Pièce n°2138
Écrite par Harry Queaut
Explorée par Phaene
Après mon dernier automate j’ai, comme prévu, dormi quelques heures avant de m’appliquer à quitter le château contenant LA PISCINE DE PLUIE MUNICIPALE, LES VESTIAIRES DE LA PISCINE ainsi que LA MACHINERIE DE CONDENSATION (voir mes trois découvertes précédentes (et les rapports associés)).
A mon réveil, encore plus attachée à l’idée de claquer la porte derrière moi et d’avancer vers un autre réveil, j’ai fait mes affaires et me suis enfoncée vers le mur de LA MACHINERIE DE CONDENSATION opposé à la poste par laquelle j’y étais entrée. Il m’a fallu quelques minutes pour naviguer entre les canalisations et autres mécanismes mais j’ai fini par atteindre la porte qui m’avait été indiquée par Le Mécanichien et Le Mécaniche hier. La porte a été facile à ouvrir, grosse poignée ronde qu’il m’a suffit de tourner (les Mécanidés m’avaient prévenue qu’ils ne fermaient jamais la porte à clef de toutes façons), et j’ai à peine eu le temps de comprendre lequel de mes instruments s’était mis à bippé que j’ai trébuché et que je me suis étalée de tout mon long (une vérification postérieure a permi de confirmer que rien n’a été endommagé de manière irréparable dans ma chute).
J’ai ensuite entendu un petit cri aigu (de surprise, probablement), et des bruits de pas qui s’avançaient dans ma direction. A peine avais-je eu le temps de me mettre en position assise contre la porte (qui s’était refermée derrière moi) et de retrouver mes lunettes qu’une dame, humaine dont l’apparence lui aurait donné la cinquantaine, était déjà accroupie à côté de moi.
“Oh ! Rien de cassé jeune fille ? Oh, vous m’avez fait une peur bleue ! Ça n’est pas souvent que j’ai de la visite, mais ça me fait plaisir !”
J’ai secoué la tête pour lui signifier que non, je n’avais rien de cassé, mais elle a continué à parler en réagissant à peine à ma réponse.
“Ah ! C’est un cocon à ver à trou que j’entends dans vos affaires ?”
Chose qui ne surprendra pas celleux de mes lecteur-ices qui m’ont connue, je n’ai pas réussi à masquer ma surprise du tout de croiser si tôt dans mon exploration une personne familière avec la technologie des Découvrateur-ices.
“Oh, pardon, il a dû te surprendre, et maintenant moi aussi. Ah, mais surtout, pardon pour le balai, il n’y a pas grand monde qui utilise cette porte et j’ai perdu l’habitude de ranger ce coin là.”
Il semblait donc que soit je n’avais pas pris la bonne porte, soit que la porte s’ouvrait différemment pour les Mécanidés et pour moi.
“Oui, la porte fait office de déchirure spatio-temporelle, mais elle n’admet jamais que celleux qui cherchent quelque chose qu’iels pourraient trouver dans cette pièce… Puisque vous ne me connaissez pas, et moi pas vous… Mais que vous avez ce cocon à ver à trou… Hm…”
Elle commençait à se détourner de moi, alors je me suis relevée et je l’ai suivie, sortant mon calepin à questions pour toutes les noter et être sûre de n’en oublier aucune avant de lui poser (habitude que je tiens de mon père, même si c’est parfois moins efficace). J’écrivais en marchant, alors, je suis rentrée en plein dans le dos de mon hôte lorsqu’elle s’est arrêtée d’un seul coup.
“Passez-moi votre cocon, voulez-vous ? Je vais nourrir le ver.”
Puisqu’elle semblait savoir y faire, et qu’elle n’inquiétait aucun de mes sens ni de mes (autres) instruments, j’ai détaché le cocon, que je porte habituellement sur ma hanche droite et je lui ai donné.
[NOTE POUR LECTEUR-ICE DU FUTUR QUI NE SERAIT PAS FAMILIER-ERE AVEC LE COCON : Outil bien pratique, il est permet de détecter les failles spatio-temporelles grâce à un ver à trou de ver, enfermé dans une petite boite. Le ver ne se réveillant qu’après avoir traversé une de ces failles, se met à gigoter et son mouvement active un mécanisme qui produit un bip continu pour alerter lae découvrateur-ice en cas de faille. Une feuille de salade suffit à faire se rendormir le ver, et à stopper le bip. Si vous ne connaissez pas, j’espère que c’est parce que vous avez inventé un nouveau mécanisme plus simple, voir une méthode pour les détecter vous même !]
Alors qu’elle nourrissait le ver, j’ai été distrait par une odeur si familière et nostalgique que j’ai été presque instantanément retournée en enfance. J’ai suivi mes sens et suis tombée nez à nez avec un crumble, que j’ai reconnu immédiatement comme le crumble aux abricots et pignons et pins de mon père. L’eau à la bouche, j’ai presque été à nouveau surprise par mon hôte qui m’avait rejointe, cocon à ver rendormi dans une main, mon carnet dans l’autre. Elle avait lu les questions, mais n’a répondu qu’à une ou deux.
“Oh… C’est feu mon époux qui a découvert les propriétés des vers, et moi qui lui ai présenté les vers dans un premier temps d’ailleurs ! Vous connaissez peut-être son nom ? Climbert. Et… Ah, non, je ne peux pas créer les choses que les gens veulent, ce sont les choses qu’ils veulent qui les attirent ici. Quand à ce que vous pourriez bien vouloir… C’est à vous de le savoir. Ah ! Un œil, peut-être ?,” m’a-t-elle demandé avec un mouvement de menton en direction de mon cache-oeil, avant de hausser les épaules lorsque j’ai secoué la tête. “Ça ne peut pas être le crumble qui vous a attiré ici, c’est un faux ! Je l’ai sculpté hier. Je suis assez fière de l’odeur, hm ? Ah, et faites attention, je l’ai fait comme s’il sortait du four, il est toujours chaud, n’allez pas vous brûler.”
Plus surprise que je ne l’avais été depuis le début de la journée, j’ai sorti mon couteau de la poche qui lui est réservée à ma ceinture et j’ai voulu l’enfoncer doucement dans le crumble mais… rien. Après l’échec de ma première idée, j’ai essayé d’en gratter la surface, et ce sont des paillettes de marbre qui s’en sont détachées.
“Pas mal, eh ? Climbert aimait beaucoup mes trompes-l’oeil. Oh, d’ailleurs, c’est même lui qui m’a construit cet atelier. Vers la fin, il ne mangeait plus trop, et moi je n’en ai jamais eu besoin, alors il l’appelait ma Cuisine de Miracles. Je ne sais plus si le nom convient toujours, ou s’il me plaît encore. Je crois que ça n’était que des miracles s’il était là pour y assister, vous savez.”
Il ne m’a pas fallu plus longtemps pour la prendre dans mes bras.
Ce soir, je piocherai dans mes provisions, tant pis, et j’écouterai les histoires d’une femme seule depuis trop longtemps. Peut-être en apprendrai-je quelque chose qui méritera d’être rapportée, au quel cas j’ajouterais un post scriptum, mais pour l’instant, je ne veux pas la faire attendre plus longtemps (elle chantonne plus loin en attendant que j’ai fini ce rapport). Je lui proposerais un nouveau nom pour son atelier, on verra ce qu’elle en pense. Pour l’instant, je nomme cette pièce LA CUISINE TROMPE L’OEIL QUI SENT BON LE CRUMBLE.
JOUR DIX-HUIT, DÉCOUVERTE HUITIÈME : LA CUISINE TROMPE-L’OEIL QUI SENT BON LE CRUMBLE
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Maman,
Je suis soulagée que mes premiers automates vous soient parvenus. Je suis aussi impressionnée que vous ayiez pu trouver un moyen de communiquer avec moi dans ce sens, mais je n’aurais jamais dû douter de vous, bien sûr.
Je n’aime pas mentir dans mon rapport, mais j’ai pensé qu’il est mieux pour moi comme pour vous trois que le conseil ne sache pas que la chose que je souhaitais et qui m’a amené chez Sk’teva c’était votre lettre, si ? Je me suis aussi permise de ne pas mentionner son nom pour ne pas qu’elle puisse être tracée de cette façon, pour limiter les liens possibles entre elle et Paman.
D’ailleurs, ma lettre prochaine sera pour Paman spécifiquement, j’espère que tu pourras lui transmettre (iel pourra bien te la montre s’iel veut, mais je préférerais qu’iel en soit lae destinataire en premier lieu). Tu voudras bien lui dire que la situation avec mon oeil est restée pareille, à ceci près que j’ai eu l’impression de sentir un liquide contre mon cache-oeil, comme si j’allais pleurer, quand Areva m’a parlé de sa solitude, et quand j’ai voulu passer mon pouce sous mon oeil, pour vérifier, il n’y avait pas l’air d’y avoir quoi que ce soit. Promis, je ferais en sorte de faire une note plus courte que ma première, pour que tu puisses plus facilement la dissimuler.
Bonne nouvelle pour Lulel et son départ, j’espère le croiser dès que possible.
Sk’teva vous embrasse, et moi aussi.
Phaene