Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE COMPTOIR NUMÉRIQUE
LE COMPTOIR NUMÉRIQUE

LE COMPTOIR NUMÉRIQUE

Pièce n°2400
Écrite par Lev
Fait partie de la saga << < Cercles Concentriques > >>

J’ai à peine passé le seuil de la porte que mes pieds quittent terre.

Mon corps bascule presque aussitôt en arrière et je me retrouve la tête en bas à brasser l’air pour me redresser. 

C’est compliqué de rester vertical en apesanteur. 

— Vraiment navré…

Je continue de mouliner des bras jusqu’à réussir à lever la tête vers la voix nasillarde. C’est celle d’un petit homme à lunettes qui flotte au-dessus de moi. Son visage est rouge, il est à bout de souffle et son polo, d’un violet absolument odieux, est trempé de sueur.

— La direction… pfou.. s’excuse pour le désagrément… Ça ne vient pas de, pff, nous, tout l’étage est concerné par la.. pfiou… panne. 

Un bureau dérive paresseusement entre nous et l’homme disparaît un instant de ma vue. Dans le même temps, j’esquive — de justesse — un écran d’ordinateur qui menaçait de m’assomer. 

Juste au-dessous de moi, une caisse en plastique laisse échapper des dizaines de câbles électroniques qui se déploient dans l’air comme des tentacules. 

L’un d’eux s’enroule autour de ma cheville.

Avec un glapissement, j’agite la jambe pour m’en débarrasser. Le petit homme lève ses mains devant lui dans un geste d’apaisement, secouant ses paumes en ma direction :

— Ne vous inquiétez pas, c’est un… pfiou.. c’est un câble USB-C vers HDMI, il n’est pas méchant ! 

Agacée, j’arrache le câble enroulé autour de la cheville d’un geste sec et l’envoie valser dans les airs. Faute de gravité, le geste manque d’effet : le câble flotte mollement à quelques mètres de moi. 

— Je me fiche pas mal qu’il ne soit pas méchant ! J’ai pas le temps, je suis pressée ! Comment je sors d’ici ? 

— Ben euh… par la porte ? 

Crétin.

Je réprime une remarque cinglante et balaie la pièce du regard, à la recherche de quelque chose qui pourrait me propulser vers la porte, quelques mètres plus bas. 

Les câbles ont commencé à s’entremêler. Ils s’agglutinent dans une masse compacte de nœuds. Leurs extrémités ondulent comme des serpents, se vrillent et se contorsionnent pour s’enfoncer toujours plus profondément dans l’enchevêtrement. 

Comme happé par une force invisible, le câble USB-C vers HDMI se faufile, à son tour, dans ce tas grouillant. 

— C’est normal, ça ? 

Au-dessus de moi, l’homme blêmit. 

— Euh, non… pas trop…

— Pas méchant, pas méchant… C’est plus une question de gravité, là. Le machin est vivant. Et puis… on est d’accord qu’il se dirige vers nous ? 

— Euh… oui… on dirait.. 

Je décoche un grand coup de pied dans une chaise de bureau pour me lancer vers le petit monsieur. J’attrape son bras et, dans la foulée, saisis l’extrémité d’une multiprise encore branchée dans une prise à côté de la porte. 

Tandis que la multiprise s’étire pour atteindre le tas-Mère de câbles, nous nous hissons vers la porte qui, par chance, est ouverte. 

Je lâche le câble de la multiprise qui commençait à se tordre pour nous faire lâcher prise, agrippe l’encadrement de porte et enjoins au petit monsieur de faire de même. 

Dans un dernier effort, nous nous hissons au dehors de la pièce. 

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Un commentaire

  1. C’est super original comme idée les câbles qui prennent vie ! Bravo d’y avoir pensé. C’était à la fois drôle, surtout le début avec le câble USB-C vers HDMI qui n’est pas méchant, et flippant. Si même l’électronique du Château s’en prend aux explorateurs.rices…

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