Pièce n°2453
Écrite par Didou
Explorée par Armelle
En compagnie de Hadrian
Fait partie de la saga << < Vent de Révolte > >>
— Qui est-elle ? Cette fille, Maelie.
Des heures que je retourne la question dans mon esprit. Des heures qu’Hadrian et moi naviguons dans le labyrinthe des tunnels du Castram, à un rythme si soutenu que je me demande s’il n’accélère pas exprès pour m’empêcher de parler. Je grimace tandis que ma question se perd dans le crissement strident des rails. Impossible de dire si Hadrian m’a entendue ou s’il m’ignore délibérément. Il ne se retourne pas. Sa silhouette reste tendue, découpée par la lueur blafarde de quelques néons qui défilent au plafond. Je presse le pas pour rester à sa hauteur, le cœur battant plus vite que la cadence qu’il impose. Les tunnels se ressemblent tous, couloirs de béton où l’air sent la rouille et la poussière chaude. Plus nous avançons, plus il me devient difficile de rassembler à nouveau mon courage, aussi m’empresse-je de demander :
— Maelie ! Tu la connais, pas vrai ?
Hadrian ne ralentit pas. Pourtant, je vois sa nuque se raidir et ses épaules se tendre sous le tissu sombre de sa veste. Il finit par tourner légèrement la tête vers moi, une expression indéchiffrable dans le regard.
— Pourquoi est-ce que tu veux le savoir ?
— Tu me le demandes vraiment ?
Passée l’appréhension du début, ma réticence liée à ce je-ne-sais-quoi qui se dégage de mon compagnon, la colère prend le dessus :
— Va encore pour l’explosion de l’open space, elle a pu supposer qu’on serait suivi et se préparer en conséquence. Mais putain, comment elle sait où se trouve le gamin ? Comment elle sait y aller ? Elle nous a donné un plan précis des pièces à traverser pour y parvenir ! C’est censé être une simple agente de liaison !
— Elle est bien plus que ça.
Le visage de Hadrian se crispe et je devine que les paroles lui ont échappé. Il lisse ses longs cheveux en arrière dans un geste nerveux, parait sur le point de se précipiter en avant et de me planter là sans la moindre réponse mais pousse finalement un interminable soupir.
— Maelie, elle… je ne saurais même pas te dire tout ce qu’elle accomplit pour nous, pour notre branche de la Résistance. Elle… d’une certaine façon, elle… elle en est le cœur, enfin… plutôt les yeux.
Je ne l’aurais jamais imaginé butant ainsi. Le voir si mal à l’aise me ferait presque regretter de l’avoir placé dans une telle situation. Presque.
— Les yeux ? j’insiste.
Une éternité s’écoule. Les lèvres pincées, Hadrian prend le temps de retrouver son calme, avant de poursuivre de la voix posée que je lui connais d’ordinaire :
— Elle était là depuis le début. Notre Résistance s’est construite avec elle. Par elle, parfois même. Je crois que rien n’aurait vraiment tenu sans sa présence. Elle a aidé à transformer une poignée d’âmes perdues en mouvement organisé et elle a aussi participé à la création de ceci, ajoute-t-il en me montrant la plaque de métal accrochée à sa chaine.
Je fronce les sourcils. Je ne vois pas bien en quoi une simple médaille pourrait avoir de l’importance, la Résistance a toujours refusé de répondre à mes questions sur le sujet, mais le moment est trop fragile pour que je coupe Hadrian.
— Ce n’est qu’une supposition, reprend-il. Elle ne me l’a jamais confirmé mais je suis certain qu’elle passe une grande partie de son temps à cartographier le Château. À regrouper et collecter nos données. Juste avant… juste avant qu’on ne se rejoigne, un des nôtres a été capturé puis enfermé par l’Ordre. Je crois qu’il a été mené jusqu’à Aïden. Je crois que Maelie a vécu son exécution comme si elle y était. Je crois qu’elle ne pouvait plus l’accepter.
Tandis que j’essaie tant bien que mal d’assimiler ses révélations, il nous conduit jusqu’à une bouche sombre de laquelle s’échappe une étouffante odeur de métal chaud et me tend la main.
— Pour ta propre sécurité et celle de la Résistance, je ne te dirais rien de plus. À toi de décider si cela te suffit pour continuer avec nous.
Je n’hésite qu’un instant. Je déteste ne pas être dans la confidence et j’aurais quelques mots à échanger avec Maelie lors de nos retrouvailles. Mais je n’ai pas rejoint la Résistance pour elle.
— J’y vais la première, je réponds en ignorant la main de mon compagnon. À partir de maintenant, on fait ça à mon rythme.
Et sans attendre sa réponse, je m’engouffre dans l’obscurité.
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