Pièce n°1934
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ifa
Fait partie de la saga << < Le Cygne Gris > >>
L’air ici est différent. Il n’y a plus de fumée. C’est l’odeur de la mer. J’ouvre les yeux. Nous sommes sur une plage de galets. Quelques tentes en piteux état sont face à nous. Un homme nous tourne le dos. Il a l’air de regarder un feu éteint. Abnar s’avance vers lui. Nos pas crissent sur les galets.
L’homme se redresse brusquement. Lorsqu’il aperçoit le chef, sa méfiance s’évanouit. Il a dû reconnaître les yeux d’argent.
– Abnar ! Vous ne nous avez pas prévenus que vous nous feriez l’honneur-
– J’ai été pris de cours. Ils m’ont retrouvé et nous poursuivent. Nous devrions être à l’abri ici. J’ai effacé nos traces, le coupe Abnar.
L’homme hoche la tête frénétiquement, avec déférence. Abnar lui sourit, lui parle de sa voix calme. Sa voix est hypnotique.
Je pose l’enfant que je portais pendant que les deux hommes discutent. Une dizaine d’autres individus sortent des tentes. Ils ont l’air surpris mais contents de voir Abnar. Ce sont les Lames de Péridot. On est loin des courageux aventuriers décrits dans les légendes. On dirait que ce que disait Abnar était vrai. Il ne reste plus aucun chevalier originel, aucun ayant volé son nom au livre. Il ne reste que les suiveurs. Et Abnar. Une petite secte. Mais je me méfie. Je ne vois qu’une dizaine de personnes, mais peut-être qu’il y a d’autres suiveurs, dans d’autres pièces.
L’enfant me tient la main. Je me souviens de lui. Un petit garçon plutôt gentil, un peu froussard. Il n’aimait pas se baigner dans la rivière, il trouvait ça trop froid. Pourtant, il me suit quand je m’avance vers le bord de l’eau, que j’enlève mes bottines et que je rentre dans l’eau. L’eau froide me fait du bien.
La pièce est plutôt agréable. La plupart des galets sont très petits et très ronds. Comme des billes sombres. A bien regarder les Lames de Péridot, ils ramassent des galets puis regardent à l’aide une lampe s’ils peuvent voir à travers. Ils cherchent du verre de pirate, je pense. Leurs recherches semblent infructueuses. Durant les deux heures où Abnar parle avec l’homme, les autres se sont levés plusieurs fois pour jeter les galets qu’ils analysaient dans la mer et pour en ramasser d’autres.
Ici, c’est comme un lever ou un coucher de soleil permanent. Le soleil est toujours derrière l’horizon mais il y a une lueur rosée. On nous offre à boire. Un peu à manger. Les survivants sont encore en état de choc. En fait, à part Abnar et moi, il ne reste que l’enfant que je tenais et un jeune homme, quinze ans tout au plus. Il tremble. Je laisse l’enfant en sa compagnie et vais marcher un peu sur la plage.
Abnar me rejoint. Cela me met mal à l’aise. Je sens qu’il y a des choses qu’il veut me dire, mais il reste silencieux. Il n’y a pas vraiment de vagues. L’eau est calme. Je peux presque voir mon reflet. J’y vois des yeux jaunes. Je n’ai aucun souvenir de yeux jaunes. Durant tout mon séjour au village, ils ont toujours été marron. Nous marchons quelques minutes, je garde les yeux baissés. Je ne veux pas qu’Abnar les voie. Après un moment, je jette un nouveau regard à mon reflet. Mes yeux sont redevenus normaux. Mon cœur aussi bat moins vite.
– Les survivants seront en sécurité ici, au moins pour un moment, dit Abnar.
Je hoche la tête distraitement. Peut-être que je pourrais me faire à la vie ici. Ce n’est pas la lavande, mais ramasser des galets, regarder au travers, les relâcher dans la mer sont des tâches répétitives. J’aime ça. Il y a quelque chose de tranquille et de rassurant dans le quotidien, dans la routine, dans les habitudes.
– Je voudrais que tu viennes avec moi, poursuit Abnar.
– Retrouver tes chevaliers ?
– Il n’y a plus de chevaliers. James a confirmé mes craintes. Je suis le dernier des fondateurs. Je voudrais que tu m’accompagnes pour une mission qui pourrait tous nous sauver.
Je m’arrête brusquement. Il s’arrête presque au même instant, comme s’il l’avait anticipé. Je tente de paraître sûre de moi, mais je suis fatiguée et je parviens difficilement à faire taire l’angoisse.
– Je n’ai pas envie de te suivre, Abnar. Tu n’as pas été honnête, tu ne nous as pas dit que tu faisais partie des Lames de Péridot, tu ne nous as pas dit que tu étais mage. Tu nous as sauvés et je t’en suis reconnaissante, mais je ne viendrai pas avec toi.
– Ifa, ils en ont après toi. Ils ne cesseront de nous poursuivre tant que tu ne seras pas morte. Tu ne peux pas vivre ainsi. Tu ne connaîtras plus jamais la quiétude tant qu’ils en auront après toi. Si tu veux survivre, si tu veux que tout le monde survive, tu dois m’accompagner. S’il te plaît.
J’ai envie de résister, de lui dire ce que je pense de son activité secondaire de gourou, que je n’aime pas la voix hypnotique avec laquelle il essaye de me manipuler, mais je suis fatiguée. Je suis même épuisée.
– J’ai besoin de dormir, et après je réfléchirai, d’accord ?
– Je connais un endroit où tu pourras te reposer et nous pourrons discuter tranquillement après, dit Abnar.
Je hoche distraitement la tête. Je m’apprête à faire demi-tour, mais il pose sa main sur mon bras et je sens sa magie nous emporter vers une autre pièce. Je pense qu’il y a eu malentendu. Et je pense qu’il a fait exprès qu’il y ait malentendu. Mais je suis trop fatiguée pour protester
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Que peuvent-ils bien chercher dans les galets?
Oh bah je ne m’attendais pas à ce que les membres des Lames de Péridot soient si désœuvrés. C’est un peu triste.
C’est quoi ces yeux jaunes qu’à Ifa ? C’est à cause de son collier ?