Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE NOIRE ACCUEILLANT UNE PLANTE DORÉE
LA PIÈCE NOIRE ACCUEILLANT UNE PLANTE DORÉE

LA PIÈCE NOIRE ACCUEILLANT UNE PLANTE DORÉE

Pièce n°2367
Écrite par Allyss Obsidienne
Explorée par Jöldiz

J’entre. Il fait noir. Il fait toujours noir quand j’entre quelque part : le noir emplit la pièce et la vide tout à la fois. L’air est généralement vicié, le sol est généralement froid… Généralement. Cette fois-ci, le sol est différent.

Mes pieds heurtent une masse indéfinissable qui manque de me faire tomber. Je garde l’équilibre par miracle. Cette fois-ci, je comprends que je ne suis pas dans une pièce comme les autres. J’ai laissé ma vigilance s’endormir par habitude. Trop de portes similaires, trop de marches sombres sans horizon. J’avais perdu l’espoir de croiser un obstacle.

L’ennui est donc si prégnant, depuis si longtemps, que je ne peux résister à ma curiosité. Je me penche, je tends la main et je la pose sur l’obstacle.

C’est chaud. Ça palpite. C’est vivant.

Je la retire vivement, surprise par cette incongruité dans ce qui est devenu mon quotidien. Un être vivant, dans ce monde froid et stérile ? Quel bonheur ! Cela me fait complètement oublier la notion même de danger. Je ne désire qu’une chose, comprendre ce que j’ai rencontré.

Je repose la main sur l’être. C’est toujours chaud, ça palpite toujours. C’est bien vivant. C’est lisse. Je fais glisser ma main sur la surface et finis par rencontrer quelques protubérances pointues, d’abord petites, puis de plus en plus grosses. Je prends garde à ne pas laisser ce que j’interprète comme des épines percer la peau de mes doigts. Mes extrémités reconnaissent au toucher des formes spiralées, striées de part en part de façon parallèle. L’image se construit dans ma tête, belle et étrange. La seule chose qui manque à ma reconstitution mentale, c’est la couleur.

Je poursuis mon exploration du bout des doigts. Je sens un sourire naître sur mon visage. Je retrouve mes bonheurs d’enfant, émerveillée par la moindre petite bestiole, la moindre petite plante qui pouvaient se présenter sur mon chemin. Un vieux souvenir me caresse la joue, – Jöldiz, viens jouer ! – Non, je regarde encore le papillon, attends. Cette fois-ci, personne ne peut interrompre mon étude. Mais le rire cristallin de ma camarade de classe venant me rejoindre, doux comme le son clair d’une petite cloche annonçant l’heure du goûter, s’attarde encore un peu dans ma mémoire.

Les épines spiralées semblent toutes alignées sur un seul axe. Au fur et à mesure que mes mains progressent, la tige très épaisse se ramifie et se fraie un chemin dans les airs. Bientôt, je peux tâter ses branches en étant debout. Les épines disparaissent et laissent place à de drôles d’appendices crochus sécrétant un liquide visqueux. J’hume les odeurs qui en émanent. Sucrées et fraîches tout à la fois, avec une petite note de terre rappelant un humus absent du sol que je foule. Comment pousse cette plante ?

C’est appétissant. Je porte mes doigts à la bouche et goûte le liquide resté collé à mes pores. J’ai l’impression de goûter du miel, moins râpeux sur la langue et d’une profondeur inouïe. Cette saveur dorée – comment l’imaginer autrement que de couleur dorée ? – sature mes papilles. Elle me donne envie de me goinfrer jusqu’à plus faim mais me procure en même temps une sensation de satiété qui comble tout mon appétit. Je suis ébahie par ma découverte.

Les branches s’élèvent trop haut, je crois, pour que je puisse atteindre le sommet de cet être. Je découvre encore cependant, au toucher toujours, la présence de vastes feuilles, peu nombreuses, dotées d’un trou parfaitement circulaire en leur centre. Elles semblent épaisses et bombées de sève. Je prends toutefois garde à ne pas abîmer celle que je parcours des mains. Pas question de faire souffrir le seul être vivant que je croise depuis des mois. La sève restera un secret jalousement gardé par la plante.

Je me sens soudain somnolente. J’ignore si l’ingestion du « miel » y est pour quelque chose. Je ne me sens cependant pas inquiète. Je décide de m’allonger au pied de la plante, en évitant le côté chargé des épines spiralées. Mes yeux ouverts sur le noir se ferment tout doucement sans qu’aucun changement n’intervienne dans mon champ de vision. J’ai néanmoins le temps d’apercevoir, avant de sombrer dans l’inconscience, une lueur dorée éclairant de vastes feuilles blanches percées en leur centre d’un grand trou circulaire.

Jöldiz

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2 commentaires

  1. Elle est très belle cette pièce. C’est original de faire découvrir ainsi ta plante, je n’y aurais jamais pensé ! Jöldiz est joueur par contre d’en goûter ainsi la sève, ça va qu’elle n’est pas dangereuse (quoi que le dernier paragraphe n’est pas très rassurant) ^^

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