Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE RÊVE OÙ JE L’AI REVU
LA PIÈCE RÊVE OÙ JE L’AI REVU

LA PIÈCE RÊVE OÙ JE L’AI REVU

Pièce n°2201
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ifa
Fait partie de la saga << < Le Cygne Gris > >>

À l'occasion de la pièce palier 2000, les membres de l'association du Château ont créé la trame d'une pièce collective, le souvenir d'un bal et d'un mariage, que chacun·e peut écrire et explorer du point de vue de son ou ses personnages. La musique a été composée par Dan Lazar.

Je crois que je rêve encore.

Mes vêtements ont changé. Je n’ai plus mon jean et ma marinière mais une robe noire et longue. Un miroir en face de moi me permet de croiser mon reflet. Un masque noir et du rouge à lèvres sombres. Et surtout : les yeux d’Ama’.

Je me demande si je parviendrais à traverser le miroir comme je l’ai déjà fait par le passé. Je pose ma main dessus, ce qui m’attire le regard courroucé d’un serveur, mais je n’arrive pas à passer au travers. Il faut que je trouve une autre sortie. Et vite. Je suis dans une grande salle de bal au centre duquel se trouve une vasque imposante. Je m’éloigne, cherche une sortie, mais lorsque je me retourne un instant, je me rends compte que je n’ai pas vraiment bougé.

Un rêve.

De nombreuses personnes sont présentes, toutes masquées, mais personne ne semble s’inquiéter de mon trouble. Pourtant, je suis inquiète. C’est un rêve, donc ils peuvent me retrouver. Les gens interagissent sans se soucier de moi. C’est comme si je n’étais pas là, ou qu’eux n’étaient pas là. Est-ce que je les ai tous inventés ? Mais rien ne m’est familier.

Les conversations deviennent murmures puis s’assoupissent lorsque deux femmes, masquées elles aussi, s’avancent au centre de la salle de bal et ouvrent la danse. Le sol brille sous leurs pas, comme si un sortilège était à l’œuvre. Puis peu à peu, les gens se mettent à danser aussi et les conversations reprennent.

C’est comme si j’étais transparente. Ou comme si c’était normal que je sois là. J’en suis soulagée. Mais un homme s’approche et tend sa main gantée vers moi. Il ne dit rien, mais je crois qu’il m’invite à danser. Je voudrais refuser, mais je risquerais d’attirer l’attention. Il danse bien. Bien mieux que moi, mais il ne fait aucun commentaire et nous guide avec calme. Je sens la chaleur de sa peau sous son gant. Son regard est bleu et froid. Tellement froid qu’il en est presque sombre. Son masque m’empêche de deviner quelle émotion lui traverse l’esprit, mais je ne pense pas qu’il en aie aucune. Lorsque la danse se termine, j’essaie de m’éclipser, mais il me retient.

– Une deuxième, dit-il.

Sa voix n’était qu’un murmure mais elle me frappe comme une exigence. J’accepte. Je ne pense pas qu’il m’aurait laissée partir de toute façon. Sa main ne serre pas la mienne, mais je pense qu’il aurait la force de la broyer s’il le souhaitait. Il ne parle pas davantage, et ne semble pas me porter un grand intérêt. Il ne cesse de regarder en direction de la vasque.

Je remarque quelques personnes qui elles aussi ne semblent pas à leur place, mais je préfère faire semblant d’être comme les autres. Entre l’Ordre et les Lames de Péridot à mes trousses, il vaut mieux faire profil bas. Peut-être que c’est leur première fois dans un rêve. Je commence presque à en avoir l’habitude.

Finalement, la musique cesse, et tout le monde se rapproche du centre de la pièce. L’homme reste à côté de moi. Son insistance devrait m’inquiéter mais je me sens plutôt détendue. C’est inhabituel.

C’est dangereux. Mais Ama’ me souffle de lâcher prise.

C’est un mariage. Celui des deux femmes qui ont dansé au début. On dirait un rituel magique. Je ne suis pas sûre de suivre tout ce qui se passe, mais l’ensemble des invités semblent considérer que tout est normal, y compris l’homme à mes côtés. Nous sommes tous rassemblés en rond, conservant une distance respectueuse de la cérémonie.

Je crois que ce n’est pas mon rêve. Je crois que c’est celui de quelqu’un d’autre.

Mon âme sursaute lorsque mon regard croise celui d’une personne qui a l’air d’être vraie. Je veux dire, qui a l’air de savoir qu’il rêve. Son aura m’écœure et éveille en moi une inquiétude que je croyais avoir oubliée. Celle d’un passé lointain, bien avant la lavande. Il penche la tête sur le côté en me voyant, esquisse un sourire curieux, le sourire d’une personne qui soudainement s’amuse beaucoup, et articule un mot sans un bruit. Je crois que c’était mon nom. Ça y ressemblait. Mon cœur panique, mais déjà il détourne son attention de moi et interrompt la cérémonie. Son discours me glace le sang. Il parle aux rêveurs, il parle d’échec, de trahison, mais surtout il parle de destin aveugle. Je sais qu’il ne me parle pas directement, qu’il a l’air de s’adresser à quelqu’un d’autre, mais c’est sa voix qui me hante.

Je le connais. Je ne sais pas d’où, mais je le connais. Je crois qu’il est de l’Ordre. Parce que sa voix rappelle en moi des souvenirs éteints, de violence et de flammes, de cruauté et de cendres. Elle révèle en moi une destinée déjà toute tracée, une destinée qui finit mal. Et elle éveille mes yeux jaunes. Ça brûle.

La cérémonie reprend, mais je ne parviens pas à me concentrer. J’ai mal à la tête. Je crois que j’ai besoin d’un verre d’eau. Je tente de reculer, mais la main de l’homme se pose sur mon bras et m’en empêche. Il ne me regarde toujours pas. Tant mieux, autrement il aurait vu les yeux jaunes. Il regarde la vasque.

Un éclat de magie me frappe comme une onde de choc. Le rituel ! L’une des deux femmes arrache du cou de l’autre un collier de perles et elles roulent dans toute la pièce. J’ai l’impression que le rêve se détache. Comme s’il était mourant.

Je profite de la confusion générale et du rêve qui explose pour ramasser une des perles qui a roulé jusqu’à moi. Je pense que c’est important. Elle me rappelle la perle que j’ai trouvé dans la fleur. Je me dégage de l’empoigne de l’homme et commence à courir. Le sol se dérobe sous mes pieds, et tout devient noir.

<< < Le Cygne Gris > >>

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3 commentaires

  1. Il me faudra un jour prendre le temps de lire dans leur ensemble les aventures d’Ifa et d’Ama’ (je sais que je rate un gros chapitre de l’histoire du Château) mais en attendant, je tenais à lire leurs pièces 2000 !
    Je suis particulièrement marquée par la « voix » narrative d’Ifa, qui transmet très efficacement sa mélancolie et son inquiétude. Elle a en effet un drôle de partenaire, je croyais dans les premières lignes qu’il pouvait s’agir du Château mais non o.0.
    Merci enfin pour tes très belles tournures, « Je crois que ce n’est pas mon rêve. Je crois que c’est celui de quelqu’un d’autre. », « Peut-être que c’est leur première fois dans un rêve. » qui pourraient presque initier un recueil de citations du Château tant elles sont percutantes !

  2. C’est vrai que Ifa a l’habitude des rêves ! Pour ça qu’elle reconnait direct que c’en est un. Comme Sol’stice, je suis curieux de connaitre l’identité de son cavalier. Je pensais à Aden au début mais pas de raison qu’il soit là.
    Et Ifa obtient une perle 😮

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