Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE BOCAL DES FUMEURS
LE BOCAL DES FUMEURS

LE BOCAL DES FUMEURS

Pièce n°1881
Écrite par Sol'stice
Explorée par Loan

 C’est comme si toute la pollution des bouchons que je viens de quitter était enfermée entre quatre murs. Un brouillard grisâtre, épais, me saute à la gorge dès que je franchis le seuil de la pièce. Chaud, il me brûle le nez et me pique les yeux, m’arrachant une quinte de toux. Même si je bloque aussitôt que je le peux ma respiration, je ne manque pas de saisir l’odeur reconnaissable du tabac. De la fumée de cigarette, partout. Combien de paquets faut-il fumer pour arriver à un résultat pareil ? J’avance à tâtons, le bas du mon T-shirt remonté sur le bas de ma figure pour tenter de filtrer l’air que je respire et les paupières plissées, la vision rendue floue par les larmes. Je finis par rencontrer un mur, que je décide de suivre, ma paume posée contre. Pas longtemps. Le temps que je réalise qu’il s’agit en réalité d’une paroi de verre rendue opaque par l’épaisse couche de crasse qui s’est déposée dessus et qui colore désormais ma peau, poisseuse. Dégoûté, je poursuis ma progression le long de la vitre en me gardant bien de la toucher. À un moment, j’aperçois des silhouettes dans la brume toxique, ombres chinoises indistinctes. Si je me garde bien de m’éloigner de mon mur-repère pour tenter de les rejoindre, ou de les appeler de peur de m’étouffer dans la fumée, je reconnais cependant sans mal leur geste distinctif. Lever jusqu’aux lèvres une braise rougeoyante, inspirer. Exhaler une nouvelle bouffée grise en baissant le bras, et recommencer. Des âmes errantes, enfermées là comme dans un aquarium qu’elles remplissent elles-mêmes. Peut-être qu’elles sont tellement aveuglées par la fumée qu’elles ne trouvent plus la sortie, et peut-être que c’est pour ça qu’elles fument, pour oublier qu’elles sont coincées ici. Peut-être. Il faudrait que je leur demande pour le savoir. Pour ma part, je ne compte pas m’attarder ici et poursuis ma route.

 La fumée est si épaisse et mes yeux tant brouillés de larmes que je manque de rater la porte. Couverte de la même crasse collante que le reste des parois, elle s’y confond, la rainure de son ouverture presque effacée. Pas de poignée. Je grimace avant de me résoudre à appliquer de ma paume pour pousser. Heureusement, une simple pression suffit et je m’engouffre aussitôt dans le courant d’air frais qui se crée par l’ouverture.

Partager...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CHÂTEAU CENT MILLE PIECES

GRATUIT
VOIR