Pièce n°2275
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ifa
En compagnie de Ama'
Fait partie de la saga << < Le Cygne Gris > >>
Pièce du Casteltober 2025 - Jour 31 : fantôme
De l’encens brûle dans un coin de la pièce. La lumière est vive, artificielle. Sur des étagères et accrochés sur des cintres croulent des vêtements. La plupart sont sombres, mais il y en a aussi beaucoup qui sont très colorés. Achilde fait un signe à une dame qui s’affairait derrière un comptoir. Félixine. C’est écrit sur son badge. Quand elle me voit, elle pâlit, comme si elle avait vu un fantôme. Ma réputation me précède. Je ne sais toujours pas ce que l’Ordre a communiqué à mon propos. Est-ce que je suis dangereuse ? Est-ce que je suis une traitresse ? Ou suis-je à leurs yeux seulement une victime traquée ? Je ne sais pas trop quand je vois Félixine. Elle me regarde avec crainte mais aussi avec pitié. Son regard s’illumine quand Achilde lui dit que j’ai besoin de vêtements.
– Quel budget ? me demande Félixine.
– Je ne sais pas, je souffle. Je n’ai pas d’argent.
– Mais si, me coupe Achilde. Tu as travaillé trois mois à la buanderie. Tu as largement de quoi t’acheter de quoi t’habiller. Et comme il n’y a pas d’uniformes dans notre service, l’Ordre prend en charge 37% du prix.
Félixine hoche la tête, convaincue. Elle me demande mon pass, le scanne et me confirme qu’il y a suffisamment pour me faire une garde-robe complète. Elle me fait visiter la boutique de long en large, en attrapant de temps en temps un vêtement.
– Il te faut de quoi tenir deux semaines. On ne sait jamais avec la buanderie…
Son regard se pose sur mon uniforme, et elle fait une moue désolée.
– Je ne voulais pas faire de critiques. Mais parfois, certains évènements indépendants des lavandières peuvent causer des retards. Par exemple…
Elle hésite, semble chercher quelque chose pour se justifier.
– Quand la PP fait son cirque, complète Achilde.
Il fait des sudokus, dans un petit carnet qu’il avait dans sa poche. Je ne sais pas ce qu’est la PP, mais Félixine acquiesce.
– Pour ton poste, des hauts sombres et unis, c’est très bien. C’est chic et sobre, sans attirer l’attention. Quand on est une jeune femme jolie comme toi, on ne veut jamais attirer l’attention d’un plus gradé que soi au travail. Le violet foncé te va bien au teint, le marine aussi. Peut-être un peu de noir aussi, c’est important d’avoir du noir. Pour le bas, quelques pantalons et une ou deux jupes longues. Et puis pour les chaussures, des bottines, c’est très bien.
Tout en parlant, elle fourre tout dans un grand panier qu’elle m’avait jeté dans les bras. Elle y ajoute une quantité plus que suffisante de sous-vêtements.
– Pour les sorties, maintenant !
Son ton devient plus enjoué. Elle m’entraîne là où se trouvent les tenues colorées. Je proteste :
– Je ne suis pas sûre que-
– Bien sûr que si ! On ne peut pas s’enfermer dans le travail à ton âge ! Il faut aller dîner avec ses amies et danser le soir ! Il te faudra au moins une robe, peut-être deux. Une jupe plus colorée aussi. Du vert, non ?
Elle dit ça comme si elle demandait son avis à Achilde qui répond « oui, oui », distraitement. L’enthousiasme de Félixine me gagne un peu. Sur ses conseils, je choisis une jupe rouge avec un haut vert, et une robe multicolore qui lorsqu’elle tourne me donne des airs de princesse. Félixine voulait ajouter un jean, mais Ancasta m’a fait garder celui qu’elle m’avait choisi. Félixine, déterminée à ne pas en rester là, rajoute une paire de sandales – essentiel pour aller danser selon elle.
Lorsqu’elle m’encaisse, Félixine me rassure : il reste encore beaucoup. De toute façon, comme l’Ordre me loge et me nourrit, cet argent ne sert vraiment que pour l’habillement ou les sorties. Selon Achilde, comme la plupart des membres de l’Ordre travaillent pour soutenir une famille, peu peuvent se permettre de mettre de côté comme moi. Félixine me conseille de faire comme toutes les jeunes femmes de mon âge qui travaillent pour l’Ordre : rester loin des hommes le plus longtemps possible pour me constituer un trousseau, et partir plus loin pour fonder une famille ensuite. Ce n’est pas possible de fuir l’Ordre une fois qu’on y entre, mais il est possible d’aller travailler dans un village dépendant de l’Ordre, où la vie est plus douce.
Je souris à Félixine quand elle me dit ça, mais je sais très bien que je ne pourrai jamais partir. Je ne pense pas non plus qu’il soit utile de tant mettre de côté que ça. Un jour, Lord Glaciem en aura assez de moi. Et ce jour là, il aura ma peau, que j’ai économisé ou non.
Mais je ne vais pas non plus tout perdre d’un coup. Je ne saurais que faire de tous ces vêtements, de toute façon. Félixine met tout dans un énorme sac en tissu et me conseille d’aller faire un tour au marché un de ces jours, pour m’acheter une encre à lèvres et des boucles d’oreilles pour aller avec « ma jolie perle de Tahiti ». Selon elle, ce n’est pas parce qu’il faut éviter d’attirer l’attention des gradés qu’on ne peut pas se permettre de s’apprêter quand on sort le soir avec ses amies.
Je la remercie pour ses conseils, même s’ils m’inquiètent un peu. Achilde pousse un soupir de soulagement et nous emmène par une autre porte vers les chambres des employés.
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Toujours aussi enjoué à l’idée d’en découvrir plus sur le fonctionnement de l’Ordre ! D’ailleurs, ils sont pas si méchants, ils prennent en charge une partie du prix des vêtements XD
J’ai teeeeellement de mal à imaginer Ifa dans le monde « ordinaire ». Le décalage est si grand entre ce qu’elle a vécu et cette nouvelle vie.