Pièce n°2024
Écrite par troispetitspoints
Explorée par Proust
Pièce du Casteltober 2025 - Jour 4 : rougir
Il fait froid dans cette pièce. Je regrette la cheminée de la pièce précédente, ainsi que les genoux de l’humain. À défaut de me réchauffer, ces derniers me servaient au moins de coussin.
Il y a bien quelques chaises ici, mais aucune ne me semble suffisamment confortable.
Il y a bien un long meuble en bois posé sur des tréteaux, mais je ne suis pas sûr que le dessus soit davantage confortable. Pour en avoir la patte nette, je m’approche tout de même, fait le tour en miaulant, mais personne n’apparait pour me porter.
Puisqu’il faut tout faire soi-même ici, je prends mon élan, me dandine plus que nécessaire et saute.
Je manque de perdre l’équilibre sur le rebord, car le meuble est creux. Eh, mais il y avait bien une humaine ici ! Elle est allongé dans le meuble, ou plutôt la boîte, qui est tout juste à sa taille. Je n’ai même pas la place de m’y glisser faire un somme, et pourtant il semble bien rembourré. En tout cas mieux rembourré qu’elle.
Elle n’a jamais été très confortable pour mes siestes, mais maintenant elle concurrence presque l’humain de la pièce précédente.
Rembourrée ou pas, je suis content de la voir. C’est pas tous les jours qu’on croise une de ses maîtresses dans ce fichu Château. C’est bien d’ailleurs à cause d’elle que je suis venu ici. Depuis qu’elle était partie dans une voiture qui clignotait et sonnait fort, je restais seul toute la journée et avais ma pâtée avec plusieurs heures de retard ! La maison sans elle, c’était beaucoup moins rigolo. Je me souviens encore de ma dernière sieste avec elle. Elle était déjà très amaigrie, mais moins que maintenant. Et qu’est ce qu’elle est pâle aujourd’hui !
Comme à mon habitude, je rentre les griffes et frôle sa joue avec mes coussinets. Tout doucement. Elle ne réagit pas. Je lui miaule dessus, joue avec ses pieds, mais toujours rien. Je me frotte à sa tête, m’enivre de son parfum , passe ma langue râpeuse sur son nez. Elle qui râlait toujours de ma mauvaise haleine, elle ne dit rien, ne se détourne pas.
Je me pose sur son torse dont chaque os me rentre dans la chair, et ronronne un moment
Je sais que ça ne la ramènera pas, mais peut-être que de quelque part elle est heureuse de cet adieu.
Je finis par me lever, et m’étirer de tout mon long. Mes griffes cette fois-ci sorties s’enfonce légèrement dans sa peau. Elle ne frémit pas, c’est trop léger pour qu’elle saigne, mais les marques rouges colorent un peu son visage, comme si elle rougissait de se savoir ainsi exposée.
Je saute du cercueil, conscient de devoir continuer ma route, et me faufile par une porte entrouverte. Je ne ronronne plus.
Il se dégage du texte une mélancolie touchante
Bruh. Il est tellement triste ce texte 😞