas mon rôle de vous accompagner à l’intérieur. Je vous attendrai ici. Tout va bien se passer, me sens-je obligé d’ajouter pour qu’il accepte de pénétrer dans la sous-section. L’officiante referme la porte derrière eux et je trouve une chaise sur laquelle attendre. Encore. Mais cette attente est différente. Elle est prévue dans le protocole, la plus importante d’entre toutes. La dernière. Ce n’est une attente que pour moi. Et comme toutes les autres, je tiens à l’utiliser à bon escient. Je prends le formulaire mis à disposition dans une panière accrochée au mur, à côté d’un paquet abandonné de prunes séchées. Il faudra que je le signale, ce n’est pas hygiénique. Puis je me lance dans la rédaction méthodique et précise du rapport de ma mission.

 Il ne me reste plus que la dernière section à remplir, étant donné que je ne peux pas encore le faire, lorsque la porte s’ouvre à nouveau. Celui dont j’ai la charge sort, une liasse de papiers à la main, en saluant l’officiante. J’adresse un signe de tête à cette dernière qui tire à nouveau la porte en attendant que son prochain entretien n’arrive et invite celui dont j’ai la garde à nous diriger vers l’autre partie de la pièce, sans sous-sections mais aux multiples portes.
 — Comment l’entretien s’est-il passé ?
 — Bien ! J’ai eu les réponses à mes questions… Et j’ai été accepté chez les Recruteurs !
 La fierté irradie de lui. Il n’a plus rien à voir avec l’âme en peine que j’ai accueillie à la sortie de la grande porte. Son choix d’affectation est conforme à mes anticipations. Étant donné sa carrière de son vivant dans le commerce et la négoce, une place parmi ceux qui ont la tache ardue de convaincre les êtres qu’ils croisent de s’engager pour la cause du Château. Ça ne m’étonnerait pas qu’il passe rapidement dans l’escadron spécialisé dont la mission est de recruter certaines personnes, certains êtres spécifiquement ciblés.
 — Mes félicitations. Il ne me reste alors plus qu’à vous souhaiter une bonne continuation.
 Comme précédemment lorsque je ne l’ai pas suivi, l’annonce de la séparation de nos chemins le perturbe.
 — Nos missions sont différentes et vous n’avez plus besoin de moi. Rejoignez donc les Recruteurs en passant cette porte, et ils prendront le relais pour vous accompagner. Ils vous apprendront tout ce que vous avez à savoir. Je sais que vous y arriverez très bien.
 — Mais…
 Mais il n’y a rien à protester. Ainsi est le protocole. Celui dont je n’ai désormais plus la charge jette un regard anxieux vers la porte surmontée du label des Recruteurs, et je sais qu’il commence déjà à comprendre les bases du castellain. Puis me regarde à nouveau, se résigne en me tendant la main.
 — Au revoir, Oscar Charles Thomas Obre. Merci de m’avoir accompagné.
 — Au revoir, Alexandre Moreau. Nous nous recroiserons.
 Et il s’en va. Je reste deux minutes à regarder l’encadrement par lequel il a disparu. Puis je remonte l’alignement des portes jusqu’à celle qui m’est destinée. Et pour la première fois depuis étonnamment longtemps, je passe la porte seul.

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