Pièce n°1857
Écrite par Sol'stice
Explorée par Loan
Lumière, obscurité. Ou plutôt, pénombre étouffée qui m’enveloppe aussitôt. Je cligne des yeux pour habituer ma vision en refermant la porte dans mon dos, m’y plaquant, l’oreille tendue. Mais à travers la musique, je n’entends plus ni les pas ni les cris de mon poursuivant. La musique. C’est elle qui m’a appelé ici et elle baigne les lieux, comme la lumière baigne les planches de la scène de l’autre côté des gradins et les danseuses qui y évoluent.
Des danseuses.
En tenues colorées et vaporeuses, de mouvements gracieux et synchronisés, elles semblent flotter au-dessus du sol, portées par les notes de la mélodie. Je tends le cou. Est-ce que la danseuse est là ? Impossible de le dire, avec la distance, l’éclairage et le maquillage qui brouillent les visages, les rendent tous identiques.
Irrésistiblement, je m’avance entre les rangées de sièges, l’épaisse moquette étouffe le son de mes pas, essuyant au passage la boue de mes chaussures. Ma progression ne passe pas pour autant inaperçue. Mon lutin a beau se cacher au fond de ma poche pour étouffer le bruit de son grelot, rien que ma présence m’attire les regards furieux de celles et ceux que je dépasse, accompagnés de remarques assassines murmurées de voix outrées. Encore une question de standing que je n’atteins pas, j’imagine. J’ai au moins pour moi le fait qu’aucun des spectateurs, spectatrices, ne tente de m’arrêter, pour le moment du moins.
La scène se rapproche, et je sens, confusément, que la fin de la musique aussi. Et avec elle, les danseuses vont disparaître. Comme pour souligner ma pensée, la dernière note résonne, les danseuses saluent. La lumière s’éteint.
Non ! Je refuse de perdre la seule piste que j’ai !
Peut-être ai-je réellement crié cela à voix haute pour que les murmures deviennent exclamations outrées dans mon dos, à moins que ce ne soit le fracas de mes pas sur le bois, si bruyants en comparaison de ceux légers des pointes des danseuses, alors que je me précipite à leur poursuite. Il n’y a déjà plus personne sur scène. J’avance à tâtons, affolé, les bras tendus devant moi. Et si la lumière revenait maintenant ? J’aurais l’air malin, tiens. Enfin, je touche quelque chose, du tissu, les rideaux au fond de la scène, ceux entre lesquels les danseuses se faufilent pour entrer et sortir. À mon tour, j’y cherche une ouverture et m’y glisse.