Pièce n°2276
Écrite par Lev
Explorée par Alden
Fait partie de la saga << < Cercles Concentriques
Je me suis réveillé à moitié assommé, les membres brisés de fatigue, l’esprit en miettes. Il m’a fallu de longues secondes pour comprendre où j’étais. Les derniers lambeaux de mon rêve se sont dissipés en filaments vaporeux tandis que je me redressais d’un sursaut.
Une voix d’homme me hurlait dessus.
J’ignorais quelle heure il était. Le froid me mordait jusqu’aux os. Les néons, au plafond, dardaient une lumière crue qui me vrillait les tempes. J’étais désorienté, hagard, incapable de rassembler mes pensées.
De quoi ai-je rêvé ?
Quelque chose n’allait pas. Pas simplement cette migraine permanente, cette confusion à laquelle je m’étais presque habitué. C’était différent. Pire que d’ordinaire.
En rêve, j’étais dans une salle de bal.
Un lustre im nse. Des silhoue t s en mouvem nt. Le frois ment des étoffes. U e musique lointai ,
à la quelle il man quait
des no tes ?
Debout dans le Castram, mes jambes ont cédé. Une douleur fulgurante m’a traversé le crâne, éclatant derrière mes yeux. Je suis tombé à genoux.
— Monsieur ?
Ma mémoire récente, celle associée au rêve, est criblée de trous comme des plaies béantes, à vif.
C’est comme si quelqu’un avait plongé ses deux mains dans mon crâne et arraché à pleines poignées des bribes de souvenirs, charcutant le reste au passage. La douleur est aiguë, insupportable, elle me coupe le souffle, me cloue sur place.
Des fragments orphelins de souvenirs se logent dans mon esprit, m’empêchent de passer à autre chose. Je les ressasse de façon obsessionnelle, les retourne, les scrute encore et encore, jusqu’à l’agonie.
C’est d’abord une femme, aux lourdes boucles rousses et aux mains constellées de taches de rousseur. À la place de son visage, dans ma mémoire, un vide bâillant, comme découpé à la hache. Elle semble tenir quelque chose, mais dans ses paumes en coupe je ne distingue que du bruit, des taches sombres, une distorsion de l’image. À côté d’elle, tout près, se tient une deuxième femme, mais elle n’est qu’une silhouette à moitié mangée par l’obscurité, sans traits, sans regards.
Et puis un homme, le même vide béant à la place du visage. Il parle — ou crie, je crois — mais quand sa bouche s’ouvre, rien ne sort que le crachotement d’une radio entre deux fréquences, un bruit haché et inutile.
On m’a entouré. On a pesté, on a grogné. Quelqu’un m’a secoué par les épaules, je me suis affalé sur le côté. On a tiré la sonnette d’alarme, le Castram s’est immobilisé dans un sursaut.
L’image furtive d’un masque en forme de loup se dissipe devant moi comme une goutte d’encre dans de l’eau. Des vitraux éclatés, percés de nombreux trous, inondent la salle de bal d’une lumière incomplète. Des invités surgissent puis disparaissent, comme arrachés de ma mémoire.
Des pans entiers d’images semblent avoir disparu, laissant derrière eux des béances que je perçois malgré tout, qui me déchirent de l’intérieur.
Quelque chose éclate et roule au sol. Je me penche pour attraper —
Mains sous mes aisselles, des hommes m’ont traîné sur le quai.
Contre leurs cuisses, leurs talkie-walkies crachotent en continu une litanie dans laquelle je ne peux déceler le moindre mot. Incapable de me tenir debout, ni même vaguement vertical, je m’effondre. Les hommes accompagnent vaguement ma chute vers le sol.
Des mains fouillent dans mes poches, en arrachent des objets. J’entrouvre les yeux pour essayer de distinguer ce qu’on me retire, je suis à moitié aveugle de douleur, des points sombres pulsent contre ma rétine. Des doigts se referment trop vite autour d’objets dont je n’aperçois qu’un éclat de lumière nacrée.
J’ouvre la bouche pour protester, je tente faiblement de me redresser. Une main se pose lourdement sur mon front, plaque ma tête contre le sol. Le choc m’arrache un gémissement.
— Doucement !
La voix qui a sifflé ce mot — comme un avertissement — m’est familière.
— C’est quoi ce travail, il grogne. C’est n’importe quoi. Ils sont complètement malades.
Je le connais. C’est mon collègue. Il range dans sa poche le badge qu’il vient de présenter aux hommes qui me maintiennent au sol, et s’accroupît à côté de moi tandis qu’ils me relâchent. De toute manière, je suis bien incapable d’esquisser le moindre mouvement de fuite.
Il se penche au-dessus de moi, aspirant de l’air entre ses dents serrées. Il palpe quelque chose à l’arrière de ma tête. Ses mains sont douces, la pression qu’elles exercent délicate, mais, à leur contact, la douleur me traverse comme une lame chauffée à blanc enfoncée directement dans mon crâne. De façon diffuse, je crois l’entendre me murmurer :
— Reste avec moi, d’accord ? Reste…
Le monde vacille et s’éteint.
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Mais TT_TT
Pauvre Alden, c’est terrible ce qui lui arrive. Rien que le fait de lui voler ses souvenirs est affreux mais qu’en plus ça le fasse souffrir à ce point… bruh.
Son collègue a l’air un tout petit peu plus gentil que les autres, j’espère qu’il pourrait l’aider. Est-ce que Alden a quelque chose à l’arrière de la tête ou c’est son collègue qui est genre psychique ?