Pièce n°2318
Écrite par Didou
Cette famille me cache quelque chose. Rien de bien important je suppose, ils sont tous des personnes formidables et comme j’ai pu le découvrir au cours de nos conversations, la bienveillance et la bonté dictent leurs actes.
Le père travaille dans une usine. Il rentre rarement à la maison mais lorsque c’est le cas, le sourire ne quitte pas les lèvres de son fils qui lui-même éclaire le visage de sa mère. Au cours des quatre jours que j’ai passés parmi eux, ils m’ont nourri, logé, blanchi et même transmis nombre de connaissances sur ce Château dans lequel j’ai atterri bien malgré moi. Grâce à eux, j’ai pu reprendre des forces, soigner une douleur à la cheville qui ne voulait pas disparaitre peu importe le soin que j’y apportais, et surtout mon esprit, si proche de la folie après des jours à errer dans un lieu sans la moindre logique.
Hum, je dois la vie à cette famille.
Et peut-être… peut-être eux aussi se sont-ils attachés à moi, peut-être est-ce la raison pour laquelle le père s’est fermé lorsque je lui ai annoncé mon envie de partir, peut-être est-ce pour cela que le fils m’évite et que la mère fuit mon regard.
Je me retourne sur ma paillasse en entendant des pas approcher.
La ferme n’est pas grande. Constituée d’une seule pièce qui sert à la fois de cuisine, salon et chambre, les toilettes étant situées sur une terrasse extérieure, elle offre tout le confort d’un foyer et pour rien au monde je n’aurais échangé une place ici contre une autre dans un palace.
— Votre décision est toujours prise ?
Le murmure tremblant du père me pousse à m’appuyer sur un coude.
— Vous nous quittez demain ?
— Je dois partir, je confirme. Vous et votre famille avez fait plus pour moi que tout ce que j’aurais pu espérer. Je refuse d’abuser de votre hospitalité plus longtemps. Et je dois aussi rentrer chez moi.
— On ne rentre pas du Château, je vous l’ai déjà expliqué.
— Peut-être. Mais on peut essayer.
L’autre esquisse une moue avant de proposer :
— Vous pourriez rester ici. Prendre soin de ma famille quand je ne suis pas là. Je… il y aurait certaines règles à respecter, je ne pourrais hélas vous autoriser à sortir, cependant… on pourrait trouver une solution… on pourrait…
Je fronce les sourcils sans comprendre alors qu’il hésite mais chasse mes interrogations d’un geste et pose une main sur l’épaule de mon hôte.
— Je ne changerai pas d’avis.
— Je vois.
La détresse qui perce dans sa voix me peine, tout comme les regrets que je lis au fond de ses yeux.
— Dans ce cas, comprenez que je n’ai pas le choix. Et si vous en avez la force, pardonnez mon acte.
Des larmes coulent sur ses joues juste avant qu’il ne brandisse un poignard et me l’enfonce en pleine poitrine.
— Je suis désolé. Je suis désolé, répète-t-il alors qu’un filet de sang s’écoule de mes lèvres. L’Ordre nous a prévenu. Avec les gens comme vous, il n’y a pas de seconde fois. Si on vous laisse partir… si vous quittez la pièce… elle sera détruite.
Il retire son poignard, l’enfonce une nouvelle fois dans ma poitrine puis tout se trouble.