Pièce n°2348
Écrite par Didou
Explorée par Sora
Plus on court et plus il y a d’herbe. Elle est super haute maintenant, tellement que des fois, ça me chatouille le menton. C’est rigolo mais j’ai pas trop envie de rigoler alors je serre fort fort fort les dents et tant pis si ça me fait un peu mal à la bouche.
— Ici. Moi. Ici.
J’arrive plus à voir Lapinou. Il est obligé de me dire où il est pour que je puisse le suivre même si c’est pas très compliqué parce qu’il va toujours tout droit. Je crois qu’il est aussi perdu que moi et qu’il fait juste semblant. Moi, je fais semblant que j’ai pas peur des deux messieurs qu’on entend des fois derrière nous. Ça aurait pas fait plaisir à maman, elle disait que c’est interdit de se mentir parce qu’ensuite, on finit par penser que c’est vrai et on sait plus qui on est vraiment. Mais c’est de sa faute si j’ai peur. Si papa ou elle était là, on aurait mis une fessée aux méchants sauf qu’ils m’ont abandonné tous les deux alors, moi, j’ai le droit de pas obéir. Même que c’est bien fait pour eux.
On continue de courir. Les herbes, elles sont nulles. Elles chatouillent plus du tout, elles me mettent des claques sur les joues et ça me fait mal. Presque aussi mal que là où est mon petit cœur.
— Ici. Moi. Ici.
Je freine et vais à gauche en voyant que Lapinou a tourné. Tout de suite après, il y a une ombre qui fonce vers moi et je crie tellement j’ai peur. Mais en fait, c’est que Lapinou qui saute dans mes bras. J’ai pas trop envie de le porter, jusqu’à ce que je me rende compte qu’il est tout tremblant et que ses poils sont tout mouillés.
— Fatigué. Moi. Fatigué.
Alors là, j’arrête de faire semblant. Je pleure et je le serre fort contre moi. Même que je mets mon visage dans ses poils et que je frotte pour le réchauffer.
— Pardon, Lapinou. Pardon.
On reste comme ça longtemps. Les voix des méchants, elles sont de plus en plus près mais c’est pas grave parce que même s’il y a ni papa ni maman, j’ai Lapinou avec moi et on mettra une fessée aux messieurs s’ils veulent nous faire du mal.
— Là. Avancer. Là.
C’est bizarre. Il y avait de l’herbe de partout mais quand je relève la tête, il y en a plus de tout devant nous.
— Ils sont là !
Les méchants sont juste derrière. Je colle Lapinou contre ma poitrine et puis je repars en espérant que mon prochain super-pouvoir ce sera d’être ultra rapide.