Pièce n°2386
Écrite par un gars
Explorée par Zilos
“La cabane est un altérat”, m’indique Gerjan.
Nous traversons un autre de ces couloirs herbeux sous l’océan, qui nous couve d’un bleu-gris profond le long de notre petite avancée. L’ouvrière, armée de ma jarre de mouches terriennes, poursuit.
“Ça veut dire qu’on peut toujours en rejoindre une version satisfaisante. La même, c’est pas possible, mais on récupère nos affaires, sauf que les prunes changent de variété, les saisons reculent, les tableaux traversent les époques picturales… Parfois les documents changent d’ordre, ça c’est casse-pieds. On suspectait même que l’Azurite évolue, mais c’était avant que t’arrives.”
Je me dis que de toute manière, une langue, ça évolue, pas besoin d’un espace-temps magique pour ça. Puis après tout, on est là pour ça, dénouer cette langue, ce castellain bavard a des choses à nous raconter.
“C’est comme ça partout ici ?”
“Non non, l’altérat c’est assez spécifique à notre coin. Enfin de ce que je connais. Ailleurs, je dirais que soit le lieu s’évapore, soit il persiste. Mais c’est pas clair.”
“Bon, donc pas de norme d’espace.”
Les mouches s’excitent un peu, se cognent plus frénétiquement aux parois, un message clair que j’intime à Gerjan. Avançons.
“Ces passages tendent à disparaître de toute manière”, plussoie ma voisine, encore amusée par le comportement des mouches. “Si j’en crois les nouvelles, je ne donne pas cher de celui-ci.”
“Les nouvelles ?”
“On reçoit une dizaine de gazettes, plus ou moins officielles. Je te montrerai.”
Gazelles, galettes… gazettes, j’ai. Il reste quelques trous dans mon apprentissage de cette langue humaine courante, mais les dernières semaines l’ont diablement amélioré.
“Tu as tout ce qu’il faut ?”
Bonne question et bon réflexe Gerjan, faisons l’inventaire. Mon vieux sac, le feuillet de traduction de la semaine, des salades fraîches pour les prochains jours et des ingrédients secs pour les suivants, une lampe-torche et une lampe-flambeau, des pochons grandissants pour les trouvailles, mes fusains gris et jaune avec papier dédié, et les mouches dans les mains de l’ouvrière.
“Je crois.”
“C’est que cinq jours, après tout.”
“Je suis un peu inquiet. J’ai hâte, mais je suis inquiet”.
Gerjan me tend les insectes chanceux.
“Je m’en fais pas pour toi Zilos. Oublie juste pas que tu pourras pas faire demi-tour. Mais dans une dizaine d’endroits tout au plus… Tu devrais retomber sur la cabane, nous dedans, avec le bazar que ton voyage y aura altéré.”
“Merci Gerjan.”
J’espère que ce tour d’horizon sera utile, ce serait bête de mettre la cabane en désordre pour rien.
L’ouvrière sourit, me tapote vivement l’épaule, et court en arrière. “Laisse-moi trente secondes !” Je reste seul, face à l’échelle, qui grimpe jusque dans l’océan.
Un pied, puis un autre. Quand je suis à mi-chemin, il me semble qu’il fait plus… Jaune. Je baisse la tête, et voit le sol se confondre en flammes jusqu’à paraître à un ciel du soir. Comme si Enceth m’offrait le spectacle de son coucher, à mes pieds, joignant lentement l’horizon de la mer.
Pas si lentement, hors je me trouve entre la mer et le feu.
Je monte de plus belle en surveillant sous mes pieds la progression acharnée du couloir qui s’embrase, si bien que ma tête entre soudain dans l’eau sans que je l’ai anticipé. Je descends d’une marche, buvant la tasse, puisque c’est l’expression ici, quand bien même j’ai l’impression d’avoir ingéré toute la théière. Puis je retiens ma respiration, et je continue de gravir.
Moi, Zilos Pentwecker, troll grimpant vers une deuxième aventure castellaine, j’ai une bien piètre capacité pulmonaire.
Je suis tellement ravie de retrouver les personnages de défi en défi ! Comme Didou je suis assez fascinée par la notion d’altérat que tu développes, ça me semble tellement porteur ce lieu qui te rend tes possessions… mais jamais tout à fait, avec tout le côté amusant des variations possibles. C’est encore une autre forme de disparition et je suis fascinée par votre inventivité à toustes *-* Hâte d’en lire plus !
Le concept d’altérat est super intéressant. Pratique aussi XD
Ça laisse imaginer beaucoup de possibilités et mine de rien ça doit être rigolo de jouer avec les différentes versions.