Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA CHAMBRE OÙ JE ME RÉVEILLE
LA CHAMBRE OÙ JE ME RÉVEILLE

LA CHAMBRE OÙ JE ME RÉVEILLE

Pièce n°2231
Écrite par Didou
Explorée par Altixor

Après des millions d’années passés dans l’obscurité, la moindre lueur est une agression que je ne peux supporter.

Mes autres sens ne sont pas en reste. L’odeur de la terre refuse de quitter mes narines et son goût emplit ma bouche à chaque déglutition. Pour ne rien améliorer, mon corps refuse toujours de répondre à mes sollicitations et seuls mes doigts, indépendamment de ma volonté, continuent de se crisper, creusant encore et encore une terre imaginaire.

— Tu es réveillé.

Une voix d’une douceur infinie chante à mes oreilles. J’essaie de nouveau d’ouvrir les yeux et aperçois une robe émeraude avant d’être contraint de les fermer sous la douleur.

— Qui…

Je suis incapable de terminer ma phrase, mes lèvres trop sèches pour un tel effort.

— Cela faisait une éternité que personne ne m’avait plus trouvée, reprend la voix. Le dernier n’était pas en meilleur état.

Comme si on pouvait avoir plus souffert que moi. Altixor ne connait aucun égal et ce, dans la douleur comme dans la joie.

— Un magicien brisé ayant perdu ses pouvoirs. Et maintenant toi, puissant parmi les puissants, déchu de sa grandeur.

Elle pousse un soupir et je sens sa main se poser sur ma poitrine.

— Ce que j’ai fait pour lui, je peux le faire pour toi. Mais ce que je lui ai demandé, je dois te le poser à toi aussi.

Je devine qu’elle se rapproche de moi. Ses cheveux effleurent mon visage et sa voix n’est plus qu’un murmure lorsqu’elle m’interroge :

— Le souhaites-tu ? Souhaites-tu redevenir celui que tu étais ?

***

J’ouvre les yeux.

Encore. Encore la même scène. Encore…

Je cligne des paupières. Recommence une, deux fois.

Rien. Pas de douleur, pas de picotements, pas de…

Je lève un doigt puis ma main, mon bras et, comme mon corps réagit à chacune de ces sollicitations, me redresse dans mon lit.

Je suis dans une petite chambre. Lumineuse, chaleureuse. Le soleil entre à flots à travers la fenêtre qui me fait face, des fleurs de tournesol sont posées sur une table basse et les murs eux-mêmes, d’un jaune pourtant pâle, semblent irradier de vie.

— Que cet endroit est niais, je marmonne.

Aussitôt, j’effleure mes lèvres et mon cœur manque un battement en réalisant que non seulement je peux bouger mais aussi parler.

Sentir. Je ne peux contenir un rire lorsque le parfum si simpliste des tournesols me parvient.

Vivant. À nouveau.

J’écarte les bras et lève les yeux vers le ciel, défi lancé à ceux qui pensaient m’avoir vaincu.

— Vous avez échoué ! Maintenant, craignez ma fureur ! Craignez ma vengeance ! Craignez Altixor ! Craignez…

Une quinte de toux me coupe dans mon élan et je m’efforce de conserver un air digne en reprenant mon souffle.

Vivant. Peut-être pas encore opérationnel.

Mais qu’importe. Nul ne saurait retenir un Altixor diminué.

Aussi je me drape du mince tissu m’ayant servi de couverture et, tel un empereur en terre conquise, quitte la chambre.

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