Pièce n°1974
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ifa
Fait partie de la saga << < Le Cygne Gris > >>
Il fait si sombre ici, il fait si froid, que j’en ai momentanément le souffle coupé. J’essaie de prendre de grandes inspirations, de calmer mon cœur agité. Mais lorsque j’exhale, aucune de mes expirations n’est visible dans l’air. Pourtant, il fait si froid… Et j’ai si chaud.
C’est une sensation étrange. Je crois que j’ai de la fièvre. J’ai si froid et j’ai si chaud.
Abnar ne m’a pas suivie. Je suis seule ici. La panique me gagne brusquement. Je sens mes mains trembler. Je n’aimais pas sa compagnie, mais la perspective de continuer seule m’est plus difficile à accepter. Et si l’Ordre me retrouvait ? Et si je n’arrivais jamais à rejoindre la petite fée ? Et si j’étais destinée à ne jamais retrouver mon âme ? Je sais que j’en ai déjà une partie en moi, que sinon je serais déjà devenue folle depuis longtemps, mais je suppose que je ne l’accepterai pas tant qu’elle ne sera pas entière.
Je me redresse. Je ne m’étais même pas rendue compte que j’étais accroupie. Dans cette grande pièce glaciale, l’unique lumière provient d’étoiles de mer luisant faiblement dans l’obscurité. Elles gisent sur le sable noir. Je commence à marcher. Le sable est humide, comme si une marée venait de se retirer. Je ne vois pas de mur. Jusqu’où s’étendent les limites de la pièce ?
Les battements de mon cœur ne ralentissent pas. Ils pulsent de ma nuque jusqu’au bout de mes doigts. C’est désagréable. Je n’entends rien d’autre que mon cœur inquiet. Jusqu’ici, c’était mon âme qui me guidait, mais je ne la sens plus. Pourquoi ai-je été aspirée par le portrait ? Pourquoi y avait-il seulement un portrait de moi à cet endroit ? Ou peut-être était-ce un portrait de la petite fée ? Il est vrai qu’elle avait les yeux bleus.
Je porte la main à ma poche, juste pour y sentir le sachet de lavande et la petite perle sombre sous mes doigts. Le parfum des fleurs se répand dans l’air froid. Ça me calme un peu. L’odeur porte en elle le souvenir de ces sept années heureuses au milieu des champs de lavande, des baignades dans la rivière où reposaient au fond des perles violettes, la quiétude de la nouvelle moi.
Ifa. Je ne me souviens pas de mon vrai nom, mais ça n’a pas vraiment d’importance. Je préfère rester un mensonge que redevenir celle que j’étais vraiment.
Mais une nouvelle odeur se mêle à la lavande. Quelque chose d’acide, un parfum d’agrume, une odeur qui me ressemble. Sauf que ce n’est pas moi. Je me retourne, cherche le porteur de l’odeur dans l’obscurité, et je le vois.
Une silhouette, grande, aux yeux qui luisent dans l’ombre, accrochant la lumière des étoiles mortes. Il a des yeux de chat. Il fait un pas vers moi, et je panique. L’Ordre ! Je commence à courir dans l’autre direction. Le sable est plus humide qu’avant, comme si la marée montait. Lorsque je me retourne, il est toujours à la même distance, alors qu’il n’a pas bougé. Comme si je n’avais pas avancé.
Pourtant, je cours vite. J’ai toujours su courir très vite. Savoir fuir, c’est une qualité indispensable. Ma progression est progressivement ralentie par la montée de l’eau. Elle monte même trop rapidement. En moins d’une minute, elle m’arrive aux genoux.
Et lui, il me regarde toujours. Il fait de nouveau un pas vers moi. Il gagne du terrain, alors que je cours et qu’il bouge à peine. C’est tellement injuste ! Cela me rappelle certains de mes rêves où un poursuivant cherche à me tuer, et peu importe mes efforts, il me retrouve toujours. Il est toujours là. Lui.
L’eau m’arrive maintenant à la taille. En une dizaine de secondes, elle m’arrive à la poitrine, puis elle m’engloutit complètement. J’essaye de nager, mais je n’arrive pas à rejoindre la surface. Je me noie. Je ne sais même pas si la silhouette me suit toujours. Mes poumons me brûlent. J’ai froid, tellement froid, et en même temps j’ai si chaud. Je ne pensais pas que mon cœur pouvait battre aussi vite. J’ai besoin d’une bouffée d’air, juste d’une bouffée d’air. Si seulement je pouvais respirer sous l’eau ! Abnar avait dit qu’une fois que j’aurais retrouvé le reste de mon âme, j’en serais capable. Je ne l’avais pas vraiment cru, mais là, je donnerais n’importe quoi pour que ce soit vrai. Je ne veux pas mourir maintenant !
Et je cède. Je prends une bouffée d’eau. C’est froid. Mais ça me calme. La souffrance que j’attendais n’est pas venue. Je peux respirer sous l’eau ! C’est tellement étrange… Autour de moi, les étoiles de mer se laissent porter par le courant. Je pose ma main sur ma gorge. Je respire vraiment. C’est comme un rêve.
C’est comme un rêve.
C’est cette réalisation qui me réveille.
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Elle m’a fait peur cette pièce. On aurait dit un peu un film d’horreur, avec ce type qui reste sans cesse à la même distance.
Ifa débloque un nouveau pouvoir ! Est-ce qu’elle saura le réutiliser par la suite ou c’était juste dans l’urgence du moment ?