Pièce n°1985
Écrite par Argonath
Explorée par Rigel
La première chose qui me frappa lorsque j’entrai dans la pièce fut la lumière : elle était jaune et seulement jaune. La combinaison intégrale que je portais et que je percevais initialement bleu clair apparaissait désormais comme un léger blond terne. Vint ensuite la pression : à l’image des désagréments subis lors de changements d’altitude, mes oreilles se bouchèrent instantanément. Alors que j’ouvrai la bouche pour rééquilibrer les pressions de la buée se forma sur ma visière réduisant momentanément ma visibilité. Ma vue revenant peu à peu, il devenait certain que des échanges avaient lieu entre l’intérieur et l’extérieur de la combinaison. Dans ma tête, les idées se bousculèrent alors. L’air était-il respirable ? Allais-je sombrer dans l’inconscient ? Pourquoi cette combinaison enfilée de force ? De quoi protégeait-elle ? Tandis que ces questions tournaient dans mon esprit, je commençais à explorer la pièce. C’était une vaste salle, d’une propreté impeccable, dont les couleurs dénaturées par l’éclairage laissaient supposer des teintes plutôt claires. Il apparaissait clairement qu’il s’agissait d’une sorte de laboratoire de pointe dont la disposition soignée dessinait divers îlots aux machines spécifiques et inconnues. Directement à l’entrée, se tenaient de grandes étagères sur lesquelles étaient minutieusement rangées des centaines de boites contenant chacune des dizaines des fins disques qui m’avaient tant émerveillé dans la salle précédente. Eux qui étaient si uniques et chatoyants en lumière blanche apparaissaient désormais ternes et identiques. D’autres étagères présentaient des outils : malgré la complexité manifeste de ce lieu, ceux-ci se révélaient particulièrement simples. Il s’agissait de pinces de diverses tailles et formes. Certaines était pointues, d’autres arrondies, certaines droites, d’autres courbées, d’autre encore étaient dissymétriques. C’est alors qu’un élément attira mon attention : malgré la rigueur impressionnante de ce lieu, un outil manquait à l’appel. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine tandis que je me retournais pour scruter chaque recoin de la pièce. Dans un angle de celle-ci, le peu de vision périphérique qui n’était pas obstrué par la combinaison détecta un mouvement. Le sang se mit à tambouriner dans mes tempes et ma vision vacillait à chaque pulsation. Je m’aperçus alors qu’il s’agissait d’une image projetée sur l’écran d’un ordinateur sur un autre îlot de la pièce. Alors que je m’avançais vers cette zone je reconnus des microscopes grâce à leurs oculaires mais à côté de ceux-ci se trouvaient d’énormes boites métalliques surplombées de colonnes décorées de pictogrammes haute tension. C’est à côté de l’un de ces engins que se tenait le moniteur qui m’avait tant surpris. Alors que mon rythme cardiaque se calmait, j’observais l’écran recouvert d’un film coloré. Un monstre en nuance de jaunes bougeait lentement. Armé de ses huit pattes, il semblait avancer dans ma direction. Me demandant s’il était piégé dans la boite métallique et dans quelle mesure elle pouvait le contenir, je cherchais des indices sur mon potentiel adversaire. En bas à droite de l’image, une fine ligne graduée indiquait que cet octopode ne mesurait que 0,01 mm de large. Après un bref soulagement, la crainte d’une contamination biologique refit surface. Tout d’un coup, je ressentis mes membres me gratter, sentant de façon univoque une myriade de petits êtres avancer sur ma peau. Me souvenant que je portais une combinaison, je réussis à faire taire mes sens biaisés mais la curiosité me poussa à regarder au microscope optique si de tels êtres grouillaient autour de moi. Sous la belle série d’objectifs massifs trônait un des disques polis. En regardant dans les oculaires j’eus l’impression d’ouvrir les yeux sur un autre monde : le monde de la couleur. La lumière qui éclairait l’objet était blanche : tellement moins pure mais tellement plus belle que ce jaune auquel j’avais fini par m’habituer. Le substrat était d’un violet vif tandis que ça et là se tenaient des zones bleu ciel raccordées par des connexions dorées. Cette vision m’évoquait le plan d’un labyrinthe enchanté. Cependant, une brèche béante affectant plusieurs murailles avait été pratiquée dans ce dédale le rendant sans intérêt. Le responsable, un brin de cheveu s’était déposé sur la galette et avait empêché localement les étapes de dépôt de se dérouler convenablement. C’est alors que je me souvins de la pose de ma combinaison : j’avais été minutieusement nettoyé avec des tubes aspirants. La combinaison n’était donc pas là pour me protéger de l’environnement mais pour protéger l’environnement de ma présence ! Rassuré par cette déduction, je m’interrogeais tout de même sur les circonstances qui avaient conduit au dépôt malheureux d’un cheveu ainsi qu’à la capture du monstre miniature de la machine adjacente. Craignant d’être pris pour responsable de cette négligence, je me dépêchais de trouver la sortie. Je vis alors une seconde porte, un peu plus loin, près de hottes aspirantes certainement dédiées à la chimie. En m’avançant précautionneusement vers mon objectif, je parcourais des yeux la collection de bouteilles à la signalétique peu engageante. C’est alors que je le vis, l’objet absent, celui qui le premier a suscité ma crainte : la paire de pinces plates manquant à l’appel était posée sur une paillasse. A côté d’elle se trouvait une plaque chauffante sur laquelle trônait un disque dont la nuance de jaune variait avec l’angle d’observation. Devant la plaque, je vis un chronomètre dont le décompte indiquait 1 min 27 s. Ne souhaitant pas faire la moindre rencontre dans ce laboratoire bien trop précautionneux je me précipitais vers la porte de sortie et tandis que je m’engouffrais dans celle-ci, la porte par laquelle j’avais rejoint le laboratoire s’ouvrit.