Pièce n°2264
Écrite par Didou
Fait partie de la saga << < Vent de Révolte > >>
Je le sais avant même qu’ils se tournent vers moi. Quelque chose dans leur regard, dans leur posture. Dans leur manière de me regarder. Ces types appartiennent à l’Ordre. Un frisson me parcourt. Je masque mon dégoût derrière un sourire avenant et les accueille d’un chaleureux bonjour. C’est à peine s’ils me répondent. Un hochement de tête et puis ils retournent à leur conversation. Qu’à cela ne tienne. Je tends l’oreille, espérant glaner quelques informations intéressantes. Mais non contents d’être malpolis, ces gars-là sont en plus d’une piètre importance. À en juger par leurs propos, la seule chose qui les préoccupe est le cours de leur foutue cryptomonnaie, en forte baisse depuis plusieurs jours. Aucune chance qu’ils me dévoilent un secret de leur organisation.
Je décide pourtant de tenter ma chance et après avoir vérifié que mon tablier est correctement noué, m’approche d’eux.
— Est-ce que je peux vous aider, messieurs ?
— En aucune façon.
Je conserve mon sourire. Illusion ou non, j’ai l’impression que la plaque de métal accrochée à la chaine autour de mon se fait le reflet de mes émotions. Elle est brulante contre ma peau, de même que ma khamsa. Je resserre mes doigts autour des deux médaillons et acquiesce lentement.
— N’hésitez pas à me faire signe si vous changez d’avis.
Je retourne derrière mon comptoir sans pouvoir empêcher ma mâchoire de se crisper. La pensée fugace qu’une arme m’attend juste sous la caisse m’effleure alors. Heureusement pour moi, pour eux, imaginer ce que je pourrais en faire suffit à me calmer. Je pousse une longue expiration puis, tout en faisant mine d’annoter mon livre de comptes, observe mes clients. Après avoir hésité sur plusieurs produits, ils se rabattent finalement sur des oranges, les moins chères du magasin, et les déposent sur le comptoir d’un geste dédaigneux.
— Je m’occupe de peser ça, leur indique-je en posant le tout sur une balance.
Tandis que les chiffres défilent sur l’écran, je rabats mes manches et effectue un petit mouvement du poignet. Un poids en forme de cloche d’une centaine de grammes atterrit aussitôt dans ma main et d’une manipulation devenue invisible à force d’être répétée, le cache derrière une orange.
— 889 grammes, j’annonce avec un soupçon de fierté dans la voix. Comment est-ce que vous souhaitez régler ?
Mes chers clients ne prennent même pas la peine de me répondre. L’un d’eux approche sa carte du lecteur puis, sans un merci, sans un regard, récupère le sac d’oranges et quitte mon magasin en pestant contre la flambée des prix.