Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE DU VERGER AUX CERISIERS
LA PIÈCE DU VERGER AUX CERISIERS

LA PIÈCE DU VERGER AUX CERISIERS

Pièce n°2245
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ifa
En compagnie de Ama'
Fait partie de la saga << < Le Cygne Gris > >>

Pièce du Casteltober 2025 - Jour 27 : âme

Je me réveille dans l’herbe. Ce n’est pas exactement de l’herbe, c’est parsemé de fleurs. C’est doux, et ça me fait frémir. Je me redresse. Je n’aurais pas dû tout lâcher comme ça. Qui sait ce qu’Ama’ a dû ressentir ? Mais elle sourit contre mon cœur. Elle est soulagée, et moi aussi. J’ai crû avoir été arrachée à elle, mais nous sommes encore plus proches. Plus le temps passe et moins je fais la différence entre ses pensées et les miennes.

Elle veut voir Abnar.

Je n’en ai pas vraiment envie, parce que je ne lui fais plus confiance, mais je pense qu’elle en a besoin. Si j’ai choisi d’abandonner mon passé derrière moi, ce n’est pas son cas. Elle a besoin de savoir. Est-ce pour cela qu’elle nous a emmenées ici ? Au pied d’un arbre au loin, je peux distinguer la silhouette d’un homme assis. Je pense que c’est lui. Je n’en suis pas sûre, mais je pense que c’est lui.

Si Ama’ nous a emmenées ici à cause de lui, elle ne l’a pas fait exprès.

Il se lève lorsqu’il nous voit approcher. L’air a une odeur sucrée de cerise. S’il est en colère, il n’en montre rien. Il prend mes mains dans les siennes. Je frémis, mais je ne dis rien.

– Ifa.

Je n’aime pas la manière dont il fait glisser mon prénom dans sa bouche. C’est comme du miel, mais cela laisse un goût acide sur ma langue. Je lève les yeux. Moi qui l’ai toujours connu inexpressif, il ne peut cacher sa surprise quand il plonge dans les yeux bleus d’Ama’.

– Amayelle ! Tu es vivante ! J’ai mis tant de temps à te chercher… Si tu savais, quand tu as disparu il y a sept ans, j’ai cru que je ne te retrouverais jamais. Oh, Amayelle…

Je me dégage. Ama’ est troublée. Elle ne se souvient pas bien, mais il lui semblait qu’Abnar n’avait jamais été aussi… aimant ? Comme un père ?

– Réponds à ses questions, je réplique sèchement.

Un éclair de compréhension traverse son regard. Ce n’est pas parce que j’ai les yeux bleus d’Ama’ que c’est à elle qu’il fait face. Elle se cache derrière moi. Quelque chose ne va pas dans ces retrouvailles.

– Où est Ignis ?

Il retient à peine son sourire désabusé. Il me met en colère. Il semble peser ses mots, toujours avec la même prudence qui le caractérise, mais il semble décider de dire la vérité. Ce n’est plus l’Ama’ innocente et ignorante. Ama’ a grandi, et elle m’a moi.

– Ignis n’existe pas. Il n’a jamais existé.

J’ai l’impression de revivre cet instant où il m’a expliqué que rien de mon passé n’était vrai. Et son discours est très similaire. Honteusement similaire. Il explique qu’Ama’ n’a vécu qu’en rêve, qu’Ignis et tous les autres n’ont jamais existé. Qu’il n’y avait qu’Abnar et quelques-uns des chevaliers qui étaient vrais, qu’elle a vus en rêve. J’ai l’impression que c’est encore plus cruel que mon enfance. Au moins j’ai eu quelques instants éveillée, quelques instants réels, d’après Abnar. Il tente de la rassurer. Ce n’est pas parce qu’elle l’a rêvé que ce n’était pas vrai.

– Est-ce que c’était vous ?

C’est Ama’ qui m’influence. Je n’ai jamais vouvoyé Abnar. Quelle relation entretenaient-ils ? Je croyais qu’il était comme son père, mais peut-être qu’elle le craignait aussi ? Son regard argent glisse sur elle, tente d’apaiser mon âme.

– C’était pour te protéger. Mes intentions étaient sincères. J’ai fait ça parce que je n’aurais jamais pu supporter qu’il t’arrive malheur. Si jamais l’Ordre-

– Si jamais l’Ordre quoi ? Tu as fait exactement la même chose que ce qu’ils m’ont fait ! je crie. Tu essaies de nous faire croire que tu l’as fait pour la protéger ? Tu voulais l’utiliser, exactement de la même manière qu’ils m’ont utilisée !

Ama’ pleure. Quelque chose s’est éteint un instant en elle en apprenant que ni Ignis, ni les autres n’existait, puis s’est aussitôt rallumé avec rage ? Qui était Ignis ? Elle ne sait pas, mais c’était quelqu’un d’important. Quelqu’un qu’elle aimait. Qui était Immanuel ? Un prophète. L’amour et l’amitié. Elle demande d’une voix cassée :

– Pourquoi avoir inventé Immanuel ? Pourquoi m’avoir donné quelque chose de beau ?

– Parce que plus tu vieillissais et plus tu me désobéissais ! J’avais besoin que tu fasses ta crise d’adolescente, que tu te rebelles et puis que tu te ranges. Alors je t’ai donné un prophète, un gentil prophète, parce que tu aurais forcément écouté un gentil prophète, avec tes idéaux naïfs. Et ça a marché ! Mais quelque chose s’est mal passé… Puisque tu as disparu, et que malgré tous mes efforts, je ne t’ai retrouvée qu’avec l’aide d’Ifa.

La cruauté de ses mots me donne envie de tout brûler à nouveau, comme je l’ai fait dans le champ de coquelicots. Abnar semble le voir, car son regard s’adoucit.

– C’est toi qui as inventé Ignis. Peut-être que tu cherchais en lui cette étincelle qu’avait le reste de ton âme ?

Ama’ pleure encore mais à l’intérieur. Je reprends le contrôle. Elle a besoin de moi plus que jamais. Pourra-t-elle un jour lui pardonner ? Son cœur tendre l’y prédispose, mais je ne pardonnerai pas à Abnar de l’avoir fait pleurer. Devant moi, il affiche deux yeux ternes et fatigué. Je ne reconnais plus en lui le leader qui a protégé son village et m’a encouragée à trouver mon âme. Ama’ ne reconnaît plus non plus le magicien puissant qui l’a protégée toute son enfance.

Il est pitoyable.

– Et maintenant ? je demande. Qu’est-ce que tu vas faire ?

Il soupire. Une cerise lui tombe sur la tête. Il y a quelques mois j’aurais ri, mais rien ne peut interrompre le sérieux de l’instant aujourd’hui.

– L’Ordre a traqué l’ensemble des Lames de Péridot. La plupart des fidèles ont été tués ou forcés d’intégrer l’Ordre. Je suis le dernier à leur faire face. Mais c’est encore possible de retourner la situation ! Avec vous deux, j’y arriverai. Il faudra vous entraîner évidemment, vous aider à dévoiler votre potentiel, mais-

– Je ne pense pas, non.

Je l’ai murmuré, mais ma réponse semble l’avoir terrassé. Il affiche un sourire parfait, mais son regard est devenu menaçant.

– Tu discutes mes ordres ?

Ama’ se recroqueville à l’intérieur. J’ai envie de planter une lame dans le ventre d’Abnar. Malheureusement, je n’ai aucune arme sur moi. Je pourrais l’étrangler. Ça prendrait un peu temps, mais j’y arriverais. Il faudrait qu’Ama’ ferme les yeux évidemment. Je n’ai pas envie qu’elle voie ça.

– Elle n’est plus une enfant, Abnar. Elle fait ses propres choix. Et c’est non.

Plus jamais le jeu des puissants.

– Tu sais, je t’aime bien, Ifa. C’est dommage d’en arriver là.

Je réagis trop tard. Sa magie me frappe et me projette contre le cerisier. Je retiens un cri. Je n’arrive pas à m’écarter. C’est comme si sa magie aspirait mon énergie, aspirait la magie d’Ama’. Au début je pensais qu’il voulait la voler, mais la vérité c’est qu’il veut juste nous épuiser.

– Tu comprendras plus tard. Et tu me remercieras. Tous les aventuriers me remercieront. Ils ont besoin d’une organisation qui puisse faire face à l’Ordre. Et avec votre aide, je suis le seul à pouvoir monter et diriger une telle faction. Arrête de lutter, Ifa. Amayelle était moins têtue que toi quand elle était enfant.

Ama’ pousse un hurlement de rage, mais nous sommes tellement fatiguées que cela ressemble plus à un soupir. J’ai toujours su qu’Abnar avait beaucoup d’ambition, mais je ne pensais pas qu’il serait capable de faire du mal à Ama’.

Et au moment où je n’arrive plus à tenir, une odeur de sang me parvient. J’ai envie de vomir. Le regard d’Abnar est plein de surprise et de douleur. L’argent dans ses yeux vacille. Comme je l’ai fantasmé il y a quelques minutes, une lame vient de se planter dans son ventre. Sauf que ce n’est pas mon fait. Il retombe sur moi. J’ai vraiment envie de vomir. Quelqu’un attrape violemment le corps mourant d’Abnar et le rejette plus loin. Je vais m’évanouir.

– Je t’avais dit de ne plus me faire perdre mon temps.

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3 commentaires

  1. Haaaa ! Je suis trop déçu, il y a plein de refs que j’ai pas TT_TT
    Il faudra que je lise les aventures d’Ifa et Ama depuis les débuts !

    Mais whaaa quoi ! Abnar est mort ! 😮
    En vrai je suis content que l’Ordre soit intervenu si vite, ça montre que ce sont pas des rigolos mais le choc quoi. Il paraissait si puissant dans les textes d’avant, il voulait s’élever contre l’Ordre, fonder une nouvelle résistance et puis pouf, mort 😮

    Un ennemi de moins pour Ifa mais j’ai peur qu’elle soit tombée dans des mains plus dangereuses encore…

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