Pièce n°2128
Écrite par un gars
Explorée par Zilos
Pièce du Casteltober 2025 - Jour 30 : prune
L’extérieur derrière la porte est tout à fait conventionnel. En sortie de Comité, il est de coutume de se retirer dans des parcelles de nature calmes, qu’il s’agisse de marais, de montagnes ou de prairies, pour méditer sur son jugement, et respirer un bon coup. Ici, je foule la troisième option, un sol verdoyant quoique l’ambiance soit grisâtre, et plus loin, une cabane en bois. L’espace est cerclé à plusieurs centaines de mètres par des haies. En levant la tête en revanche, je découvre le ciel, mouvant, impétueux.
L’océan se trouve encore au-dessus de moi.
Dans une chaise longue, sur le côté de la cabane, une silhouette se redresse, m’adresse un salut haut mais bref de la main, avant de se lever et d’avancer vers moi. Arrive bientôt à mon niveau Gerjan, l’ouvrière en salopette grise, un bol de fruits violets dans une main qu’elle grignote avec l’autre.
« Alors ? C’était bien ? »
Je sens dans son enthousiasme, peut-être, une méconnaissance du sérieux d’une réunion de Comité. Mais au fond…
« Pas trop mal. Mieux que ce que j’aurais cru. »
« Hm. », mâche-t-elle avec l’un de ses fruits. « Tu veux une prune ? »
« Une ? »
« Ça, tu connais ? Les prunes. C’est un fruit. »
« Oh. »
Je tends la main et récupère la boule violette qui s’appelle « prune ».
« Ça pousse sur un arbre. Y en a un derrière, là. » Elle montre la cabane.
Les arbres sont décidemment d’intrigantes espèces. Surprenant qu’il n’en ait pas été question dans les 270 paramètres de l’étude. Je sens le fruit, intrigué, avant d’essayer de le croquer, sans grand succès puisque la prune gicle dans toutes les directions. Devant les premiers rires de Gerjan, et ma main imbibée de jus, je gobe le fruit sans chercher plus loin.
Des arômes inconnus éclatent entre mes dents, tandis que le contenu sucré de la prune révèle aussi une douce amertume.
« Kalaksingidah adore ça, elle en fait pousser des tonnes. Je sais pas comment les arbres tiennent. Ils nous attendent, si tu veux bien. »
Nous avançons dans le champ, vers la petite maison. À mesure que nous approchons, les branchages d’un arbre en fait assez large se révèlent derrière la construction en bois. L’eau au-dessus de nous semble ralentir son roulis, s’apaiser lentement. De mon observation du paysage s’extraient peu à peu les réflexes analytiques, les mécanismes déductifs, sans liste à compléter je ne fais que regarder, et laisser le reste à mes émotions.
Ce n’est pas désagréable.
Au niveau de la porte, Gerjan pose le bol de prunes sur le rebord d’une fenêtre. « Les oiseaux aiment bien aussi. » Affirme-t-elle en souriant. Puis nous entrons.
En vrai, ils sont sympas avec lui. Plus que la première fois en tout cas. Ça me fait plaisir pour Zilos, j’espère que ça va durer.