Pièce n°2314
Écrite par un gars
Explorée par Devhinn
Fait partie de la saga << < Chutes prophéties et assimilées > >>
Carnet de Devhinn
69ème pièce
Quand la lumière avale la foule, que le Château disparaît, l’espace d’une seconde ou deux, une chose évidente me rattrape et une autre me paraît aussi claire qu’elle ne l’a jamais été.
La chose évidente, c’est que je me prends les pieds dans mes pieds et que ces maigres secondes ne laissent pas de temps à mon cerveau pour anticiper la chute.
La chose tout à fait claire, c’est que là, je le jurerais, dans un sens que je ne perçois pas encore ; là, pendant que je m’emmêle les jambes sur ce qui cesse d’être le parquet d’un grand salon ; le Château n’est plus, là. Ni devant, à fuir dans le roulis des perles, ni autour dans les murs. Deux. Secondes. Laissent entrevoir quelque chose, au-delà du Château.
Ma main droite choque contre le sol meuble, mon épaule gauche s’écrase dans la terre, je reste sonné.
Je tâtonne comme un gosse pour me relever. Une loupiote où dansent deux papillons de nuit éclaire timidement cette cave. Derrière moi, un escalier aux marches irrégulièrement hautes, qui file deux mètres plus haut vers une grande porte carrée, presque horizontale. Quand je quitte enfin le sol, mon odorat s’éloigne de l’humidité pour une senteur de soufre.
Il y a une allée faite de deux étagères. L’une de conserves en métal, de bidons d’huiles et de couverts. L’autre de cartons, rongés par l’humidité, l’un ayant vomi un jour des vêtements qui se trouvent aujourd’hui en paquet moisi au pied du rayonnage. Un coffre, aussi. Ouvert, forcé.
En plein centre de l’allée, il y avait quelqu’un. Il n’y a plus beaucoup de peau intacte pour le prouver. Mais sa tenue ressemble à celles entassées non loin. S’il y avait des yeux, on les penserait paisibles, tant le corps est affalé entre les plis de sacs de jute qui lui servent de dossier. Seul élément distinctif, au-delà de cheveux en carré et d’un piercing à l’oreille gauche, cette étrange plaque de métal, sur une chaînette qui lui sert de collier.
Je m’approche d’un pas discret, comme si j’allais déranger le cadavre. J’ai déjà eu mon lot de squelettes animés, n’allons pas trop vite.
Mais me voilà finalement à un demi-mètre du corps avachi. Le rectangle de métal, pas plus grand que ma main, est gravé de petits symboles géométriques. Quelque chose comme un carré scindé en deux, trois barres parallèles, un angle à 45 degrés, le tout plus petit qu’un ongle.
Il y a entre ses jambes du petit matériel. Pince coupante, fil de fer, une trousse avec quelques bandes de tissus. Certaines, au sol, sont recroquevillées au même titre qu’une languette de papier.
“C’est pas contre vous camarades.
J’ai essayé jusqu’au bout.
J’ai plus de force.
Je vous fais confiance. Je sais que vous résisterez encore.
Trouvez le gosse.
Nuée bleue”
Dans le coffre meurtri sur le côté, un dispositif électronique avec une dizaine d’échancrures verticales contenant autant de plaques métalliques. Un espace de la boîte permet d’en déposer une à l’horizontale. Permettait, il est éventré.
J’attrape pince, fils et bandelettes, le message de la Nuée bleue au passage, quelques conserves de “jardinière de luxe” avec une fourchette, puis enfin je jauge le coffre avec un soupir.
Quoi qu’on aie voulu faire ici, ça n’a pas marché. Une petite partie de moi se demande, curieuse, ce qui se tramait en douce avec ces rectangles en métal.
Ce contre quoi il s’agissait de résister.
Ce que ça veut dire. De résister. Ici.
La Nuée bleue a raison. On manque de force, face au Château. Résister… C’est vain. On finit tous par tomber. Alors réparons ce qui peut l’être en attendant.
Je regarde la porte de sortie, presque apaisé. Quelque part, quelque chose casse. Qu’il faudrait réparer. Si je répare tout, si je règle tous les problèmes que j’ai engendrés, alors, de nouveau, je me demanderai ce que c’est de résister. D’ici là…
J’espère qu’iels m’attendent, là-haut.
<< < Devhinn > >>
<< < Chutes prophéties et assimilées > >>
Aaaaaah, Devhinn a rencontré le cadavre d’un résistant TT_TT
Bruh. Je suis content de lire ce que tu as fait des plaques, c’est marrant de voir quelle forme tu leur donnes et le but qu’on leur devine derrière.