Pièce n°2319
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ifa
En compagnie de Ama'
Fait partie de la saga << < Le Cygne Gris
Je me sens un peu émue quand je rentre dans la pièce. C’est chez moi. J’ai un chez moi. Je suis chez moi. Je sais que théoriquement, tout ici appartient à l’Ordre, mais Achilde l’a dit : personne ici ne peut entrer sans mon autorisation (ou celle d’un haut-gradé), et je peux aménager la pièce comme je le veux.
C’est petit, mais c’est déjà très grand, si l’on compare à la tente que je partageais avec quelqu’un d’autre au village entouré de champs de lavande, ou le dortoir de l’équipe 4 des lavandières où je suis restée quelques mois.
A gauche, collé contre le même mur que la porte, il y a une petite table – ou un bureau ? – et une chaise. Pour l’instant, il n’y a rien sur le bureau, à part un petit carnet à la couverture cartonnée, où le logo de l’Ordre semble avoir été gravé. Il y a aussi un petit livret qui rappelle le règlement intérieur de l’étage. Pas de visites dans les chambres des autres, interdiction de manger dans sa chambre, dépôt des draps et vêtements sales dans le bac au bout du couloir, ces derniers doivent toujours être étiquetés, et couvre-feu à minuit, sauf si le travail nécessite de rentrer plus tard. Auquel cas, il faut toujours avoir une autorisation d’un gradé sur soi pour circuler dans la Tour après le couvre-feu.
En face sur la gauche, il y a un petit lit. Les draps sont vert foncé. C’est une attention d’Ancasta, j’en suis certaine. Elle a dû choisir elle-même la couleur. Je jette un coup d’œil sur la taie d’oreiller. Il y a déjà une étiquette à mon nom. Je vais probablement devoir broder les trois lettres de mon prénom sur l’ensemble des vêtements achetés aujourd’hui. Je les range dans les caisses sous le lit.
J’ouvre la fenêtre. Le vent dehors est glacial, mais ça me fait du bien. Il fait un peu chaud dans la pièce, même s’il n’y a pas de système de chauffage. On peut voir les toits, en tôle ou en ardoise. La distance n’est pas très grande, j’ai même vue sur une autre chambre en face de la mienne. Ça doit être l’autre côté du demi-lune de l’étage. La lumière est éteinte. L’occupant ne doit pas être là.
Je referme la fenêtre et colle sur la vitre la fleur que Batia m’a fourrée dans les mains juste avant que je ne parte. Elle est en forme de fleur de frangipanier, du moins c’est ce qu’elle m’a dit. Aussitôt, les murs de la chambre se parent d’arcs-en-ciel. L’effet est moins impressionnant que dans le dortoir, car il y a moins de fleurs collées sur la fenêtre, mais c’est quand même très joli.
Une ouverture dans le mur, entre le petit bureau et le lit, cachée par un rideau, permet d’accéder à un petit espace salle de bain. Si le sol dans la chambre était en parquet – ou peut-être en faux parquet – le sol dans la salle de bain est en émaux aux tons de verts et de gris. L’espace est petit, et comprend une douche, un lavabo et des toilettes. Enfin, le lavabo est dans la douche. Il ne faudra rien laisser trainer sur le rebord. Mais pour l’instant, j’y laisse le petit nécessaire que m’a concocté Ancasta : dentifrice, brosse à dents, brosse à cheveux, savon et shampoing à la lavande. Tout tient dans une trousse. Je l’ai brodée à l’atelier du soir avec les filles. J’y ai ajouté des scarabées jaunes et des lucioles bleues.
Je ne peux pas m’empêcher d’être heureuse. Je sais que c’est l’Ordre, que je suis prisonnière, que je ne pourrais jamais m’enfuir, mais je ne peux pas m’empêcher d’être heureuse. Ama’ est d’accord, alors ça pardonne tout.
Je me vois déjà vivre ici. A l’avenir, j’y ajouterai des plantes, on m’a dit qu’on pouvait en trouver au marché. Puis peut-être que je me mettrai à l’aquarelle. J’accrocherai sur les murs tous mes dessins.
Je ne peux pas m’empêcher d’être heureuse. Je prends une douche. L’eau est froide et je n’arrive pas à la faire chauffer, mais ça me fait du bien. Il fait chaud dans la pièce. Je me jette dans les draps frais, et je m’endors d’un sommeil sans rêves. Ça fait longtemps que je n’ai pas rêvé. Et ça fait encore plus longtemps que je n’ai pas rêvé. Ça remonte au moins à cette fois où Abnar nous a menacées, où Abnar est mort, et après il – je ne veux pas y penser. Je ne peux pas m’empêcher d’être heureuse.
Puis, à l’aube, après avoir enfilé un haut noir et un pantalon violet foncé, je sors dans le couloir, et je me dirige vers l’escalier qui m’emmènera au réfectoire.
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Parlons-en du logo ! À quoi il ressemble ?
Ça me rend tellement triste qu’Ifa s’adapte aussi vite. Enfin, c’est une bonne chose pour elle et je suis content de voir qu’elle a un peu de répit. Mais j’ai peur que ça ne dure pas, que l’Ordre finisse par la changer ou l’utiliser. Je redoute un peu ce moment.