Pièce n°2176
Écrite par Harry Queaut
Explorée par Phaene
À l'occasion de la pièce palier 2000, les membres de l'association du Château ont créé la trame d'une pièce collective, le souvenir d'un bal et d'un mariage, que chacun·e peut écrire et explorer du point de vue de son ou ses personnages. La musique a été composée par Dan Lazar.
JOUR ???? DÉCOUVERTE ONZIEME (?)
La dernière chose dont je me souviens, à la frontière de mon inconscience, c’est de la petite main qui resserre mes doigts autour d’un coquillage (au genre de coquille plate et arrondie, à peu près de la taille d’une paume de main, dans laquelle certain-es pourraient manger des fruits de mer avec une sorte de chapelure, selon certaines photos des livres de cuisine de la bibliothèque), le bord du coquillage s’enfonçant presque dans ma peau. La petite voix maintenant familière du petit garçon (Vipo) qui m’explique que c’est son frère qui lui a ramené ce coquillage pour qu’il lui porte bonheur, qu’il pourrait peut-être m’aider, que lui ça va, de toutes façons alors je dois en avoir plus besoin que lui.
J’ai entendu sa voix s’éloigner à nouveau, comme elle le fait parfois (même si ces derniers temps, ma proximité avec la conscience se rapprochait de plus en plus souvent et sur des durées de plus en plus longues) et je me suis dit que je m’enfonçais à nouveau, mais soudain, pour la première fois depuis… trop longtemps, mes yeux se sont ouverts.
Pas de Vipo, même pas de position couchée, pas mes vêtements, sur mon dos, l’absence du poids rassurant de mes affaires dans mon sac à dos (le sac était toujours là, mais apparemment vide). Instantanément, la panique m’a serré la gorge et tordu le ventre ; j’ai donc entrepris d’appliquer immédiatement les exercices de respiration qui permettent de calmer ma tête. Je n’osais pas fermer les yeux de peur de ne plus être capable de les rouvrir, de me trouver à nouveau clouée au lit à côté de Vipo, mais je me suis forcée à les fermer très fort et à les rouvrir très vite, pour prétendre à un retour zéro.
“Mademoiselle ?”
Il a fallu que je lève les yeux (et le menton, un peu aussi) pour pouvoir rencontrer le regard de mon interlocuteur – à première vue un tieflin masqué à la peau bleue tirant franchement sur le gris, dont les cornes, semblables à celles d’un bouc, s’enroulent sur les côtés de sa tête pour que les pointes viennent se reposer sur ses oreilles, comme des branches de lunettes. Son masque couvrait la quasi-totalité de son visage, ne révélant son visage qu’en dessous de sa lèvre inférieure, lorsque sa bouche était ouverte. Il était habillé galamment, costume blanc (il se serait presque fondu dans l’atmosphère éclatante de la pièce) et chemise d’un bleu plus apparenté à un ciel printanier, juste après la pluie, quelque chose de délavé et clair. Les jambes de son pantalon, blanc lui aussi, s’ouvraient sur des sabots sombres et vernis. Un satyre, alors ?
Je me suis rendue compte que je le dévisageais et ai donc cligné des yeux vivement, secoué un peu la tête (son sursaut de surprise indiquait peut-être que lui aussi me dévisageait, le plongeon des coins de ses lèvres et son redressement, yeux droits devant lui, semblaient indiquer qu’il était mortifié d’avoir été surpris en train de le faire (je ne l’interprète cependant qu’a posteriori)). J’ai penché la tête sur la gauche et souri un peu et il a finalement à nouveau regardé dans ma direction, épaules se relaxant légèrement. Il m’a tendu le plateau qu’il tenait d’une main, et si la seconde précédente j’aurais pu jurer qu’il n’y avait rien dessus (impression renforcée par le pop dans mes oreilles, comme si elles se débouchaient (alors que la pression n’avait pas changé) et le rapide sentiment de vertige n’ont fait que renforcer la supposition), s’y trouvait un verre élégant et allongé et vide (comme une flûte de champagne, mais plus long).
“C’est la personne, là-bas, qui m’a chargé de vous offrir ce…”
Il a baissé la tête vers son plateau et moi aussi, et si le verre était vide la seconde précédente (nouveau pop, nouveau rapide vertige), il semblait alors plein d’un liquide… L’odeur m’a frappé en premier. C’était exactement… La boisson que préparait mon père, les soirs d’étés, la maison en prenait l’odeur jusqu’au début de l’automne… J’ai presque immédiatement commencé à pleurer et, gêné, le tieflin a poussé son plateau vers moi, et lorsque j’ai pris le verre, il a pointé le plateau à sa droite, derrière lui.
“C’est cette personne…”
Je n’avais pas mes lunettes, mais j’ai hoché la tête, comme si j’avais compris. Le tieflin s’est incliné, un peu gauche, et s’est laissé absorber par un groupe de passant-es.
[C’est en voulant écraser mes larmes des paumes de mes mains que j’ai réalisé avec horreur que je ne portais pas mon cache-œil non plus ; un liquide visqueux et noir (plus que noir, on aurait dit qu’il absorbait la lumière, j’avais peur qu’il érode mes doigts, ma joue, qu’il efface mon essence, quelque chose d’horrible) coulait de mon oeil ruiné. Oubliant la flûte remplie que je tenais toujours à la main, j’ai couru en direction d’un mur, pour m’arranger librement sans exposer mon visage à d’autres individus (il semblait que de plus en plus de convives, toujours plus bruyants et nombreux, s’infiltraient dans la pièce et je ne voulais pas qu’iels me voient). Mon verre se renversait par terre, le sol s’illuminait bout par bout à chaque fois que je posais le pied sur un nouveau carreau mais si on m’a décoché quelques murmures agacés (des fois un peu plus que des murmures), je n’ai pas été interrompue dans ma course. Le mur que j’avais atteint, pour le meilleur ou pour le pire, était un miroir. J’ai posé la flûte à mes pieds et, avec horreur, j’ai réalisé que mon œil… … avait l’air en bien pire état que la dernière fois que je m’étais regardée. J’ai plongé avec empressement mes mains dans mes poches – surprise et soulagement, elles semblaient aussi pleines que mon sac, et il n’a fallu que secondes pour y trouver un mouchoir et tamponner le plus du liquide possible, histoire de moins avoir d’une statue corrompue, d’un mauvais augure, je ne sais pas (le masque, comme si ça avait été fait exprès, couvrait la partie supérieure de mon visage et, à peu près au milieu de mon nez, se courbait pour ne cacher que la moitié gauche de mon visage). L’œil ruiné pleurait toujours et décidée à attaquer le problème à la racine, j’ai retiré le masque pour pouvoir plus facilement l’essuyer. J’ai soudainement eu l’impression que tous les regards se tournaient vers moi, un murmure grandissant, comme un tonnerre menaçant d’éclater et-]
“T-t-t-t-t, l’étragère.”
Derrière moi, dans mon reflet, la silhouette connue d’une très vieille personne, seule inconnue la lueur dangereuse brûlant dans son regard.
Un clignement d’yeux et le masque était de retour sur mon visage, la lueur inquiétante disparue si vite que j’aurais pu croire l’avoir imaginée si ce n’était pour l’étau sûr autour de mon poignet.
Myrtel.
“Mais dis donc, qu’est-ce que tu fais là, toi ? C’est pas banal de recroiser des aventurier-ères dans chez ce Château, encore moins dans ce genre de contexte. ‘Fin, elle a tenu à rassembler pas mal d’entre vous, il semblerait. Tu n’as plus mon cache-oeil ? Eh, j’imagine que tu ne t’es pas encore faite à sa présence, dans ta compréhension de toi-même. Il faudra, ça t’éviterait ce genre de… ‘fin, une chance que ce soit sur moi que tu sois tombée, hein ?”
Je me suis alors retournée, toujours surprise et un peu effrayée, ne sachant pas comment organiser mes questions ou comment les lui communiquer, oubliant que ça n’avait jamais été nécessaire, durant les trois jours que j’avais passé avec la-e vielleux. M’en voulait-iel ? Je scrutais son visage fripé pour essayer d’y discerner un indice quelconque, mais iel leva simplement la main.
“Allons, ne restons pas sur des questions stupides, tu n’as même pas fait attention à ce qui t’entoure, encore. N’essaye pas, tu n’auras pas le temps. Tu ne veux pas savoir où tu es, déjà ? Ah ! Si on avait le temps, je te racont- Non, non, pas le temps. Tu as aimé mon petit cadeau ? Le verre ? J’ai vu que tu ne m’avais pas vu-e. C’est rigolo, on croirait… Non, non, non, Mymy, une chose à la fois. Qu’est-ce que tu-”
La seconde d’après, iel s’était ratatiné-e, accroupi-e tout contre le sol, regard baissé et j’ai levé les yeux dans la direction qu’iel semblait vouloir éviter. Deux yeux, doux et lointains, plein d’argent, tristes, comme s’ils étaient fait de lune, se posent sur moi puis passent à la personne suivante, à la suivante, à la suivante. Le sentiment qui m’emplissait alors que j’étais au cœur de ce regard…
“Elle est partie ?”
Myrtel s’était relevé-e et frottait ses mains l’une contre l’autre comme pour les essuyer.
“Hm. Ouais, ouais, bon. Pour faire simple, qu’est-ce que tu sais du Château ?”
Simple ? C’était ça, “simple” pour luielle ? Alors que je n’avais jamais ouvert la bouche en sa présence ? Et puis, même si j’avais pu, est-ce que j’aurais su lui répondre ?
“Oui, bon, ça va ! Je ne suis pas en aussi pleine possession de mes moyens que d’habitude. Est-ce que tu as déjà entendu parler d’Émérence, l’Onirique, la Fouille-Souvenir, Celle qui Déchira la Nuit à l’Origine du Songe ? Et Théomance aux Milles Regards et Milles Tympans, Savante par Delà les Portes et les Murs, Celle qui se Révélera par le Prisme du Grand Kaléidoscope, ça te dit quelque chose ?”
Iel était très sérieuxse, on sentait les majuscules qu’iel offrait (tout à fait consciemment) à plus de la moitié des mots qu’iel énonçait, jusqu’au dernier nom, où une pointe de… d’humour ?, d’amertume ?, …d’un mélange des deux, tordit son visage (son masque ne couvrait que son front, un de ses yeux (complètement, celui qui était caché par une écharpe quand je l’avais rencontré-e pour la première fois) et la joue qui allait avec), au moment même où la reconnaissance devait tordre le mien. Théomance… Théomance ? Paman, Maman et Papa me racontait des histoires, parfois, pour m’endormir quand j’étais petite…
“Ah, voilà. Je me disais bien, si ta caboche est si pleine, tu devais bien avoir au moins un truc sur l’une des deux, dans la caboche en question. Eh bien figure toi… Si je ne me trompe pas, on devrait assister à quelque chose qui justifie le “Grand Kaléidoscope” en question. ‘Fin, tu verras.”
Je dévisageais Myrtel, pas tout à fait sûre de la-e comprendre, pas tout à fait certaine de mes souvenirs sur la question – si je me souvenais correctement, je me disais, quelque chose de terrible allait se passer – mon oeil droit pleurant toujours, ou de nouveau (ici, je ne suis pas tout à fait certaine).
Ma réflexion fût interrompue par la prise de conscience de la tension qui avait rendu douloureuses mes épaules et ma nuque. Quelque chose n’allait pas (“Toujours écouter son instinct”).
“Hm, ouais, ça n’est pas normal. Il ne s’est pas passé ça, dans la vraie version. Tiens, regarde,” ajoute-t-iel, pointant à notre gauche à une silhouette habillée de manière identique au tieflin-satyre de plus tôt. “Cette serveuse… Disons qu’elle n’était pas en train de décomposer comme ça. Et sur cette table,” iel a ajouté, pointant un peu plus loin, “il n’y avait pas un seul insecte, au milieu des petits fours.”
Mes yeux ont à peine le temps de suivre son index, j’ai à peine le temps de comprendre qu’iel était déjà passé à autre chose. La-e vieilleux s’était retourné vers moi, tirant sur mon poignet pour forcer mes yeux dans le sien.
“Bon, écoute, écoute-moi bien, c’est important. Ne mange rien. Ne panique pas, tout ça ne devrait pas durer. Surtout, surtout, tu m’entends ?, surtout, si tu vois une perle, prends la, et ne la lâche pas. Prends-en le plus grand soin, tu comprends ? Même après… tout ça. Hm. Je ne sais pas… Non, non ! Je te retrouverais, l’étrangère, crois–moi, surtout si tu trouves une perle, on se recroisera. Ne perds pas la perle, si tu en trouves une, tu as compris ?”
Rompant avec son sérieux, iel m’a alors tapoté le bout du nez une fois de son index osseux et s’est enfoncé-e dans la foule qui commençait à se densifier, me laissant avec trop de questions bourdonnantes.
Je suis restée un instant comme ça, bras ballants puis mains dans les poches, jouant avec les divers petits machins qui s’y trouvaient. Après une minute ou deux, les yeux, regard dans le vide, toujours fixés sur le dernier carreau où j’avais posé les pieds avant celui sur lequel je me tenais, j’ai finalement senti ma main gauche se refermer sur une pochette en tissu, ouverte et fermée par un long cordon. Toutes ces histoires de perles, de souvenirs, de… mariage ? Maintenant que Myrtel n’était plus là pour me distraire d’un moment sur l’autre, j’avais l’impression que mon cerveau était le lit d’une rivière dans lequel on aurait tout juste jeté un gros caillou : impossible d’y voir au clair. J’ai alors secoué la tête, laissant mes cheveux raccourcis (même s’ils avaient depuis un peu poussé) fouetter mon visage. Me baissant pour ramasser mon verre, j’ai pris la décision d’y boire une gorgée, puis deux (la nostalgie m’a d’ailleurs presque étouffée à ce moment, la douceur des fruits, le souvenir de l’été, le rire de mes parents (comment Myrtel avait-iel su ? Comment était-ce possible ?)), et de suivre la foule, qui avançait presque comme un seul homme.
Quelques pas seulement (les dalles s’allumant toujours sous mes pas) et ma décision a cependant été remise en question par l’arrivée surprenante d’un… chat ? Gros matou noir et blanc qui semblait sorti de nulle part, il semble qu’il avait été happé par les petites perles au bout du cordon qui fermait ma petite pochette et avait décidé de jouer avec. N’ayant pas pensé à la serrer fermement dans mes mains, ne pensant pas qu’on essayerait de me la prendre, il ne suffit au chat que d’un coup de patte suffisamment énergétique pour me la prendre. Là, c’est à ce moment là que j’ai mal agi, je crois. Je suppose que si j’avais été moins surprise, moins perturbée, j’aurais pu négocier que le chat me rende la pochette, jouer un peu avec lui pour le remercier, quelque chose comme ça. Malheureusement, je me suis rapidement baissée pour lui reprendre, et je crois que je lui ai fait peur ; alors qu’il était sur son dos, en train d’utiliser ses quatre pattes pour battre le tissu tout en le mordillant d’un autre bout, j’ai dû lui dire quelque chose de peu éloquent comme “AHNONrendmoiças’ilteplait!!” et il ne lui en a pas fallu plus pour se remettre sur pattes et s’enfuir (slalomant entre les pieds de dames gloussant ou d’une pauvre serveuse qui a perdu l’équilibre et s’est écrasée le nez contre un centaure qui passait par là). Moi, je n’ai pas su réagir tout de suite. J’avais déjà décidé de suivre la foule, mais j’avais aussi décidé que si je trouvais une perle, je la mettrais dans la pochette et Myrtel avait tellement insisté… Frustrée et grognant, j’ai décidé de partir à la poursuite du chat.
La poursuite en question n’était pas simple (à cause de la foule se massifiant, parce que le chat se faufilait plus facilement que moi, parce qu’il ne suivait pas le courant de la foule, pour une myriade de raisons) et j’ai dû déployer toute mon attention pour réussir à le suivre et je crains de n’avoir perdu quelques détails dans ce qui aurait dû être mon observation. J’avais l’impression, parfois que les distances se distendaient et s’écrasaient, j’ai presque le souvenir d’une espèce de discours, de la cérémonie qui se déroulait, du silence de la foule, mais je ne suis pas sûre des détails. Je ne peux que m’en vouloir, maintenant, de ne pas avoir prêté plus attention à ce qu’il se passait, maintenant que je crois comprendre quelle scène se jouait sous nos yeux (même si je ne comprends pas pourquoi elle s’y jouait, ni comment).
Tout ce que je sais, c’est qu’au bout d’un moment je me suis rendue compte que je ne pleurais plus que de mon oeil gauche, mais comme je n’ai pas le souvenir d’en avoir jamais pleuré, à un débit qui semblait ridicule sans sanglot pour accompagner mes larmes. Sans y faire trop attention, je me suis trouvée arrêtée dans ma course, tête fixée sur la scène qui se déroulait au centre de la pièce, sur les deux personnes et l’amour qui émanait d’elle, sur la personne entre elles, vieillissant à vue d’œil. Je me suis extirpée de mon adoration (pas vraiment le terme approprié, la dévotion n’était pas consciente, ou pas conscientisée, mais rien d’autre ne semble suffisant, comme mot) au prix d’un grand effort pour me tourner vers le chat qui lui aussi (même lui!) regardait les amoureuses – je suis presque sûre, même si ça a l’air ridicule, que le chat aussi pleurait. La différence entre lui et moi, c’est que lui n’a pas su s’en détourner.
Quelques instants après, alors que je venais de recommencer à avancer vers le chat, tout mouvement est devenu compliqué. C’était comme, d’un coup, si je traversais de la gelée, ou non, quelque chose de plus dense plutôt, comme si l’air m’écrasait et refusait de se laisser traverser. Là, au moins, j’avais l’avantage sur le chat, puisque s’il arrivait à se détourner de la profession de voeux des deux personnes, il aurait été plus faible, d’un point de vue strictement musculaire, et aurait sûrement eu plus de mal à avancer que moi. J’ai fini par être à sa hauteur, et je me suis laissée tomber à genoux à côté de lui (pas de thump, ou quelque qu’autre bruit quand j’ai touché terre) et doucement, tout doucement, une main entre ses oreilles pour le gratter, une autre sous sa gueule, j’ai travaillé à récupérer la pochette (ce qui n’a pas pris longtemps, relativement, il a suffit d’une ou deux gratouilles pour qu’il se fonde contre ma première main, en demandant davantage, relâchant sa prise sur la pochette (laquelle est d’ailleurs tombée en ignorant l’effort que chaque mouvement semblant me couter autant qu’au chat (difficile à savoir pour les autres convives, qui, pour celleux autour de moi, étaient immobiles comme la pierre))). Même le ron-ron du chat semblait ralenti, saccadé, sans qu’il semble souffrir de déployer plus d’énergie que d’ordinaire, il était juste… Lent, comme je l’étais.
[Et là… Là, j’ai cru rêver, parce qu’une main s’est posée sur mon épaule (geste plein d’effort, à la manière des miens dans l’atmosphère pesant et gluant), mais surtout parce que j’ai entendu mon prénom, comme un murmure, mais comme un murmure qui aurait été dit juste au creux de mon oreille, juste pour moi, même s’il n’y avait personne qui ai été suffisamment proche pour que cela puisse être. “Phaene… !” J’ai aussi reconnu sa voix tout de suite, même si je n’ai pas oser croire mes sens, mes souvenirs, mon cerveau, le moindre de mes neurones. J’ai tourné la tête, une main toujours sur le crâne du chat, l’autre tenant de la pochette, maintenant ouverte mais surtout pleine de bave. Qui… ?
!!
Un grand éclat d’air nous frappe, moi comme en pleine poitrine, mon interlocuteur comme en plein ventre, désarçonnant sans nous repousser. Je ne sais pas comment, sous son masque qui dissimule tout du front au menton, mais je pourrais épeler le sourire qui illumine le visage de l’autre personne. Dans ma main, dans la pochette, un petit plop auquel je ne pense pas, je suis trop absorbée par l’effort demandé à la nouvelle venue pour venir attraper son masque et tirer, tirer… Son costume est très joli, je pense, la couleur me rappelle un millier de choses qui font rougir mes joues de plaisir, le souvenir d’un éclat de rire sincère comme si je le vivais. La jupe… C’est une jupe faite pour danser.
Kri-aaaa…!
Je vois les muscles des bras qui se tendent, l’effort qui est demandé serait beaucoup, même sans les conditions dans lesquelles nous évoluons.
…aaaahk !
C’est pour ça que je savais son sourire, parce qu’il m’est aussi familier que le lever du soleil, que les étapes à suivre pour construire un feu, parce que je l’ai causé, fièrement et à répétition, parce que je n’osais pas y croire mais comment n’ai-je pas su immédiatement, comment me suis-je laissé douter quand j’ai senti l’ombre familière du bras mécanique dans son dos ?
Qu’est-ce qu’elle fait là ?
Comment est-ce qu’il peut être là ?
Est-ce qu’il m’a cherché ? Oh, comment a-t-elle fait pour me trouver ?
“C’est moi, Lulel !”
Il parle ? Je pensais ne plus jamais entendre sa voix… Oh ! Et elle a pleuré, elle pleure toujours, il rayonne, j’espère que ça n’est que cette pièce qui a causé ses larmes parce que sinon…
Non, je ferme fermement les yeux pour effacer toutes mes questions d’un coup, aucune n’a d’importance. Je n’osais pas y croire, je ne me laissais pas y croire mais dans ce moment je sais, ma main commence à quitter le crâne du chat et je commence à me lever, mille fois trop lentement à mon goût, pour prendre son visage dans mes mains, l’inspecter sous toutes les coutures, prendre de ses nouvelles,
FOU-HAH !
Trop tard, je réalise l’éclatement du monde dans lequel nous nous tenons, de la réalité autour de nous, et moins d’un battement de cœur après que j’ai commencé à croire en sa présence, la pièce se ferme.]
Et puis d’un coup, j’ai été comme projetée vers l’arrière, et j’ai senti quelque chose tomber dans la paume de ma main, celle qui tenait la pochette reprise au chat, et la réalité s’est refermée, j’ai eu l’impression d’être emportée par un courant d’air, projetée en dehors d’une pièce alors que la porte claquait derrière moi et j’ai rouvert les yeux, soudainement assise devant un petit garçon endormi dans une chaise à l’air assez peu confortable.
[NOTE : LE RAPPORT REÇU ETAIT RATURE EN COULEUR ET LES PASSAGES RATURES N’ONT ETE RECOUVERTS QUE GRACE AU TRAVAIL ACHARNE DE NOS AGENTS. LA DECOUVRATRICE PHAENE SERAIT-ELLE MEFIANTE ? VIGILANCE A MAINTENIR RE: PROCHAINS RAPPORTS DE LA DECOUVRATRICE. AJOUTER LE POINT A L’ORDRE DU JOUR.]