Pièce n°2007
Écrite par Sol'stice
Explorée par Loan
Le sol s’éloigne sous mes pieds à une vitesse vertigineuse. Mon hurlement de terreur se perd dans le vent qui me fouette le visage, fait claquer mes habits contre mon corps. Impuissant, je serre la boîte à musique de toutes mes forces contre moi et j’espère que le lutin est bien blotti, à l’abri, au fond de ma poche. J’ose à peine lever le regard vers l’immense animal qui me surplombe, un oiseau à l’envergure des ailes gigantesques. Chaque battement de ses ailes déclenche une bourrasque tandis qu’il m’entraîne toujours plus haut. Va-t-il me lâcher, me laisser m’écraser en bas, tache informe sur la neige immaculée ? Ou m’emporte-t-il ailleurs pour me dévorer ? Mais je ne vois rien à l’horizon, rien que le même blanc qui s’étend, encore et encore. J’ai arrêté de crier, je crois. De fatigue, de lassitude – c’est inutile – et d’émerveillement aussi. Le paysage, bien qu’entièrement monochrome, est magnifique. La clarté de la neige colore jusqu’au ciel – est-ce seulement le ciel ? – que je traverse désormais, sans frontière, sans ombre ni nuage, sans soleil vraiment non plus. Juste la neige, à l’infini, blanche. Et, petit à petit, je me surprends à songer que tout se terminera peut-être ainsi, dans ce vol qui ne semble pas en avoir, de fin. Je préfère ça aux profondeurs du temple plein de murmures où je me suis réveillé. Je me sens somnoler, je lutte pour ne pas me laisser dériver. Et alors que je suis en train de perdre face à l’engourdissement qui s’est emparé de mon corps, il se passe deux choses. Quelqu’un, avec un masque qui lui dissimule le visage, se penche par-dessus l’encolure de l’oiseau pour me dévisager. Et une brèche s’ouvre devant nous une poignée de secondes avant que nous nous y engouffrions.