Pièce n°2115
Écrite par Sol'stice
Explorée par Oscar C. T. Obre
Pièce du Casteltober 2025 - Jour 26 : infusion
Les lieux étaient déjà austères lorsqu’ils étaient occupés, maintenant qu’ils sont déserts, à l’image des bureaux qu’ils précédaient, ils sont déprimants. Au moins il n’y a plus aux murs les affiches au goût douteux. Censés vendre les mérites de chacun des possibilités qui s’offrent à celles et ceux venant ici, ils ne comportaient en réalité aucune information suffisamment claire pour être utile. Il n’y a plus non plus les chaises alignées contre les murs pour patienter. Heureusement, j’en ai trop vues dernièrement, des assises pour patienter. Plus de plantes de toutes les couleurs, génétiquement modifiées pour survivre même en absence de lumière naturelle. Une fois, ils avaient essayé de mettre un pot de Près-de-Lune. L’expérience a été avortée au premier accident, moins d’une heure plus tard. Plus de table basse, plus de magazines usés, sales d’avoir été trop lus et jamais remplacés. Plus de fontaine à eau, plus de distributeur de tickets pour passer dans l’ordre d’arrivée, plus d’écran pour indiquer le numéro appelé non plus. Tout ce qui faisait des lieux ce qu’ils étaient a disparu. Et pourtant je ne le regrette pas. Je les ai toujours détestés. Il y a une raison pour laquelle je nous ai fait arriver par l’autre côté. Nos pas résonnent dans la pièce vide, il n’y a plus de haut-parleurs et de musique discrète et impersonnelle pour les couvrir. Et je ferais mieux de planifier comment nous allons trouver les nouveaux bureaux des affectations plutôt que de ressasser des souvenirs, d’autant plus s’ils ne me procurent aucun plaisir. Je hâte le pas. J’ai toujours trouvé le hall trop long, interminable à traverser, comme s’il devait dissuader ceux qui venaient de poursuivre et les inciter à faire demi-tour. Absurde. Les portes d’entrée, ou de sortie dans notre situation, sont encore loin lorsqu’une porte latérale s’ouvre.
— Oscar ! Je me doutais que c’était vous que j’entendais. Je sais que vous n’avez pas encore repris de rendez-vous pour l’âme en peine qui vous est attribuée, mais que diriez-vous de venir discuter un moment ? Il parait que la nuit porte conseil. Venez au moins boire un petit quelque chose, un thé ou une infusion.
La conseillère est là, la tête par la porte entrebâillée et son habituel large sourire jusqu’aux oreilles. Le protocole voudrait en effet qu’elle attende que je prenne rendez-vous avec elle pour planifier une nouvelle entrevue avec celui dont j’ai la garde, mais les envies et les besoins de ce dernier en matière de conseil et d’orientation prennent la priorité. C’est donc vers lui que je me tourne afin de savoir quelles sont ses préférences. Il semble surpris de cette consultation. Il nous regarde à tour de rôle, comme dans l’attente que nous lui disions ce qu’il doit faire.
— Eh bien, très cher. Qu’attendez-vous ?
L’invitation le débloque et il s’avance vers la conseillère qui s’écarte pour le laisser passer. Je le suis.