Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE GRENIER DES COULISSES
LE GRENIER DES COULISSES

LE GRENIER DES COULISSES

Pièce n°1871
Écrite par Sol'stice
Explorée par Loan

 Je tiens quelques secondes – le temps de m’élever haut dans les airs – avant de tout lâcher. Heureusement, la corde m’a entraîné à travers un trou dans le plafond et je tombe sur le plancher de la nouvelle pièce. J’y roule, pour être plus exact, m’efforçant de protéger la boîte autant que de ne pas écraser le lutin. Celui-ci s’extirpe de ma poche aussitôt que je m’immobilise, heureusement sain et sauf. Doucement, je m’assois en tailleur, prends le temps de souffler, d’observer l’endroit où nous nous trouvons.
 Le plancher s’étend tout en longueur, percé à de nombreux endroits pour laisser des cordes similaires à celle qui m’a hissé, accrochées à des poulies suspendues aux poutres de la charpente. Celle-ci, en pente, offre une hauteur inégale, je dois pouvoir me tenir debout par endroits, ailleurs je devrais probablement progresser plié en deux, voire ramper. Les planches disjointes posées sur la charpente laissent entrer la lumière, pinceaux qui tombent en emprisonnant la poussière en suspension. Poussière… J’éternue une fois, deux fois, trois fois, de manière incontrôlable, avant de rester la bouche ouverte et le nez plissé, dans l’expectative. Plus rien ne vient, c’est passé. Par réflexe, je m’essuie dans ma manche, grimace de mon propre geste, renifle la poussière qui s’y était accrochée et menace de partir une nouvelle crise d’éternuements. Heureusement, cette dernière m’épargne.
 Une nouvelle fois, je souffle. Puis j’écarte mon précieux chargement de ma poitrine et prends, enfin, le temps de le détailler. En ouvrant les coins du tissu, fin, bleu nuit brodé de délicats motifs argentés – étoiles, lunes, planètes et autres constellations – je m’attarde sur le bois clair dont les veinures transparaissent, subliment les motifs qui l’ornent, dorés cette fois-ci. Le lutin, qui s’est rapproché, pose ses deux minuscules paumes de part et d’autre de la serrure ouvragée. En réalité plus loquet que serrure, il s’ouvrirait probablement d’un coup d’ongle si je prenais la peine de le faire. Le regard que le lutin m’y invite, je me retiens.
 — Elles ont dit de ne l’ouvrir que lorsque j’aurais trouvé la danseuse.
 Il me considère encore quelques secondes avant de retirer ses mains et de s’asseoir, en équilibre sur mon genou, les bras croisés, boudeur. Le rire qui m’échappe ne fait rien pour arranger son humeur. En dissimulant du mieux que je peux le sourire irrépressible qui étire le coin de mes lèvres, je passe mes doigts au-dessus de la surface de la boîte sans oser, pour ma part, la toucher. Elle dégage… elle dégage quelque chose d’ancien, de solennel, presque religieux, qui dresse une frontière que je n’ose franchir. 
 Je finis par replier le tissu sur la boîte et à me relever, non sans inviter le lutin à regagner l’abri de ma poche, ce qu’il fait sans rechigner. D’un coup sur mon pantalon, j’ôte le gros de la poussière accumulée, me gardant bien de l’inspirer par mégarde. Puis j’entreprends de gagner la petite porte que j’aperçois là, tout au fond, en me faufilant entre les cordes qui montent et qui descendent et le dos courbé pour me glisser sous les poutres. Il ne me reste alors plus qu’à pousser le simple panneau de bois et à passer dans la pièce suivante.

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