Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE COULOIR AUX NOMBREUSES PORTES DONT UNE SEULE AVEC SERRURE
LE COULOIR AUX NOMBREUSES PORTES DONT UNE SEULE AVEC SERRURE

LE COULOIR AUX NOMBREUSES PORTES DONT UNE SEULE AVEC SERRURE

Pièce n°2133
Écrite par Sol'stice
Explorée par Loan

 La chevaucheuse ouvre la foule de sa carrure et de son assurance. Elle nous fait remonter à contre-courant le flot de celles et ceux qui vont à la cantine, qui retournent au hangar des nids ou gagnent l’allée des échanges, et encore bien des endroits que je ne connais pas. À mesure que nous nous éloignons, il y a de moins en moins de monde et circuler devient plus facile. Je ne comprends pas pourquoi nous avons besoin de tant marcher alors que nous passons devant tant de portes closes, avant de remarquer qu’aucune d’entre elles ne comporte de serrure. Ce n’est qu’après des tours et des détours sur le lino, lorsque nous ne croisons plus personne, que nous nous arrêtons. La chevaucheuse se tourne vers moi, j’aperçois derrière elle une porte, perdue dans un recoin, mais surtout la mine soucieuse qu’elle arbore et qui contraste avec tout ce qu’elle a démontré jusqu’à maintenant.
 — V’z’avez dit n’importe quelle porte. Vous pouvez pas avoir la clé de c’te porte. Donc z’allez pas l’ouvrir. Faut pas ouvrir c’te porte.
 — Je n’ai pas la clé de cette porte mais… j’ai une clé. Mais si j’ouvre la porte avec, ça l’ouvre pas vraiment, ça… ça l’ouvre vers ailleurs. C’est bon quand même ?
 Le lutin laisse dépasser sa tête de ma poche pour scruter avec moi la chevaucheuse. Elle semble en proie à un dilemme, ou du moins une profonde réflexion. Je résiste à la tentation de me pencher pour voir à quoi ressemble la fameuse porte.
 — Z’êtes sûr qu’ça ouv’pas sur l’aut’ côté d’la porte ?
 — Sûr et certain.
 — Hum. C’ira alors. 
 Elle s’écarte et j’ai désormais la pleine vue sur l’imposante porte métallique. Toutes celles que j’ai vues jusqu’à maintenant étaient en bois. Il n’y a aucune indication écrite dessus, mais ce qu’elle dégage, ainsi que sa localisation perdue au bout de rien, lui donnent une aura inquiétante.
 — Il n’y aurait pas… une porte que je pourrais utiliser ?
 Je m’en veux de me tortiller ainsi, prêt à me désister, mais la chevaucheuse secoue la tête. 
 — Y’a 1707 portes dans not’ domaine. 1700 en bois qui ferment pas. Et 7 com’ elle. Sont toutes pareilles. Et si elles sont fermées, c’pour une bonne raison. Y’a des choses enfermées qu’il faut pas libérer. 
 L’avertissement est clair dans sa voix. Je hoche la tête en déglutissant, m’approche. Malgré la différence de taille qui devrait rendre cela impossible, la clé de bois se glisse sans mal dans la serrure de métal. Avant de la tourner, je ferme les yeux, me concentre sur l’image de la danseuse. Le déclic lorsque je tourne est étonnamment silencieux. Je m’attendais à ce qu’il résonne dans le couloir désert. Ce qui n’empêche pas la chevaucheuse d’être profondément mal à l’aise. Sur ses gardes. Même le lutin s’est tapi au fond de ma poche. J’ignore ce qu’elle redoute de trouver de l’autre côté, je ne lambine cependant pas plus longtemps et pousse doucement le battant. Le bref aperçu que nous avons de l’autre côté rend sa sérénité à la chevaucheuse, et désormais sa curiosité est entièrement dédiée à la clé de bois.
 — Curieux artefact qu’v’z’avez là. Gard’le bien.
 J’acquiesce, la salue.
 — Merci pour tout. Et à une prochaine fois !
 — ‘r’voir. Pr’nez gard’ à p’us vous perd’ dans des grand’ plaines.
 En promettant de faire attention, je passe la porte, sur les pas de la danseuse.

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