Pièce n°1897
Écrite par Didou
Explorée par Sora
J’ai peur du noir, encore plus que du monstre sous mon lit. La nuit, je ferme très fort mes yeux et je fais plein de films dans ma tête pour pas y penser. Mais des fois, ça marche pas.
Des fois, le noir il est plus fort que le superhéros que je suis dans mes rêves. Alors je dors pas du tout, je le regarde, je lui demande de pas me faire mal, que je pourrais même lui donner un peu de mes jouets s’il veut. Je crois qu’il les aime pas parce qu’il a jamais dit oui.
J’ai peur du noir. Et la pièce où je suis, elle est toute noire. Je pleure depuis tout à l’heure parce qu’il veut pas partir, parce qu’il est de partout partout. Mon superhéros, il a essayé de le battre et comme il y arrivait pas, j’ai couru tout droit en criant. J’ai appelé papa, j’ai appelé maman, j’ai appelé à l’aide mais rien. Rien que le noir.
J’ai peur. J’ai peur parce qu’il y a une voix dans ma tête qui commence à me parler. Je la connais. Elle est méchante, elle prend toujours la même voix que moi et elle dit que des choses qui font peur. Que le monstre sous mon lit se cache dans le noir. Qu’il va m’avaler si je bouge ou que mon pied dépasse de la couverture. Que ma maman, elle reviendra pas parce que je suis rien qu’un peureux.
Alors moi je pleure et j’arrive même pas à répondre que c’est pas vrai. J’ai peur, j’ai peur, j’ai peur. Ma gorge, elle me fait mal et il y a tellement d’eau qui coule de mon nez que j’arrive pas à bien respirer.
J’ai le hoquet. Je pleure de plus en plus fort. Moi je voudrais juste partir, je veux que le noir il me laisse tranquille, que la voix dans ma tête se taise, moi je veux, moi je veux….
— Pa… Papaaaaa. Ma… Mamaaaan ! PAPAAAAA !!! MAMAAAAN !!!
Je continue de les appeler, je continue de hurler. Et puis c’est là que ça arrive. D’un seul coup, ma poche elle se met à briller. Je crois même que j’entends la voix de maman me dire de pas avoir peur.
Je hoquète encore. Puis je me mouche dans ma manche et je sors les coquillages que j’ai ramassé tout à l’heure. C’est eux qui brillent super super fort. Comme dans la pièce où il y avait de la fumée. Leur lumière elle est toute douce, toute chaude.
Elle me fait du bien.
Je rigole et il en faut pas plus pour que je redevienne le superhéros de mes rêves. Alors je me lève, je tends devant moi les coquillages et je récite la phrase que j’ai entendu dans un film.
— La lumière elle persiste dans le noir !
Je sais pas trop ce que ça veut dire mais c’est joli je trouve. Pis c’est rigolo. Après ça, j’ai plus peur de rien alors j’avance dans le noir en tournant mes coquillages de partout.
Au bout d’un moment, ils finissent par éclairer une porte et je cours vers elle. Quand j’arrive devant, je me retourne, je tire la langue à mon ennemi pour bien lui montrer que c’est moi qui ai gagné aujourd’hui puis, parce qu’on sait jamais quand même, je me dépêche de sortir d’ici.