Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
L’ANCIENNE CAFÉTÉRIA DES BUREAUX DES AFFECTATIONS
L’ANCIENNE CAFÉTÉRIA DES BUREAUX DES AFFECTATIONS

L’ANCIENNE CAFÉTÉRIA DES BUREAUX DES AFFECTATIONS

Pièce n°2118
Écrite par Sol'stice
Explorée par Oscar C. T. Obre

Pièce du Casteltober 2025 - Jour 27 : âme

 Ici non plus, rien n’a été laissé. Le seul ameublement de l’espace dépouillé de ses tables et de ses chaises est le matériel de camping, certainement apporté là par la conseillère. Trois sièges pliants regroupés autour d’une caisse retournée. Un tableau pathétique à même d’entacher notre image que je ne devrais en aucun tolérer. Il est pourtant étonnamment réconfortant entre les murs gris et je n’ai pas encore assez réfléchi à notre prochain déplacement pour proposer une alternative raisonnée. La seule chose qui a un tant soit peu de sens actuellement est que la conseillère ait choisi l’ancienne cafétéria pour installer son réchaud d’appoint. D’ailleurs, je ne sais pas s’il respecte les normes de sécurité, mais je ne connais pas assez celles régissant les sources de chaleur d’origine magique pour être légitime à intervenir.
 — Asseyez-vous, asseyez-vous. Tenez. Buvez tant que c’est chaud.
 La conseillère nous propose des gobelets en plastique, si loin des standards que nous nous devrions de respecter. Ils sont de si piètre qualité que je me brûle les doigts en saisissant celui qui m’est destiné. Je m’applique cependant à ne rien renverser pour ne pas tacher ma tenue. Celui dont j’ai la charge se protège de ses manches, la chaise sous lui grince lorsqu’il bouge et je crains qu’elle cède, même s’il ne peut pas se faire mal dans la chute. La conseillère attend qu’il ait bu trois gorgées avant de s’adresser à nouveau à lui :
 — Alors, avez-vous une idée plus claire de ce que vous voulez devenir ? Avez-vous des questions ?
 Il tripote le plastique fragile de son gobelet.
 — Eh bien…
 — Oui ? Je vous écoute.
 — Je dois choisir ce que va devenir mon âme pour le reste de ma… de l’éternité, c’est ça ?
 — C’est cela. Même si, n’ayez crainte, des réorientations sont possibles si d’aventure vous voulez changer plus tard.
 Je me retiens d’intervenir. Les procédures de réorientations sont d’une complexité affolante et ne sont pas à prendre à la légère. Il s’agit de mesure à garder aux cas d’urgence, et certainement pas une broutille à prendre à la légère ni à la disposition du premier venu. Ceux qui ont réussi à remplir la procédure jusqu’au bout avec succès se comptent sur les doigts d’une main d’un humain de constitution standard. Personne ne s’est jamais embêté à compter ceux qui ont échoué. Ce serait une perte de temps et de papier. Je ne dis cependant rien. Si la connaissance de cette possibilité, même utopique, permet de faciliter la décision de celui dont j’ai la charge, j’accepte ce manquement à la précision dont je suis censé faire preuve.
 — Je préfère rester humain, j’ai vu qu’on pouvait changer mais j’y tiens pas. Non, je préfèrerais rejoindre une des organisations, là…
 Il sort la brochure, la tourne pour indiquer une case en bas avec une liste en tout petits caractères.
 — Je ne sais pas encore exactement laquelle, je veux bien plus d’infos, s’il vous plait.
 Après s’être penchée pour lire l’emplacement indiqué, ce dont elle n’a pas besoin, je le sais, elle connaît la liste par cœur autant que moi, mais je sais également qu’il s’agit d’une de ses techniques pour créer de la proximité et de la mis en confiance, la conseillère approuve.
 — Très bon choix. Je n’ai malencontreusement pas sur moi le détail de chacune d’entre elles, mais vous trouverez plus d’informations aux bureaux des affectations. Enfin, aux nouveaux bureaux des affectations, ils ne sont pas très loin, deux portes plus loin à peine.
 Elle a en même temps un geste de la main vers la porte du fond. J’enregistre dûment l’information, précieuse face aux errances qui nous menaçaient. En prenant garde à ne pas le serrer trop fort au risque de l’écraser et de renverser son contenu, je repose mon gobelet auquel je n’ai pas touché. Cela fait longtemps que je ne m’encombre plus des conventions sociales si elles ne sont pas rendues nécessaires par le protocole ou ma mission. Celui dont j’ai la charge m’imite, une fois qu’il a vidé le sien. Nous nous levons. Je salue la conseillère, la remercie d’un hochement de tête. Elle me sourit, installée au fond de son siège avec son ersatz de boisson chaude.
 — À la prochaine, Oscar.
 Si elle le dit. Ce n’est pas prévu dans mon planning mais elle possède une part d’aléatoire qu’il me serait préjudiciable de ne pas prendre en compte. La porte du fond ne s’ouvre que dans un sens, en poussant sur une grosse poignée. Je ne comptais pas nous faire faire demi-tour.

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