Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE CYBER-CAFÉ NEXUS
LE CYBER-CAFÉ NEXUS

LE CYBER-CAFÉ NEXUS

Pièce n°2429
Écrite par Lev
Fait partie de la saga << < Cercles Concentriques > >>

Arott et moi avons marché longtemps dans les galeries de la grotte, jusqu’à ce que le sol rocheux cède la place à de la moquette, les parois caverneuses à du papier peint, et les concrétions au plafond à des suspensions lumineuses vacillantes.

À son tour, le couloir s’est mué en ruelle pavée, suintant d’humidité et d’urine, jonchée de poubelles éventrées, grouillante de rats et de ces mouches vertes grandes comme mon avant-bras. 

La ruelle a débouché à l’air libre sur une allée bondée de monde, protégée par du soleil par des treillis en bois et des toiles tendues entre les maisons. Arott est resté tout près de moi alors que nous nous frayions un chemin à travers la foule, craignant sans doute de me perdre dans la cohue.

À une intersection, il m’a désigné une boutique dissimulée tout au fond d’une impasse sombre. Je l’ai suivi ; nous avons marqué une pause devant la devanture du magasin. D’épais rideaux étaient tirés derrière la vitrine, nous empêchant de voir à l’intérieur. Au-dessus de la porte, une enseigne affichait : « Cyber-café Nexus » 

— Je connais ce café, m’a dit Arott. Il est tenu par un cousin

Un écriteau suspendu à la poignée indiquait qu’elle était fermée. Nous sommes entrés. 

***

Autour d’un café, Arott explique à son cousin ce qu’il est arrivé à sa propre boutique. Il me jette un regard en coin mais néglige, dans son récit, de souligner ma responsabilité dans l’affaire. Je crois que cela relève du sous-texte. Il omet aussi la partie sur les coquillages, ce qui m’interroge davantage. Je ne relève pas. 

Son cousin lui ressemble un peu. Il est plus jeune, et son polo à lui n’est pas violet mais vert — la couleur n’en est pas moins hideuse pour autant — mais il y a quelque chose d’Arott dans ses yeux, ou peut-être dans la façon dont il fronce les sourcils. 

Ma tasse fumante entre les mains, je jette un regard à travers la pièce. Des appareils électroniques sont empilés du sol au plafond. Il y a des vieux ordinateurs qui ronronnent doucement sous la poussière, leurs moniteurs éteints depuis longtemps. D’innombrables appareils que je n’identifie pas, de formes et de tailles variées, correspondant à différentes époques et niveaux de technologie — du plastique jauni à la fibre de carbone intégralement transparente. Leurs voyants s’allument et s’éteignent comme des centaines de petits yeux. Enfin, une quantité impressionnante de photocopieurs et d’imprimantes, qui émettent des bruits caractéristiques de photocopieurs et d’imprimantes. 

Au fond de la pièce sont disposées de longues tables sur lesquelles sont installés, devant des chaises de bureau pivotantes, des ordinateurs plus modernes. Plus loin, il y a un plan de travail avec un évier, un micro-ondes et une machine à café. Des tasses sèchent sur l’égouttoir à côté de l’évier. Elles arborent des phrases telles que : « J’peux pas, je geek » ou des lignes de code informatique qui, j’imagine, dissimulent des traits d’humour sans doute hilarants pour une certaine catégorie de population. À côté, quelques fauteuils et poufs au cuir fatigué mais qui semblent tout de même confortables. 

Lorsqu’Arott a terminé son récit, son cousin hoche gravement la tête.

— Je ne sais pas si tu vas pouvoir retrouver ta boutique, dit-il. Parfois, les pièces disparaissent après le passage des Explorateurs. C’est une chance que vous soyez tombés sur mon café. Je vais t’indiquer le chemin vers ta boutique depuis ma zone… mais je te préviens, tu as pas mal de route. Je te conseille de partir demain ; tu peux passer la nuit ici. 

Il consulte sa montre, un modèle digital avec tout un tas de chiffres, de symboles et de lettres qui clignotent dans tous les sens.

— Je vais bientôt ouvrir, moi. 

Il se tourne vers moi. 

— Où allez-vous ? 

— Je cherche à me rendre vers les profondeurs du Château. Vers la Tour.

Ils esquissent un mouvement de recul. Le regard d’Arott glisse vers la dague en céramique dans le fourreau à ma taille. 

— Vous relevez de quel Département ? Normalement, vous vous déplacez à plusieurs, non ? 

Son cousin lui enfonce discrètement son coude dans ses côtes et jette un regard paniqué vers la porte de sa boutique. 

— Je suis travailleur affilié, dit-il d’une voix blanche. Et à jour de mes cotisations. Vous pouvez vérifier, mon café est inscrit dans le registre. 

Je lève les mains devant moi, les doigts écartés et les paumes tournées vers eux, exactement comme Arott l’a fait tout à l’heure alors que je faisais face au câble USB-C vers HDMI.

— Je ne suis pas de l’Ordre. Et je suis juste de passage. Je crois que j’ai quelque chose à régler avec eux. 

Le cousin d’Arott porte la main vers le col de son polo — un geste rapidement avorté. Il serre le poing et le laisse retomber le long de son corps.

Ils ne me croient pas. 

— Je vous le promets. La porte a disparu derrière moi, n’est-ce pas ? Je suis encore Exploratrice et je n’ai jamais prêté serment à quiconque. Du moins, pas à ma connaissance. Il ne me reste que peu de souvenirs mais j’ai la vague intuition qu’il me reste un compte à régler avec l’Ordre. Une affaire en suspens. J’ai besoin de m’en rappeler. Vous comprenez ? Un collectionneur d’armes m’a donné cette dague car j’avais perdu la mienne — celle qui se trouvait initialement dans ce fourreau.

La tension se relâche. Arott m’adresse un regard stupéfait tandis que son cousin secoue la tête. 

Ils me croient, mais ils pensent que je suis complètement folle.

— Je ne veux pas en savoir plus, dit son cousin, le visage fermé. Et je ne suis pas certain de pouvoir vous donner la direction.

— Pas de problème. Je comprends.

Il hésite, puis soupire.

— Il y a une station de Train, pas loin. Si vous longez l’allée commerçante derrière le café, vous devriez tomber dessus. Vous trouverez bien un chemin à suivre à partir de là. 

Un train ? Il doit parler du STGV. J’ai découvert son existence à travers ses correspondances avec certaines stations du Castram.

Je hoche la tête.

— Merci.

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Un commentaire

  1. Bon, ils sont assez méfiants mais Arott et son cousin ne semblent pas être de mauvais bougres. Puis faut dire qu’ils ont de quoi être suspicieux ^^
    Direction la station de train donc ? Hâte de découvrir la fameuse Tour de l’Ordre !

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