Pièce n°1883
Écrite par Sol'stice
Explorée par Loan
La première bouffée d’air est une délivrance. Enfin je respire à nouveau ! Le brouillard quitte ma tête en même temps que mon champ de vision et j’inspire à plein poumons avec plaisir, goûtant l’odeur de propre qui remplace celle du tabac. Celle-ci s’accroche encore à mes vêtements, à mes cheveux, à ma peau, et j’ai l’impression de faire tache sur le carrelage impeccable. Avant que qui que ce soit ne remarque ma présence insolite, je m’écarte dans un coin de la pièce, entre les rangées de machines à laver qui s’alignent et s’empilent le long des murs. Certaines tournent, dans un tourbillon de linge et de bulles, les battants des autres s’ouvrent comme autant de bouches avides.
Vers le fond de la pièce, je trouve un recoin où m’arrêter à l’abri des regards. Là, je me dépêche de poser délicatement la boîte à musique à côté de moi et d’ôter mes habits malodorants. Je les enfourne dans une machine libre et m’accroupis devant le panneau de contrôle.
— Ça ne doit pas être si compliqué, si ? Ça ressemble beaucoup à celles qu’il y avait en bas de chez moi…
En se laissant glisser hors de la machine, le lutin me lance un regard désabusé, accusateur d’avoir manqué de l’oublier dans ma poche.
— Pardon…
Il ne daigne pas me répondre et se glisse dans le fin espace entre deux machines. Je grimace. J’espère qu’il me pardonnera et qu’il reviendra, je m’y suis attaché, à mon petit compagnon. Puis je reviens sur les instructions que je n’arrive pas à lire. Il n’y a pourtant pas mille réglages possibles. Il y a surtout une fente sur le devant, invitation explicite à y glisser une pièce. Je fais les poches de mes vêtements sales sans en trouver, grimace à nouveau. Un éclat métallique attire mon attention au sol. Le lutin est revenu de son expédition et me tend une rondelle dorée. Je m’en saisis, la fais tourner entre mes doigts. On dirait un jeton, et même si rien n’est marqué dessus, il me semble tout à fait approprié pour nourrir la machine.
— Merci.
Tintement de grelot en réponse. Je pousse le jeton dans la fente, me ravise juste avant de fermer le tambour. Délicatement, je tire sur l’étoffe qui protège la boîte pour dégager celle-ci sans la toucher et rajouter le tissu avec mon linge.
— Tu veux laver ta cape ?
Nouveau tintement de grelot, négatif, et cette fois-ci, je laisse la machine démarrer son cycle de démarrage. Puis, désœuvré, je m’assois juste à côté. Il ne me reste plus qu’à attendre. Je dois avoir l’air fin, en sous-vêtements… Pourvu que personne ne s’aventure par ici.
J’ai cru que le lavage ne se terminerait jamais, et il me faut encore attendre que le sèche-linge fasse son ouvrage. Je sifflote distraitement pour accompagner la musique d’ambiance qui occupe l’atmosphère avec le ronronnement des machines. Je ne sais pas ce que c’est, mais ça ne ressemble pas à celle sur laquelle se mouvait la danseuse. Un bip me ramène à la réalité. Ça y est, c’est fini ! Je m’empare avec empressement de mes vêtements, encore chauds, et les enfile avec plaisir. Ils sentent bon la lessive et le propre. Le lutin se faufile dans sa cachette habituelle pendant que j’emballe à nouveau la boîte à musique.
— C’est bon, on est parés !
Mon paquet sous le bras et mon compagnon dans la poche, je me mets en marche.