Pièce n°1781
Écrite par Najcha
Explorée par Isil
Cette pièce a été rédigée lors d'un atelier d'écriture
Ce n’est même pas une porte, mais un immense pan de mur qui me pousse à toute vitesse vers la pièce suivante. J’en ai peut-être traversé une dizaine, mais je ne vois rien, à part un kaléidoscope de couleurs à me faire tourner la tête.
Blam –
Le bruit vibre dans tout mon corps et parvient à mes oreilles étouffés. Je cligne les yeux, si déséquilibrée que mon corps me semble avoir été réarrangé sans mon autorisation. J’aurais les hanches au niveau du coup que ça ne m’étonnerait même pas ! Mes pieds tâtonnent en quête du sol, ils cherchent, ils cherchent… et je constate avec effroi qu’ils ne trouvent pas. Pourtant… ne devrais-je pas le sentir, si j’étais en train de tomber ? J’ouvre la bouche de surprise et recrache aussitôt. De l’eau : il y a de l’eau partout, dans ma bouche, mes narines, sous mes vêtements que je ne sentais plus… précisément parce qu’ils flottent ! Peut-on hyperventiler quand nos conduits respiratoires sont saturés par de l’eau ?
Je tourne la tête dans tous les sens, à la recherche de la surface, qui devrait logiquement se trouver vers le haut. Mais comment fait-on pour rejoindre le haut ? …et est-ce le moment de me rendre compte que je suis enfermée dans ce Château depuis si longtemps que je ne sais plus nager ?
Bras collés au tronc, je tente d’onduler façon sirène – une tentative de déplacement qui me confère la vélocité d’un hippocampe endormi. Me voici en train de paniquer : je souffle de l’eau… dans l’eau, créant des micro-courants qui me brouillent la vue. D’angoisse, j’agite les bras, trépigne, me tourne et me retourne, les mouvements de l’eau m’envahissent —
(re)blam.
Une douleur sourde se diffuse depuis le haut de mon crâne. Je m’étouffe, j’arrête de bouger tant je me sens désarçonnée, cette fois je vais mourir, c’est sûr…
Et puis non. J’ouvre les yeux. L’eau trouble s’éclaire d’une lueur verdâtre. Non seulement je ne décède pas d’asphyxie mais s’agiter dans tous les sens… m’a permis de me déplacer ? Tout en mûrissant l’idée d’une possible métamorphose en sirène, je me questionne sur le lieu dans lequel je me trouve – après dix minutes coincée dans cette pièce, il serait temps. Je mérite mon brevet d’hippocampe mais pas d’exploratrice.
L’eau est épaisse, tourbe, elle presse tout mon corps. Des débris flottent autour de moi, peut-être des algues ou du bois radioactif. Radioactif, à cause de cette lueur verte qui m’inquiète. Je mime ma propre panique de tout à l’heure, agitant les bras et les jambes, ce qui me permet de prendre un peu de recul. L’eau brouille la source de la lumière mais il me semble discerné des sortes de rectangles liés entre eux. Si mes poils ne se promenaient pas à leur guise, ils se dresseraient sur ma peau. Un courant m’emporte vers le fond et, bientôt, mon genou heurte la pierre sombre, qui s’éclaire à son tour. D’autres motifs géométriques apparaissent, agencés différemment, et j’observe avec effroi les murs se lézarder de part en part. Dans toutes les directions, derrière l’eau brumeuse, des runes s’activent et pulsent, menaçantes. Je ne sais d’où vient cette langue ni ce que ceux qui la maîtrisent me veulent. Peut-être rédigent-ils simplement leurs listes de courses avec un liquide radioactif. Je crois que je préfère ne pas le savoir.
Comment sortir d’ici, comment me déplacer malgré cette eau pesante et mon incapacité à nager ? Puisque je semble finalement amphibie, une idée de génie me vient : me noyer. J’ouvre la bouche bien grand et me mets à absorber l’eau autour de moi. Je bois, je respire, je bois, je respire, je ne vois plus très bien la différence. Mais quoiqu’il en soit, je me sens gonfler, m’alourdir, m’alourdir et couler, petit à petit… en direction de la sortie.
D’après le projet linguistique de Shwann Fehish et Allyss Obsidienne.
Super cette pièce aquatique ! J’adore l’idée d’oublier savoir nager après avoir passé trop de temps au Château… et de se métamorphoser en sirène évidemment !
Et il faut qu’on crée des diplômes d’explorateur-ices maintenant !
A voir dans le brevet des Châteaux, visiblement…
J’irai bien me baigner moi. Et… Le projet linguistique ?🥳