Pièce n°2099
Écrite par Didou
Explorée par Détective Poivre
Pièce du Casteltober 2025 - Jour 23 : acrostiche
Le silence qui règne dans l’église est pesant, aussi lourd que mes pas et cette fois, mes articulations n’en sont pas la seule cause.
Je pousse un soupir, me laisse tomber sur l’unique banc. Jack, lui, préfère rester debout, méfiant malgré le fait que je vienne de lui sauver la vie. Je lui jette un regard.
Ganté, botté, vêtu d’un large manteau aux bords usés et déchirés en de multiples endroits, son visage de citrouille porte une longue entaille à la joue gauche. Entaille pas encore complètement cicatrisée. Sans doute le nécromancien n’était-il pas le seul à le traquer.
Tant mieux. Cela facilitera mon travail.
— Le Château est un endroit dangereux, je commence. Bien plus que n’importe quel autre endroit au monde.
— J’ai l’air d’en avoir peur ?
J’esquisse un sourire.
— Mon brave, vous avez surtout l’air épuisé. J’ai connu des citrouilles fêtant Halloween dans un meilleur état que le vôtre. J’ai rencontré le Diable, j’enchaine avant qu’il n’ait pu répliquer. Mauvais tour que vous lui avez joué là. Je crains que sa colère à votre égard ne retombe pas de sitôt.
— Et alors quoi ? Il peut plus m’atteindre.
— Hélas, vous vous fourvoyez. Votre âme est hors de sa portée mais cela ne l’empêchera pas de vous faire connaitre mille tourments physiques. Pourquoi sinon se serait-il volontairement enfermé dans un lieu dont on ne ressort jamais ?
Jack ouvre sa large bouche. Se renfrogne.
— C’est bon, j’ai compris. Tu m’proposes quoi ? il ajoute. T’es bien là pour ça, non ?
Je laisse passer quelques secondes de silence, assez pour le faire douter, pour que ses peurs grandissent. Puis j’acquiesce lentement.
— Je peux vous offrir la sécurité et la paix. En échange de quelques infimes services, cela va sans dire.
D’un geste calculé, je sors une carte aux reflets argentés de ma poche et la tend à Jack. Ce dernier la déchiffre avec difficulté.
O Toi, Château vivant,
Rien n’existe hors de ta loi, ni l’aube, ni la mort,
Dans Tes Murailles brûle le feu de la Gloire,
Reçois nos serments, nos vies qui te sont offertes,
Et que périsse le Monde avant que soit brisé l’Ordre portant Ton Nom.
— Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? grogne Jack en secouant la carte.
— Un vieil acrostiche. N’y prêtez pas attention. L’important, c’est ce que l’Ordre a à vous offrir. Au risque de me répéter : paix et sécurité.
Je vois une hésitation passer sur son visage. Il se dandine d’un pied à l’autre, me regarde, regarde la carte. Avant de souffler :
— Très bien. Qu’est-ce que je dois faire ?
Je lisse ma moustache, m’efforce de réfréner la fierté d’avoir réussi.
— Oh trois fois rien, mon brave. Juste un pacte de sang. Ceci, dis-je, en effleurant sa cicatrice de ma canne et en déposant le liquide orange ainsi récupéré sur la carte, devrait suffire.
La suite me donne raison. Un vortex apparait et engloutit Jack. Si ce dernier pousse un cri de terreur, l’église retrouve bientôt son calme. Je ramasse alors la carte retombée inerte sur le sol et me dirige vers la sortie en appelant :
— Partenaire ?