Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE TUNNEL DE LA LIGNE 10
LE TUNNEL DE LA LIGNE 10

LE TUNNEL DE LA LIGNE 10

Pièce n°2260
Écrite par Didou
Fait partie de la saga << < Vent de Révolte > >>

— Eh mon gars, ils ont besoin d’une intervention sur la ligne 10, magne-toi un peu.

Je pose deux doigts sur mon casque en signe d’assentiment puis m’enfonce dans le tunnel face à moi. Une jeune recrue m’accompagne et jette des regards curieux aux alentours. J’essaie de me rappeler si j’étais comme lui dans le temps, si moi aussi j’ai un jour été émerveillé de découvrir l’envers du décor. Sans doute que non. Il faut être passionné pour trouver un quelconque attrait à un couloir sombre, humide et froid. Une autre flamme fait toutefois battre mon cœur et m’aide à conserver le sourire, même quand mon binôme affirme avec fascination :

— L’Ordre est vraiment incroyable ! Tu imagines la complexité de leur monorail ? Le défi qu’a représenté une circulation depuis le haut ?

Allons bon. Un fanatique. Je grogne, sans que cela ne l’empêche de poursuivre :

— L’armature en elle-même est digne des plus grandes œuvres. Tu savais qu’elle est composée d’un alliage unique d’acier ? Et cette couleur brillante ? Elle est obtenue après la passivation de…

— On est arrivés.

Du menton, je désigne le coffret, petit frère d’une armoire électrique, qui pilote l’aiguillage de la ligne 10. Mon binôme écarquille aussitôt les yeux et fait mine de s’en approcher mais je le retiens par la manche.

— Je m’en occupe. Toi contente-toi de m’éclairer.

Je dépose de force une baladeuse dans ses mains et n’attends pas qu’il réagisse pour m’approcher du coffret. Je sais déjà quel défaut perturbe son fonctionnement. Le même que la dizaine d’autres sur lesquels je suis intervenu au cours du dernier mois. Je glisse une main dans ma poche, m’empare d’une clé triangulaire et ouvre la bête. Bingo.

— Un goujon qui s’est cassé, j’annonce à mon binôme en récupérant la petite tige tombée en bas du coffret tandis qu’il éclaire l’intérieur. Sûrement les types de l’install qui ont serré trop fort. T’as beau leur dire de pas dépasser les 6,5 Nm, ils écoutent rien.

Je pousse un soupir. Avec des gestes devenus habitudes, je dégaine mon pistolet de soudage puis replace le goujon sur le toit intérieur du coffret.

— Ferme les yeux, j’ordonne à la recrue.

L’instant d’après, un arc électrique illumine le tunnel. Une chaleur intense frappe mon visage puis la lueur bleutée s’éteint et je teste la solidité de ma soudure d’une pichenette.

— Parfait. Maintenant la masse.

Je place la cosse reliée à cette dernière sur le goujon, farfouille dans le coffret pour trouver l’écrou qui l’accompagne puis serre le tout au couple préconisé à l’aide d’une clé dynamométrique.

— On est OK, je souffle alors. Juste une dernière petite chose.

Je récupère dans ma boîte à outils un petit boîtier en plastique que j’installe dans le coffret, au plus proche du câblage électrique.

— C’est quoi ? me demande mon binôme.

— Ça ?

Sans que j’en ai conscience, mes doigts agrippent la plaque de métal nouée autour de mon cou.

— Un dispositif de l’Ordre pour surveiller le courant qui circule.

Enfin, ça, c’était avant que je ne le transforme en bombe artisanale.

— Rien d’important, je conclus avec un sourire. On retourne au dépôt ? Si on se dépêche, on nous filera peut-être une autre intervention et cette fois, je te laisserai t’en occuper.

— C’est vrai ?

— Hum, vrai de vrai. Allez, passe devant, petit. Je te suis.

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