Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LES DEUX PLAINES, MYRTEL, LE DOMAINE DES COURTS-CHEVELUS
LES DEUX PLAINES, MYRTEL, LE DOMAINE DES COURTS-CHEVELUS

LES DEUX PLAINES, MYRTEL, LE DOMAINE DES COURTS-CHEVELUS

Pièce n°2122
Écrite par Harry Queaut
Explorée par Phaene

En ce huitième jour, j’ai fait la plus grande découverte jusqu’ici.

 Après avoir quitté, il y a trois jours, la PIECE OU J’AI FAIT UN CAUCHEMAR, et la structure qui la contenait, j’ai rencontré une personne qui avait l’air très vieille, à part pour l’étincelle dans son œil – je dis son oeil puisque l’autre était dissimulé par une écharpe, nouée autour de sa tête. Je n’ai pas eu à observer le protocole de premier contact puisque je ne l’ai réellement vue qu’une fois qu’elle m’a eue surprise. Je n’ai pu qu’entendre “Bouh !”, sursauter, me retourner, et avant même que ma main n’ait atteint ma taille, elle m’avait déjà prise par les épaules avant de continuer : 

“Wow, wow, wow, tout doux l’étrangère !”

Je ne sais pas pourquoi, mais ça a tout de suite marché sur moi, j’ai presque oublié toute méfiance. De toute façon, elle me tenait les épaules avec tellement de… pas exactement de force, mais d’assurance, peut-être, avec un fond de bienveillance qui émanait d’elle, que je n’aurais pas voulu, mais surtout pas forcément pu m’en libérer. Je n’ai pas eu le temps, à nouveau, de me recomposer et d’organiser mes pensées pour les lui communiquer que la personne avait déjà ouvert la bouche : 

“Attention, je ne dis pas ‘l’étrangère’ avec un quelconque malice, je dis juste que vous n’êtes pas d’ici. Mais ça tombe bien, moi non plus. Sauf que moi, je suis ici depuis un peu plus longtemps que vous, et du coup, je peux vous apprendre ce que vous ne savez pas encore, et vous éviter les bourdes ça et là. Je m’appelle Myrtel. M-Y-R-T-E-L, attention à l’orthographe quand vous parlerez de moi. Vous avez faim ?”

Maintenant que j’y pense, je ne suis pas sûre que Myrtel m’ait donné la chance de m’exprimer une seule fois depuis qu’iel m’a trouvée, ce qui est à la fois arrangeant et presque cocasse (NOTE : LE RESSENTI N’EST BIEN SÛR ÉVOQUÉ ICI QUE POUR INCITER MES CONSTATEUR-ICES À PRENDRE EN COMPTE N’IMPORTE QUEL BIAIS IELS JUGERAIENT PERTINENT DANS LEUR LECTURE). Je note cependant la précision de l’orthographe, au cas où je “parle” d’ellui, qui m’a semblé étrange ; même si beaucoup d’explorateur-ices lambda et nombre des découvrateur-ices tiennent des journaux ou écrivent, de manière plus général, la tournure de phrase m’a semblé révéler de la part de mon interlocuteur-ice une connaissance de ma psyché et/ou de mon parcours qui m’a fait tiquer, vous comprenez.

Enfin, toujours est-il que je pris pleine conscience, alors que ma nouvelle connaissance me posait la dernière question transcrite ci-avant, que j’étais en effet affamée, ayant, dans ma hâte de quitter les alentours de la PIECE OU J’AI FAIT UN CAUCHEMAR, oublié tout petit déjeuner ou autre repas quelque qu’il ait pu être. Myrtel, très aimable, m’a proposé de partager son repas, et a parlé tout au long de la préparation, puis tout au long du repas dès qu’iel n’avait pas la bouche pleine. Je n’ai qu’un souvenir déjà confus de ses monologues, les anecdotes, légendes sans fondement et histoires d’autres voyageur-euses entendu dans une taverne de quelqu’un qui l’avait entendu de son fleuriste, si certaines m’ont fait rire où m’ont touché, j’ai décidé de ne pas m’attacher à les inscrire précisément dans ma mémoire, décidant qu’elles n’avaient probablement pas grand intérêt. 

Après avoir traversé une plaine, puis une seconde – fleurie cette fois-ci – ce qui nous a pris la majeure partie de notre première journée, Myrtel nous a guidé-es vers un recoin qu’iel semblait bien connaître, qui n’avait l’air guère plus d’un cercle de pierre, mais sur lequel je transmettrais un autre automate, en annexe – les croquis, diagrammes et autres notes sont trop lourds pour être tous montés sur celui-ci – et nous la nommerons ma deuxième découverte et demie (pour les archives, j’arrondirais à l’excès et l’appellerais ma découverte troisième, mais j’ai du mal à en prendre le crédit puisque c’est Myrtel qui m’y a amenée. Seront aussi dans cette annexe ma cartographication du trajet de la journée précédente, pour la compilation par les archives en carte temporifiée). 

J’ai fini par m’y endormir et Myrtel, à mon grand désespoir, n’a pas jugé bon de me réveiller au premier matin, mais bel et bien au second, me faisant perdre une journée complète. Iel m’a expliqué qu’avec la dilatation temporelle à l’intérieur du cercle (VOIR DECOUVERTE TROISIÈME), je n’avais vraiment dormi que douze heures et qu’iel n’avait pas eu le courage de m’interrompre tant il semblait que j’en avais besoin.Enfin. Nous voilà maintenant à aujourd’hui, trois jours après la découverte. Après avoir pesté – plus contre moi-même que Myrtel – ma-on guide m’a fait remarqué que nous étions attendus, et que si je ne faisais rien, il serait peut-être poli de se préparer à rencontrer nos hôtes pour le soir à venir. Je n’ai pas compris tout de suite, avant de me rendre compte qu’une dizaine de personnes, tailles et formes différentes. Iels attendaient, depuis derrière le tronc d’arbres – le cercle de pierre se situe à la lisière de la forêt – comme s’iels étaient timides. J’ai rangé mes affaires en quatrième vitesse, honteuse de m’être fait surprendre à nouveau (deuxième fois en deux rencontres), et dès que Myrtel a posé un pied en dehors du cercle de pierre, les bruits de la nature sont revenus – je n’avais jusqu’à lors pas remarqué leur absence, double idiote que je suis – et la dizaine de personne s’est approchée de nous, chacun saluant Myrtel, la-e prenant dans leurs bras ou s’accrochant à ses chevilles pour les plus petit-es. Finalement, une toute petite a fini par réagir à ma présence. 

Leur langue, semble-t-elle, est bien différentes de toutes celles que je connais, puisque constituée principalement de sifflements, dans des agencements que je n’ai pas pu reconnaître – iels ne parlent ni Chouette-Hibou, ni Moineau, c’est au moins certains, pour les autres je n’ai pas su, j’avais peur de me laisser avoir par un accent. Un point commun, cependant, avec bien des langues que je connais, furent les intonations, et surtout, la façon que la toute petite à eu de me pointer du doigt d’un ton tout haut-perché qu’on associe toujours aux petits enfants. A ses mots, Myrtel a explosé de rire, mi-embrassade avec une autre personne, et a ri pendant si longtemps que j’ai cru qu’iel allait en être malade. Mais puisque je ne parlais pas leur langue, et que Myrtel était trop occupé pour faire l’interprète, tout le monde s’est tu et nous n’avons rien pu faire d’autre que de se regarder dans le blanc des yeux (enfin, de mon oeil. J’ai récemment acquis une blessure au niveau de l’oeil que je n’ai pas jugée nécessaire de mentionner dans mon rapport précédent, mais il semble que Myrtel l’aie suffisamment remarquée pour confectionner, pendant mon sommeil, un cache-oeil qu’iel m’a offert à mon réveil précisant que “Moi, ça ne me dérange pas, mais il existe des gens qui pourrait le voir comme un mauvais présage.”. J’ai donc décidé d’accepter le cache-oeil, jusqu’à ce que le problème se règle.). 

J’ai d’abord cru que la toute petite avait posé une question sur mon oeil, mais finalement, quand Myrtel a fini par s’essuyer définitivement les yeux, iel a enfin pu me traduire la question de l’enfant : 

“Elle dit qu’elle n’a jamais vu quelqu’un avec des cheveux aussi longs, elle demande si ça ne te fait pas mal au cou de devoir les porter comme ça.”

Le fou rire enfin terminé, une des plus grandes personnes à susuré-sifflé à la petite, mais ça, ça n’a pas fait rire Myrtel. Iel a répondu sèchement à la grande personne, et est venu me prendre le bras pour initier la marche qui allait nous mener jusque chez nos hôtes. Nous avons marché quelques minutes, et j’ai repensé à la question de la toute petite, ce qui m’a mené à remarquer qu’en effet, j’étais la seule à avoir des cheveux longs. Les quelques cheveux de Myrtel sont si blancs et si fins qu’on ne les voit presque pas, et tous nos hôtes en devenir ont des cheveux qui s’arrêtent à toutes leurs pommettes respectives. 

Ensuite, Myrtel m’a dit que, au cas où je me posais la question, non, mes cheveux longs n’allaient pas poser de problème, sauf si j’y tenais, mais iel supposait que non, que je l’arrête s’iel avait tort – iel n’avait pas tort, je ne l’ai pas arrêté. Alors que j’allais me retourner vers la grande personne qu’iel avait reprise, Myrtel a à nouveau précédé ma question par sa réponse – iel avait d’ailleurs commencé à me tutoyer quelque part pendant notre traversée de la plaine fleurie. 

“Il a dit que c’était probablement tes cheveux longs qui t’avaient pris ton oeil. Je n’aime pas qu’on mente aux enfants pour leur faire peur, surtout quand on sait qu’on ment. Je me suis assuré qu’il ne dise plus de bêtise.”

Et après ça, iel a été silencieux-se pour la première fois depuis qu’iel m’avait trouvé. Iel a regardé ses pieds pendant quelques minutes – si ma montre peut toujours être crue – et a finalement relevé la tête vers moi avec un grand sourire : 

“D’ailleurs, tu étais si fatiguée hier, et j’étais si transporté-e par les histoires que je te racontais, je ne t’ai pas expliqué que nous nous approchions du domaine des courts-chevelus ! Le cercle de pierre leur fait office de sonnette, si tu vois ce qu’est une sonnette. Iels répondent quand iels le souhaitent, s’iels le souhaitent. Celleux qui se perdent, ou viennent ici exprès mais à qui on refuse l’entrée restent coincé-es dans la bulle temporelle du cercle de pierre pour l’éternité. Ne t’inquiète pas,” a-t-iel continué en voyant mon expression de panique rétroactive, “iels n’auraient pas risqué de te laisser dehors, pas alors que tu arrivais avec moi. Mais vois-tu, leur juridiction commence à la lisière de la forêt, et tant que nous avançons sur ce sentier de pierres blanches, nous sommes dans une sorte de… comment dire… de Hall ? De Couloir ? Non, non, pas de Vestibule, ça tu en as déjà vu un autre, pas un autre Vestibule, pas si tôt, ça ferait tâche, une répétition si tôt dans ton aventure. Non, là, ta découverte, ça serait plutôt le Domaine tout entier. Leur Domaine, il commence…” 

Iel a retenu son souffle pendant une, deux, trois, quatre secondes, marchant toujours à mon côté, et j’ai à peine eu le temps de remarquer que nous quittions la pierre blanche qu’une bourrasque m’a frappée, moi seule. 

“… ici. Ah, parfait, je savais que les cheveux courts t’iraient très bien, à toi aussi.”

Je n’ai pas compris tout de suite, mais se trouve qu’à l’instant même où j’ai franchi la limite du Domaine des Courts-Chevelus, le vent lui-même est venu pour s’assurer que je ne ferais pas tâche avec mes cheveux longs, qu’il m’a donc coupé, sans toucher à quoi que ce soit d’autre de ma personne. 

J’ai ensuite pu rencontrer la cheffe des Courts-Chevelus, qui faisait la même taille que la toute petite précédente, mais qui elle, était une adulte, et qui m’a expliqué qu’elle avait été choisie parce qu’elle était celle des Courts-Chevelus dont la peau avait les teintes les plus bleutées – à sa mort, ou à son départ, c’est la deuxième personne à la peau la plus bleutée qui devient cheffe, même si elle quitte juste le domaine pour une expédition (ce après quoi elle récupérerait son titre lorsqu’elle serait de retour). 

Le village est organisé en cercle, bâtisses rondes (qui sont à la fois des habitations et des bâtiments publics) disposées autour de la maison de la cheffe (voir le croquis que je joindrais avec l’automate du rapport sur LE CERCLE DE PIERRE). 

Leur nourriture m’avait l’air normale, mais Myrtel a insisté pour que je partage à nouveau ses provisions, et que lea voyant, j’ai été à nouveau prise d’une joie, d’un confort tel que je n’ai pas su dire non. Ce soir, je dors dans la maison de la cheffe, mais j’ai bien l’intention (j’en ai déjà prévenue la cheffe des Courts-Chevelus) de quitter le domaine dès les premières lueurs du jour, et sans en prévenir Myrtel. Je lui laisserais un mot pour lea remercier, mais je commence à croire, en y réfléchissant a posteriori, qu’émane de luielle une énergie qui joue sur mon jugement, à laquelle je préférerais ne pas m’exposer plus longtemps. 

 

JOUR 8 : DÉCOUVERTE ̵𝖳̵𝖱̵𝖮̵𝖨̵𝖲̵𝖨̵𝖤̵𝖬̵𝖤̵ ̵𝖰̵𝖴̵𝖠̵𝖳̵𝖱̵𝖨̵𝖤̵𝖬̵𝖤̵ ̵ ̵𝖳̵𝖱̵𝖮̵𝖨̵𝖲̵𝖨̵𝖤̵𝖬̵𝖤̵ QUATRIÈME – LES DEUX PLAINES, MYRTEL, LE DOMAINE DES COURTS-CHEVELUS

<< < Phaene > >>

Partager...

Un commentaire

  1. Encore une pièce riche en descriptions et en élargissement du lore. Myrtel a l’air d’être du bon côté mais j’avoue que la dernière phrase me fait douter d’ellui. C’est peut-être mieux que Phaene soit partie sans le lui dire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *